Accueil Le Président Entretiens Entretien du président du CCME Driss El Yazami accordé au quotidien marocain Libération - Paris 26 août 2009 - Youssef Lahlali
Entretien du président du CCME Driss El Yazami accordé au quotidien marocain Libération - Paris 26 août 2009 - Youssef Lahlali Envoyer

Comment voyez vous les 10 ans du règne de Mohamed VI surtout au niveau des droits de l'homme et de la question des Marocains à l'étranger ?

Concernant le premier volet, il me semble que les réformes menées ont porté sur trois problématiques centrales pour toute transition démocratique : le pluralisme ethnico-culturel, l'égalité des genres et enfin les violations des droits de l'Homme.

Pays musulman pluriel, avec notamment une composante amazighe centrale et juive qui remonte à des temps immémoriaux, le Maroc affirme aujourd'hui sans complexe son pluralisme avec notamment l'action opiniâtre de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) qui mène entre autres activités un programme d'intégration de l'enseignement de l'amazighe dans le primaire qui touche aujourd'hui près d'un demi-million d'élèves sur une population scolaire de quatre millions. Le prochain lancement d'une chaîne de télévision, les nombreuses activités scientifiques et culturelles menées par l'IRCAM, le dynamisme des associations amazighes tracent progressivement les contours d'un pluralisme assumé et pacifié.

La réforme du Code la famille, réalisée en 2004 est la plus ample du monde musulman depuis l'action pionnière du président Bourguiba dans la Tunisie des années 1950. Mais tout autant que les dispositions du nouveau Code qui consacrent, à l'exception de l'héritage, l'égalité hommes-femmes, c'est le débat social qui a précédé son adoption qui me semble significatif de l'alchimie marocaine. Quatre ans durant, la société a vécu un débat d'une grande intensité entre partisans et opposants de la réforme, équivalent, pour prendre un ordre de grandeur, au débat franco-français sur l'école privée ou le foulard. Cette vaste délibération publique a touché toutes les couches sociales, l'intimité des familles et a connu son apogée en mars 2000 avec deux grandes manifestations, l'une à Casablanca et l'autre à Rabat. Qu'est ce que le politique, au sens moderne du terme sinon que de laisser le champ libre au débat de société sur un sujet aussi sensible ? Qu'est-ce la démocratie sinon que garantir au fond et d'abord la confrontation pacifique des points de vue, la gestion du dissensus, des intérêts et des projets de société contradictoires ?

C'est aussi à une restauration du politique qu'a procédé au final la commission marocaine pour la vérité, créée par Sa Majesté le Roi Mohamed VI en janvier 2004 et qui a rendu son rapport final en novembre 2005. Chargé d'établir la vérité sur les violations graves des droits de l'Homme intervenues entre 1956 et 1999, l'Instance Equité et réconciliation (IER) a effectué un travail considérable consigné dans son rapport, rendu immédiatement public et qui fait maintenant partie du patrimoine universel de la justice transitionnelle. La mise en œuvre des recommandations émises pour garantir la non répétition des dites violations est aujourd'hui unanimement exigée, y compris par les plus farouches adversaires de l'expérience. Il y a eu l'indemnisation et la prise en charge sanitaire des victimes, un ambitieux programme de réparation communautaire qui prévoit notamment la transformation des anciens lieux de détention en centres socioculturels et de préservation de la mémoire au profit des populations locales, les auditions publiques des anciennes victimes diffusées dans les médias publics, ... Mais il y a eu aussi, et c'est essentiel, un débat pluraliste et contradictoire qui a duré deux ans et qui perdure encore sur l'histoire du Maroc indépendant, ses crises politiques, les responsabilités collectives et les moyens d'en sortir définitivement. C'est pourquoi je considère que l'un des mérites importants de l'IER a été une réhabilitation du politique, au sens de la discussion publique et pluraliste, toujours en cours d'ailleurs, sur notre histoire collective. A cet égard, je pense que nous vivons un passage, complexe bien évidemment, de la mémoire à l'histoire. Pour reprendre une expression de l'historien Abdelahad Sebti, il nous faut nous remémorer les souffrances du passé, mais aussi comprendre. A cet égard, la mise en œuvre des recommandations sur l'histoire et les archives -notamment l'adoption d'une loi moderne sur les archives- est essentielle et le CCDH en a fait une de ses priorités.

Cette capacité endogène d'introspection et de lecture diversifiée de notre histoire a présidé aussi à l'établissement du rapport du cinquantenaire par des chercheurs marocains de toutes disciplines sur un demi-siècle d'indépendance et qui fait un bilan sans complaisance des réalisations de ce demi-siècle, des impasses mais aussi des défis à moyen et à long terme. La publication simultanée des deux rapports est symbolique à plus d'un titre me semble-t-il. D'abord parce qu'ils sont d'une certaine manière complémentaires : les crises politiques qui ont occasionné des violations ne sont pas intervenues dans un ciel désincarné mais bien dans un contexte de politiques économiques et de mutations sociales éclairées par le rapport du cinquantenaire. Inversement, l'évolution socioéconomique du pays a été perturbée par une vie politique tourmentée. Ensuite parce qu'il y a dans les deux rapports des matériaux pour une première lecture éclairée apaisée de toutes les facettes de l'histoire, des éléments pour une délibération publique et pluraliste et des bases pour la pérennisation du processus de réforme.

Sur la question des Marocains à l'étranger, vous aurez remarqué qu'il n'y a pas un discours royal depuis dix ans qui n'ait pas traité de la question des Marocains installés à l'étranger. Il y a à mon avis une prise de conscience à tous les échelons des mutations essentielles de l'émigration et du processus de son enracinement, avec un ministère chargé de la communauté marocaine à l'étranger rattaché à la primature assurant ainsi, du moins au niveau des principes, une action interministérielle transversale, une instance (le CCME) chargée d'évaluer les politiques publiques, un dynamisme certain de nombreux acteurs sur cette question et enfin un débat public sur les enjeux fondamentaux que soulève l'émigration.

Plus d'un an après la création du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, quel bilan faites-vous de l'action réalisée et de votre action en particulier ?

Il a fallu en premier lieu résoudre les deux questions centrales pour toute nouvelle institution : la constitution d'une équipe et le règlement des questions logistiques d'une part et l'établissement d'un programme de travail d'autre part. Le siège du Conseil et son équipe sont aujourd'hui fonctionnels et la plénière, tenue en juin 2008 a adopté un programme d'activités 2008/2009 et constitué six groupes de travail parmi les membres. En termes d'activités publiques il y a eu la rencontre des « femmes marocaines d'ici et d'ailleurs » à Marrakech, la co-organisation du festival du cinéma de l'immigration à Agadir, la signature de plus d'une dizaine de conventions de partenariat avec des universités et institutions, le soutien à toutes -je dis bien toutes- les activités académiques organisées au Maroc sur l'émigration, la tenue de la première réunion internationale des conseils de l'émigration, l'organisation de deux importants colloques sur l'islam dans l'émigration et d'un autre sur les retraités marocains, le soutien à de nombreuses activités associatives de l'émigration (en France, en Allemagne, au Canada, ...), le sondage avec BVA, le soutien à la réunion des compétences marocaines engagées dans le projet de l'Université internationale de Rabat, etc. Mais l'essentiel à nos yeux est la philosophie de travail qui préside à l'organisation de ces activités publiques. Elles ont deux fonctions centrales : mettre en œuvre la démarche participative du CCME et mettre en discussion des thématiques centrales de l'émigration (c'est notre fonction prospective) ou des questions sur lesquelles nous travaillons comme institutions consultative. Car il ne faut pas oublier ces deux missions premières de notre institution : ce n'est guère visible, mais les six groupes de travail du CCME réfléchissent aux projets d'avis que nous devons adopter lors de notre prochaine plénière et nos avons commencé à élaborer le premier rapport stratégique que nous devons présenter à Sa Majesté tous les deux ans.

J'ai eu l'occasion de suivre plusieurs activités du CCME dans différentes villes au Maroc et dans le pays d'accueil Avez-vous des difficultés pour rendre visibles les actions réalisées par le CCME ?

Il y a d'évidence des efforts à faire et en permanence pour améliorer notre communication qui a une triple contrainte. Nous devons expliquer et réexpliquer la nature exacte de cette institution qui ne relève pas de l'exécutif, nous adresser en même temps à des audiences très diversifiées (des communautés vivant dans des contextes d'intégration différents, des générations différentes, des aspirations multiples) et enfin expliquer notre action dans deux espaces : le Maroc et l'émigration.

Vous venez de finir une conférence internationale des Conseils de l'immigration à Rabat, quel bilan vous faites de cette rencontre ?

C'est à l'honneur du Maroc d'avoir pris l'initiative d'organiser une telle réunion, qui n'avait jamais eu lieu auparavant et d'avoir à cette occasion mis sur pied l'ébauche d'un réseau international de ce genre de conseils. La deuxième réunion devrait se tenir au premier semestre 2010 sous la présidence espagnole de l'Union européenne. Le deuxième objectif était de nous familiariser avec l'expérience des conseils qui nous ont précédés et aussi, pourquoi pas, d'apprendre auprès d'eux. Cela peut nous aider à l'élaboration de deux avis qui sont attendus : la composition du futur conseil et la participation à la vie civique de Nation.

Ce réseau de conseils peut aussi servir de plate-forme d'entraide mutuelle. Ils sont tous constitués de personnalités qui ont connu ce qu'est l'émigration, la complexité des processus d'intégration : chacun d'entre eux peut à certaines occasions nous aider à expliquer à sa propre opinion publique nationale les difficultés de nos communautés.

Une troisième fonction que j'ai rappelée dans les conclusions est que ce réseau peut jouer un rôle important dans le débat international sur la gouvernance mondiale de l'immigration. Dans le débat de haut niveau enclenché par M. Kofi Annan et impulsé par un rapport d'experts internationaux auquel avait participé notre amie Mme Aïcha Belarbi, ces conseils peuvent jouer une fonction de rationalisation du débat et d'atténuation de la dimension polémique qui entoure trop souvent les questions de l'émigration.

Il y aussi le problème de tous les pays d'accueil, surtout les pays occidentaux, qui n'ont pas ratifié l'accord international sur la question de la protection des droits des immigrés et de leur famille. Est-ce que ce réseau peut jouer un rôle dans ce sens ?

Comme vous le rappelez, aucun grand pays démocratique d'immigration n'a signé ni ratifié la Convention sur les droits des migrants et de leur famille. J'ai rappelé cette situation dans les conclusions de la conférence internationale des conseils et je sens un frémissement dans ce sens auprès de quelques pays. Le Comité des droits des migrants, groupe d'experts indépendants institué par les Nations Unies en vertu de la Convention et présidé par M. Abdelhamid El Jamri, membre de notre Conseil, agit aussi activement dans ce sens.

Vous avez certainement remarqué que les pays d'accueil comme ceux de l'Union Européenne travaillent en réseau pour prendre des décisions au niveau de Bruxelles, ce qui n'est pas le cas au niveau des pays d'origine et les pays du sud en général ?

Vous avez raison de souligner l'importance et l'insuffisance de la coordination sud-sud en matière de migrations internationales. Mais les choses commencent à bouger. La conférence euro-africaine de Rabat de juillet 2006 a créé des occasions de dialogue prometteur, tout comme l'initiative de la Ligue des Etats arabes de réunir en février 2008 « les ministres concernés par les questions migratoires et les expatriés arabes » même si la question de l'immigration dans les pays arabes mêmes a été écartée de l'agenda. Il est d'ailleurs prévu de tenir une première conférence des expatriés arabes, probablement en 2009 et nous avons assisté au Caire, à l'invitation de M. Mohamed Ameur, à une réunion préparatoire. Des rencontres de haut niveau ont aussi commencé entre les pays asiatiques d'émigration. J'ai l'impression que tous les pays du sud ressentent de plus en plus le besoin de se concerter, non seulement face à l'action coordonnée des pays du Nord, notamment au niveau européen, mais aussi parce qu'ils sont tous, à des niveaux divers il est vrai, en train de devenir à la fois des pays d'émigration, de transit et de séjour. C'est aussi cela la mondialisation du fait migratoire qui fait que le Dialogue de Haut niveau évoqué ci-dessus est important.

A notre modeste niveau, la conférence des conseils de mars 2009 de Rabat a donné lieu aussi à des échanges sud-sud fructueux. L'Institut des Mexicains de l'extérieur souhaite l'établissement d'une convention bilatérale avec le CCME et nous sommes en train de la préparer ; la ministre équatorienne de l'émigration, qui était présente, veut nous associer aux réflexions latino-américaines en la matière ; après la conférence, nos invités ivoiriens ont tenu à rendre visite au siège et à voir tous les services du Conseil, ...Depuis, une délégation de parlementaires du Paraguay (dont un tiers de la population vit à l'étranger) nous a aussi rendu visite.

Si nous parlons de la participation politique qui intéresse énormément de Marocains établis à l'étranger, quel est le rôle du conseil de ce débat là ?

La question est à la fois assez simple et compliquée. Notre rôle à cet égard est clairement défini par les dispositions du Dahir Royal portant création du Conseil. L'alinéa 4 de l'article 2 lui assigne la mission d'émettre des avis sur « les moyens visant à inciter les citoyens marocains résidant à l'étranger à participer aux institutions et aux différents secteurs de la vie au niveau national et à la promotion des actions menées à leur profit » et l'article 25 lui assigne aussi -et de manière explicite-, la mission de rendre un avis sur la future composition du Conseil. Le Dahir indique aussi clairement que ces missions doivent être menées au travers de larges consultations impliquant, bien évidemment, les acteurs sociaux au Maroc et au sein de l'émigration dans leur diversité. C'est là qu'il y a un certain nombre de difficultés qu'il ne faut pas sous-estimer. Il faut donc mener une consultation qui concerne en même temps les diverses modalités de participation à la vie démocratique de la Nation, qui tienne compte des spécificités de chaque communauté et qui touche le maximum d'acteurs significatifs de ces communautés. C'est à l'élaboration de la méthodologie de la consultation (qui prendra probablement plusieurs formes) que nous travaillons en ce moment même.

Et les consultations avec les partis politiques et les syndicats ont déjà démarré ?

Non, pas encore. Mais ce sera fait.

L'actuelle composition du CCME est provisoire. Est ce que vous êtes en train de travailler sur d'autres formules ? Par exemple un élu et un autre consultatif ?

Que nous apprend l'expérience internationale dans ce domaine ? La majorité des grands pays d'émigration n'ont pas de conseils similaires au nôtre et pour ceux qui en ont établi, les modalités d'établissement de ces conseils sont très diverses et ont évolué dans le temps. A cet égard, notre situation est tout à fait normale. Sa Majesté a demandé clairement que la formule actuelle soit améliorée, et ceci au terme d'un processus de concertations que nous allons entamer. Toutes les suggestions sont à considérer, avec la seule condition qu'elles ne se cantonnent pas au niveau du slogan, mais qu'elles traitent de la question de la mise en œuvre.

Comment répondez-vous aux opposants du Conseil ? Est-ce qu'il y a un malentendu sur la mission du CCME entre ceux qui veulent que ses membres soient désignés et ceux qui désirent que ses membres soient élus ?

La diversité des points de vue est par essence saine, à condition de respecter les personnes, de défendre ses idées et ses propositions, sereinement, de manière argumentée et en se gardant, autant que possible, de penser qu'on a la vérité absolue. Et le Conseil est preneur de toutes les visions sur la composition du futur Conseil comme sur les autres enjeux que soulève la problématique migratoire. Ceci étant dit, et quel que soit le nombre des membres du futur Conseil et les modalités de composition, le défi est celui d'associer le maximum d'acteurs et de bonnes volontés de l'émigration qui ne sont pas membres et qui se comptent par milliers. Je crois que nous avons démontré, même si l'essentiel reste à faire, que ce Conseil a travaillé et compte travailler avec toutes ces énergies et ces potentialités.

Comment arrivez-vous à financer toutes les activités du conseil ? Est-ce que le budget alloué par l'état suffit ou cherchez-vous des partenaires ailleurs nationaux et internationaux?

Nous avons les moyens de fonctionner normalement mais rien n'empêche, bien au contraire, de développer des partenariats et d'augmenter ainsi nos capacités d'action. Mais le motif premier de cette politique n'est pas d'abord d'ordre financier : il s'agit plutôt de bénéficier d'un savoir-faire et d'une expertise que nos partenaires ont accumulés ou d'une stratégie d'implication de ces partenaires sur notre thématique centrale.

Pendant des décennies, le Maroc a favorisé une politique de non intégration de ses concitoyens dans les pays d'accueil. Quel regard portez-vous sur la question de la citoyenneté et la participation dans les pays d'accueil ? Le Maroc a-t-il changé son approche ?

L'histoire des politiques publiques menées par le Maroc reste à écrire en se gardant des simplifications ou des approches idéologiques. Il est néanmoins vrai que les autorités marocaines tout comme celles des pays de résidence et nombre d'immigrés eux-mêmes considéraient l'immigration comme un phénomène provisoire. Rares étaient en conséquence les groupes qui pensaient et posaient la problématique de l'intégration politique dans les pays de résidence. Et vous pouvez constater aujourd'hui encore que certains acteurs au Maroc n'appréhendent l'émigration marocaine que comme une simple extension de la population vivant au pays, identique en tous points à celle qui n'a jamais émigré. L'usage largement partagé de l'expression « MRE » reflète d'une certaine manière cette approche, même si je le concède, je n'ai pas de formule toute prête plus adéquate aux mutations radicales de l'émigration. En un mot, les Marocain(e)s du monde, y compris à la première génération, s'enracinent de manière dynamique dans leurs sociétés de résidence, même si ce processus d'enracinement -que certains appellent l'intégration- est régulièrement contrarié par les discriminations, les manipulations partisanes et aujourd'hui la crise économique. Ces Marocain(e)s manifestent en même temps un attachement manifeste à la terre d'origine. C'est bien cette double appartenance, y compris politique qu'il nous faut penser aujourd'hui, le principe étant que les politiques publiques marocaines doivent accompagner ces processus d'enracinement et ne rien faire qui puisse les gêner et c'est en accompagnant ces processus, que les populations émigrées ont de toutes façons adoptées, que nous pouvons maintenir et revivifier le lien avec la terre d'origine.

Comme directeur de Générique, vous avez travaillé activement pour la réalisation du musée de l'immigration. Que pensez-vous aujourd'hui de cette institution après sa mise en place ?

La France est le premier pays européen à créer une institution nationale sur l'histoire de l'émigration et il s'agit là d'un acte de reconnaissance symbolique important. Il y a maintenant un lieu central à Paris avec une exposition permanente, un amphithéâtre, une médiathèque, un réseau de partenaires associatifs. Plusieurs expositions temporaires ont été organisées et en novembre prochain, cette Cité nationale de l'histoire de l'immigration va accueillir la plus grande exposition jamais organisée sur un siècle d'histoire culturelle des Maghrébins en France. Il reste deux défis à relever de mon point de vue : démocratiser la fréquentation d'abord, en y amenant les publics populaires et pas seulement les immigrés et leurs descendants. C'est d'ailleurs un problème qui se pose à tous les musées en France où la fréquentation des musées ne dépasse pas les 15% de la population. Et amplifier encore plus le partenariat avec le réseau associatif qui travaille sur l'histoire de l'immigration. A cet égard, le dynamisme des acteurs de la société civile, toutes origines confondues, dans ce domaine est un phénomène assez remarquable en France, avec beaucoup de professionnalisme, d'inventivité. Je note d'ailleurs que d'autres pays européens, notamment en Belgique eaux Pays-Bas, connaissent des évolutions similaires avec un intérêt des pouvoirs publics et un dynamisme associatif .dans le domaine de l'histoire de l'immigration. Nous essayons en ce qui nous concerne, modestement, d'accompagner ces dynamiques.

Est-ce que le Maroc ne mérite pas un musée de l'immigration comme pays de départ et d'accueil de l'immigration aujourd'hui ?

Vous rappelez là une des recommandations de l'x-IER qui avait estimé qu'un tel musée pouvait constituer une modalité de réparation collective envers l'émigration et nous avons inscrit cette idée dans le programme 2008 et 2009. Qu'avons-nous exactement fait à cet égard ? Le groupe « cultures et identité » travaille sur ce sujet en lien avec un noyau d'acteurs associatifs et d'universitaires marocains de France, de Belgique, des Pays-Bas et du Royaume-Uni ; un CD sur la chanson de l'exil et les chioukhs de l'Oriental a été édité ; un premier séminaire a été organisé ave l'Université de Mohammedia ; Et enfin trois expositions sur l'histoire de l'immigration sont accueillies au Maroc durant l'année 2009. La première, portant sur l'histoire des ouvriers des usines Renault, réalisée par l'association ATRIS a sillonné le Sousse marocain au printemps. La seconde, réalisée par l'association DAKIRA des Pays-Bas est en ce moment même en tournée au Maroc : après Tanger et Hoceïma, elle voyage à Mohammedia et Casablanca. Et nous accueillons, à partir du mois de septembre l'exposition « Morrocan memories » qui évoque l'histoire de l'immigration en Grande-Bretagne et qui a été présentée à la British Library. Il y a donc de fait un travail sur l'histoire de l'immigration qui est en cours avec, en parallèle à ces activités, un travail de longue haleine de repérage des sources historiographiques et iconographiques de cette histoire

La France mène aujourd'hui une politique d'immigration choisie et hostile envers les Marocains et les gens du sud en général. Le regroupement familial, source principale de l'immigration marocaine vers la France, devient aujourd'hui impossible. Quelle est votre position comme président du CCME ?

Schématiquement, on peut dire que les politiques européennes s'articulent aujourd'hui autour des thématiques suivantes : le durcissement des voies de l'immigration familiale ; le renforcement des offres de migration légale (dite choisie ou parfois circulaire ou encore saisonnière) ; la négociation d'accords de réadmission des illégaux ; la mise sur pied d'une politique de surveillance des frontières extérieures de l'Union européenne et d'une politique commune de l'asile ainsi que des propositions en termes de « codéveloppement ». Deuxième observation : cette politique se déploie au niveau national de chaque pays d'Europe en même temps qu'au niveau multilatéral, notamment européen. Nous n'avons pas, en tant qu'instance consultative et de prospective à prendre position. C'est le rôle de la diplomatie marocaine et des ministères en charge, notamment celui de M. Ameur, à prendre position et à défendre les intérêts des populations expatriées, ce qu'ils ne manquent pas de faire. Nous tenons à respecter strictement leurs prérogatives et à exercer les nôtres, par avis consultatifs ou en éclairant, dans notre rapport stratégique, la réflexion de notre pays. Nous essayerons de le faire et ce sera alors le moment d'apprécier notre action. Il ne revient pas non plus au Conseil de prendre la place des acteurs des communautés marocaines qui, sur place, se battent tous les jours contre les discriminations et pour la défense des droits. Mais il peut, s'ils le souhaitent et tout en respectant leur autonomie, appuyer modestement leurs activités.

 

Conseil de la communauté marocaine à l'étranger

Mahaj Ryad. Imm 10. B.P 21481 - Hay Ryad - Rabat 10 000 - Maroc

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