mardi 25 juillet 2017 17:52

Développer un modèle religieux conforme aux contextes des Communautés européennes" (M.Abdellah Boussouf)

samedi, 13 mai 2017

M.Abdellah Boussouf, Secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a donné, vendredi 12 mai 2017 à la Faculté de gouvernance et des sciences économiques et sociales de l’Université Mohammed VI polytechnique (FGSES-UM6P) à Rabat. La rencontre a été animée par M .Mohammed Tozy,  Doyen de la faculté.

Lors de son intervention, M. Boussouf, a insisté sur l'importance qu’occupe  l'Islam dans les débats politiques et sociaux au sein des sociétés européennes citant  notamment les récentes élections françaises où deux modèles de l'islam en France ont été mis en lumière : d’un côté l’islam apparaissait comme une  composante de la société française, compte tenu du nombre d'adeptes de la religion musulmane en France, tandis que de l’autre  l’islam a été présenté sous l’angle de la peur et la suspicion dans la société française.

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La victoire du social libéral M.Emmanuel Macron aux élections présidentielles en France, largement élu face à la candidate de l’extrême  droite Mme Marine le Pen, qui pour sa part a brandi, tout au long de la campagne, la carte du « danger que les musulmans représentaient pour la civilisation française », il a été démontré  que les valeurs inhérentes de la République (Liberté, Egalité, Fraternité)  restaient des valeurs universelles et ont tenu en échec les discours isolationnistes et anti musulmans dont le but consistait à diviser la France.

La Secrétaire Général du CCME a rappelé que le Conseil accordait une importance stratégique  à la question religieuse, dès sa mise en place, pour la communauté marocaine en Europe. Il a insisté sur  le fait que le statut juridique de l'Islam en Europe n’est pas en inadéquation avec les constitutions et les lois des pays européens car il relève de la liberté de croyance. Et lorsque cela suscite des « problèmes », c’est uniquement dû à des raisons politiques, culturelles ou encore idéologiques.

«Il est vrai qu’en l'absence de volonté politique, des élus de plusieurs villes européennes imposent aux musulmans des conditions impossibles à la pratique de leur religion » a dit M.Boussouf, ajoutant que « de leur côté les musulmans  ne font pas suffisamment  d'efforts pédagogiques qui plaident en leur faveur auprès  les institutions officielles  afin de faire de cette question un débat public». Il a en outre appelé  à la mise en place d’une jurisprudence intellectuelle et religieuse à l'intérieur du système dénuée de conflit et apte à adapter la pratique religieuse –musulmane- dans le contexte occidental.

La nécessité de lier la composante religieuse aux sciences humaines dans les sociétés européennes

M.Boussouf  a affirmé que les études effectuées par le Conseil, ainsi que des réunions organisées dans ce cadre, ont démontré que l'islam n‘a aucune difficulté à vivre avec les  communautés de non-musulmans, et que l’islam n’est pas en conflit avec la démocratie et les valeurs de la modernité.  Reste que le contexte européen soulève de nouvelles questions sur la religion islamique, qui vit une nouvelle expérience dans ces communautés en tant que minorité alors qu'à travers l'histoire les musulmans ont souvent vécu en terre d'islam.

D'autre part, il a soulevé la question des Imams en Europe en soulignant le fait que la plupart d'entre eux ne disposent pas d'une formation religieuse et n’usent  que de « leur propre raisonnement », et même de leur compréhension de la formation religieuse à laquelle manque la dimension sociologique associée à la culture et à la civilisation des sociétés européennes. Il a ajouté que la méconnaissance des langues européennes constituait une entrave ne leur permettant pas de réponde de façon adéquate aux questions des jeunes musulmans européens. Ce qui amène ces derniers, à la quête de réponses, sur  Internet et d’autres médias. Ceci souvent les conduit à des discours religieux qui rejettent l'autre et à l'extrémisme.

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M.Boussouf estime que la formation académique des religieux musulmans en Europe doit reposer sur l'ouverture aux autres religions, aux sciences humaines et sociales et sur la capacité du dialogue avec l’autre et du développement d’une approche participative en mesure d'accepter les autres sans exclusion : " nous devons installer un dialogue pour communiquer, nous approcher et nous connaître et non pour défendre notre religion auprès de l'autre".

Le rôle  du modèle marocain en réponse aux questions actuelles

Le responsable du CCME a mis en évidence l'importance du modèle religieux marocain fondé sur la doctrine Malékite, en tant que modèle d'ouverture et de dialogue avec l'autre : "le modèle marocain qui a toujours été celui de la coexistence entre les musulmans, les chrétiens et les juifs dans la même société et à travers l'histoire".

Il a rappelé que l'école Malékite est en mesure de fournir des réponses aux questions actuelles posées sur l'islam, en évoquant trois approches de base pour développer un modèle religieux. En premier lieu, il a cité l’expérience du rationalisme comme une «zone tampon» prônée par Averroès et qui facilite le dialogue et la prévention parmi les hommes, quelle que soit la religion et même pour les non-croyant. Ensuite, celle incarnée dans la société andalouse où la coexistence a prévalu au cours de plusieurs siècles entre les différentes religions grâce au respect de l'Islam face aux particularités du contexte de la pratique religieuse et les coutumes qui prévalaient dans cette société. Enfin,  celle de la connaissance et du sens critique, reflétée dans la pensée d'Ibn Khaldoun, qui devrait  encadrer la pensée religieuse.

Cette conférence de clôture rentre dans le cadre de la manifestation scientifique et culturelle « Les voyages de la connaissance », à la découverte de l’histoire et des réalités contemporaines des migrations marocaines en Europe, organisée par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) et la Faculté de gouvernance et des sciences économiques et sociales de l’Université Mohammed VI polytechnique (FGSES-UM6P), du 04 mai au 12 mai 2017.

CCME

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