La commémoration du vingtième anniversaire du Washington Morrocan American Club est un événement à plus d’un titre. Elle l’est par la richesse du programme préparé pour la population de la capitale américaine qui témoigne d’abord des profondes mutations que connaît le Maroc. Sur tous les fronts (égalité hommes-femmes ; pluralisme ethnoculturel ; Etat de droit, etc.), le Maroc s’est attelé au chantier de la modernité et de la réforme. Le chemin est encore long, mais la société comme l’Etat marocains font leur histoire.
Les festivités de cet anniversaire témoignent aussi du dynamisme des acteurs associatifs de l’émigration marocaine. Là aussi, il reste beaucoup à faire, mais les acquis sont dans ce domaine aussi importants. Il ne peut y avoir de changement réel dans les rapports entre le Maroc et ses institutions (dont le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, CCME) et l’émigration marocaine sans l’émergence et le renforcement d’un mouvement associatif fort, indépendant, diversifié et professionnalisé au sein de l’émigration. Depuis sa création par Sa Majesté le Roi Mohamed VI, le CCME conçoit son action par le partenariat le plus large avec TOUS les acteurs des communautés marocaines du monde en respectant leur autonomie et en nouant des relations de coopération, dans le respect strict de leur indépendance et de leur diversité. Notre contribution à cet annivesaire en est une nouvelle illustration.
Cet anniversaire témoigne enfin des mutations profondes que connaît la communauté marocaine de l’étranger depuis un quart de siècle. Elle révèle notamment sa mondialisation (nous sommes aujourd’hui présents sur tout le globe, même si l’Europe abrite un peu plus des trois-quarts de cette population) et le dynamisme de son enracinement dans les sociétés de résidence. Dans presque tous les pays, ces Marocains sont de plus en plus des citoyens de ces sociétés, essayant d’être de bons citoyens de leurs pays d’adoption sans couper les amarres avec la terre d’origine.
Dans ce pays de pionniers et cette grande terre d’émigration que sont les Etats-Unis, le courage des Marocains arrivés ici il y a vingt-cinq ans, parfois plus, parfois plus récemment, se lit à travers cet anniversaire. Comme leur ancêtre Zemmouri, arrivé ici avec les premières expéditions européennes, ils n’ont pas craint de partir à la découverte de nouveaux horizons, d’une nouvelle société et de faire dans la difficulté leur apprentissage. Je leur dis notre admiration et nos félicitations pour l’œuvre accomplie.
Discours de M. Driss El-Yazami
Monsieur le ministre délégué chargé de la communauté marocaine résidant à l’étranger
Monsieur le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement,
Mesdames et Messieurs, Chers amis, chers confrères,
C’est un plaisir pour le journaliste que je fus et le grand lecteur de journaux que je suis encore, comme vous je l’imagine, que de participer à l’ouverture de cet important séminaire, organisé par vos deux ministères et auquel notre Conseil a apporté son modeste concours. Et permettez-moi, avant d’aborder le débat d’aujourd’hui, de faire un petit détour par l’histoire.
Le 16 novembre 1967, à l’Olympia, fameuse salle de spectacles parisienne, l’immense Oum Kalsoum donnait un concert, le seul à ma connaissance qu’elle ait donné en dehors des pays arabes. Le spectacle était donné à guichets fermés, les billets se vendant au marché noir plusieurs fois leur prix initial. Pour les spectateurs, musulmans et juifs maghrébins, ressortissants du Moyen-Orient, mais aussi mélomanes français, toutes couches sociales confondues, cette soirée reste un souvenir impérissable, comme on a pu l’entendre il y a moins de quinze jours, durant une émission de la troisième chaîne française de télévision.
Quarante huit heures plus tard, le grand quotidien français de l’époque, France Soir revient sur la soirée et écrit notamment ce qui suit : « 1800 fanatiques sont allés à l’Olympia comme on va à la Mecque : pour voir célébrer un office religieux. Celui de la grande prêtresse de l’Islam qui chante… Contrairement aux usages de la mosquée, ils avaient conservé leurs chaussures mais enlevé la cravate ».
Une très grande soirée musicale devenait ainsi un rassemblement religieux dangereux si l’on y regarde de près et l’émotion des mélomanes, légitime et universelle, devenait un signe spécifique et particulier de ces populations, un révélateur d’une agressivité ancestrale pourrait-on dire.
Les images que vous allez voir défiler maintenant datent de ces dernières années. Elles ne sont qu’une infime partie d’une collection de reproductions de couvertures de périodiques français de toutes tendances politiques et philosophiques et elles traitent toutes de l’immigration. J’y ai ajouté quelques images de publications américaines et britanniques mais qui évoquent la situation en France. Il n’est pas question ici de procéder à une analyse rigoureuse des discours véhiculés ou suggérés par ces unes, mais de quelques premiers constats, susceptibles peut être de contribuer au débat.
Il est ainsi frappant de constater l’usage fréquent de la notion de vérité. Assez souvent, les titres évoquent à propos des banlieues ou de l’islam en diaspora, de supposées vérités qui seraient cachées par les pouvoirs publics évidemment et que le journal ose révéler, en présentant les vrais chiffres, les vrais responsables, étant entendu, explicitement ou implicitement, que la réalité, la vraie, ne peut être que catastrophique, dangereuse. La France brûle, elle a failli et elle est en état d’urgence, nous disent ces couvertures.
A ce binôme vérité/dissimulation, s’ajoute un autre qui renforce en réalité les craintes et suggère les peurs, soit en alignant soit en opposant les termes de l’équation.
Il suffit en effet parfois d’énumérer simplement les termes pour indiquer plus ou moins implicitement qu’il y a en réalité un problème qu’on ne peut plus se cacher : voile/France ; islam/république ; banlieue/intégration ; jeunes/religion, etc. Enoncé l’un après l’autre, les termes suggèrent bien qu’il y a à tout le moins une distinction, une différence, voire une nette opposition entre eux.
Mais on peut aussi être plus explicite. Ainsi, l’islam ne peut être que dans une posture de confrontation face à la laïcité, son adversaire voire son ennemi.
Il y a aussi l’usage de la photo, avec cette multiplication depuis de nombreuses années des images de femmes voilée, mystérieuses et belles à la fois, attirantes et plus ou moins dangereuses. Toute une foi est ainsi réduite à une seule de ses manifestations, des quartiers entiers où habitent des millions de personnes ne sont plus présentées ou perçues qu’au travers d’un seul prisme : le jeune, au mieux délinquant, au pire terroriste.
Et c’est parce que les populations des quartiers populaires sentent plus ou moins confusément ce regard réducteur qu’elles réagissent, et parfois de manière violente : il n’est plus bon d’être journaliste dans certains de ces banlieues.
Bien évidemment, le traitement médiatique de la question de l’immigration en France est infiniment plus complexe et plus riche ; les articles qui suivent ces couvertures peuvent être nettement plus nuancés, et le pluralisme de la presse, l’intervention des chercheurs et des leaders d’opinion ainsi que des hommes politiques, en réalité plus au fait des réalités sociales et économiques, assurent au final une information plus équilibrée et plus fine. Il n’empêche, ce qu’on appelle la question ou plus souvent le problème de l’islam en Europe par exemple, est autant une réalité qu’une construction médiatique. Et cette construction, comme l’ont démontré des chercheurs comme Felice Dasetto et Albert Bastenier en Belgique ou Franck Frégosi ou Eric Delthombe en France, fonctionne aussi par un va-et-vient permanent entre les crises géopolitiques du monde musulman et les réalités beaucoup plus simples des musulmans d’Europe, selon une logique de « transfert des alarmes », pour reprendre l’expression de Frégosi. Ces dérives ont d’ailleurs amené des organisations professionnelles de journalistes, comme en Belgique, à édicter des chartes spécifiques concernant le traitement des questions de l’immigration.
Nous aurions tort de penser, me semble-t-il, que nous sommes à l’abri de toute erreur ou dérive dans le traitement de la question de l’immigration, parce que nous sommes de la même origine culturelle et porteurs de la même nationalité que nos compatriotes émigrés. A cet égard, cette journée pourrait constituer une première étape dans une série de travaux, adossés à des études scientifiques de fond, sur des sujets très divers.
Ainsi, et à seulement à titre d’exemples, nous pourrions réfléchir sur les questions suivantes :
Comment améliorer la connaissance des problématiques migratoires par la presse nationale et dans les cursus de formation des journalistes ?
Quel est l’état de l’offre journalistique en la matière, les contenus traités, les questions ignorées ? Quels sont les moyens alloués aux journalistes pour qu’ils fassent professionnellement leur travail ?
Quelles sont globalement les images véhiculées ?
Quelles sont les opportunités qu’offrent les nouveaux médias communautaires et les nouvelles technologies : radios privées, journaux, sites, blogs, etc. ?
Je voudrais en conclusion vous affirmer de la manière la plus solennelle qui soit la disponibilité du CCME pour accompagner tout effort rigoureux de réflexion sur ces thématiques et toute autre problématique que vous estimerez, au terme de vos travaux, nécessaire de traiter. Nos préoccupations sont en effet communes : permettre aux professionnels d’accomplir au mieux leur mission, essentielle à plus d’un titre, et répondre au mieux aux attentes des populations émigrées et elles sont en ce domaine immenses.
Je vous remercie.
Institution consultative et de prospective installée auprès de Sa Majesté le Roi du Maroc, le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) s’est impliqué sans hésiter aux côtés des équipes de Sixième continent pour préparer cette édition. Il l’a fait aux côtés du ministère délégué auprès du Premier ministre chargé des résidents marocains à l’étranger pour deux raisons essentielles.
Conscient des mutations radicales que connaissent les populations marocaines et d’ascendance marocaine installées en Europe, il a inscrit la question de la culture comme une priorité centrale. Engagées dans un processus complexe d’enracinement dans les pays de résidence, ces populations souhaitent maintenir et renouveler le lien avec la terre d’origine. A cet égard, toute manifestation culturelle « venant du pays » participe de cette dynamique, surtout si elle donne à voir l’énergie et la créativité des artistes de l’autre rive. Le programme conçu par l’équipe de Sixième continent est de ce point de vue exemplaire et ambitieux et c’est cette ambition qui nous a fait, sans hésiter, adhérer à leur projet. Loin des clichés sur une culture marocaine qui serait figée une fois pour toutes, les spectateurs pourront voir toute la variété des scènes marocaines, enracinées dans une longue histoire et sans cesse en renouvellement.
Le deuxième enjeu a trait à ce que nous appelons en France le vivre ensemble. La diversification de la société française est aujourd’hui une réalité incontournable et soulève des problématiques inédites. On peut estimer à cet égard que l’identité nationale est donnée une fois pour toutes, une évidence qu’il s’agit d’intégrer sans négociation aucune. Comme on peut considérer qu’elle est multiple, soumise à des tensions et à de nécessaires renouvellements. Fondée sur des valeurs démocratiques (le respect de la dignité humaine, l’égalité, …) qui sont elles non négociables, elle est en même temps un ensemble de comportements, d’usages et d’attitudes qui sont nécessairement ouvertes sur des réalités sociales mouvantes. C’est cette dernière alternative qui que nous faisons nôtre et qui nous semble, y compris sur le plan des droits de l’Homme la plus juste et, d’un point de vue politique la plus raisonnable. Toutes les sociétés humaines, et en premier lieu les grands pays d’immigration, sont appelés à faire une place aux nouveaux citoyens et à leurs cultures. Toutes doivent sans cesse s’élargir pour une citoyenneté renouvelée et irriguée par les sons et les couleurs du monde. Modestement, mais de manière O combien exemplaire, ce festival y contribue.
Messieurs les présidents des institutions nationales des droits de l’Homme,
Mesdames et messieurs, chers amis,
C’est pour moi un honneur et un privilège que de participer à la séance d’ouverture de cette importante conférence consacrée au thème : migrations et droits de l’Homme.
Cette conférence est en effet importante à plus d’un titre.
Elle l’est d’abord parce que la question migratoire est devenue, malgré sa relative faiblesse démographique -les migrants ne constituent après tout que 3 % de la population mondiale-une des questions essentielles de l’agenda politique et social international, mais aussi national. Dans des pays de plus en plus nombreux, la migration est perçue comme hostile, incontrôlable, et dénoncée comme une menace ou une anomalie. Régulièrement, elle est instrumentalisée lors des consultations électorales. Ainsi, d’ici la fin de l’année en cours, la migration est inscrite à l’ordre du jour de la présidence française de l’Union européenne, qui souhaite établir un pacte européen sur l’immigration ; elle figure à l’agenda euro-africain avec la tenue à la fin de l’année d’un sommet qui fait suite au premier sommet de Rabat. Elle est enfin à l’honneur avec la réunion à Manille fin octobre de la deuxième conférence intergouvernementale, organisée à la suite des travaux du groupe de Haut niveau mis en place en son temps par M. Kofi Annan.
Cette montée en puissance de la migration dans les agendas international et nationaux et reflète en fait les mutations radicales du phénomène migratoire de ces dernières décennies. Désormais mondialisée, la migration s’amplifie de jour en jour, révélant les fractures et les crises du monde, les inégalités qui le traversent, les transformations sociales et culturelles à l’œuvre dans tous les pays comme l’urbanisation des pays en voie de développement, l’autonomie grandissante des femmes, qui constituent aujourd’hui la moitié des migrants du monde, l’apparition d’un imaginaire migratoire, lié au développement de l’information, des moyens de transport, …
La mondialisation de l’immigration qui se manifeste par l’extension géographique des mobilités humaines (les périples des migrants sont de plus en plus longs et de plus en plus dangereux) se heurte à la tendance généralisée des Etats à légiférer pour limiter l’entrée sur leur territoire des non-nationaux et renforce la traite des êtres humains et le trafic, devenu désormais une industrie lucrative et de plus en plus élaborée.
C’est donc sous l’angle de la méfiance que la question des migrations est trop souvent abordée, alors que toutes les analyses scientifiques et sereines montrent qu’elle est incontestablement source de richesses.
D’abord par l’importance des transferts, estimés en 2004 à 150 milliards de dollars, soit près de 3 fois le montant de l’aide publique au développement. Ces remises sont non seulement importantes pour les balances de paiement de nombreux pays, mais constituent souvent un facteur essentiel de lutte contre la pauvreté et en faveur de l’amélioration de la condition des familles de migrants. Ainsi, elles jouent un rôle important pour la scolarisation des filles dans de nombreux pays.
Dans les pays d’accueil, notamment développés, la migration contribue de manière de plus en plus forte à combler les déficits démographiques, mais aussi à créer directement de la richesse économique. Ainsi, dans son rapport de 2006, la banque mondiale estimait que l’augmentation de 3% de la main d’œuvre totale des pays industrialisés, due à l’immigration, a dégagé un revenu supplémentaire de 160 milliards de dollars, soit davantage que les gains réalisés grâce à la libéralisation du commerce des marchandises.
Comme le rappelle un rapport récent de la Direction générale de coopération internationale et du développement du ministère français des affaires étrangères, « la migration contribue, par l’afflux de cotisations, au rééquilibrage des budgets sociaux dans les pays développés, tout en permettant d’élargir et de populariser l’idée et la pratique de la protection sociale au sein des pays en développement ».
La migration contribue enfin à a mondialisation du savoir, au bénéfice du Nord industrialisé (86 000 chercheurs étrangers sont accueillis aux Etats-Unis chaque année), souvent au détriment des pays d’origine. Néanmoins, cette ressource peut être aussi mobilisée, sous certaines conditions, en faveur d’un développement plus soutenu des pays émergents, dès lors, souligne le rapport cité ci-dessus, que « le contact n’est pas interrompu entre le migrant et son pays d’origine ».
Mesdames et Messieurs
Votre conférence intervient ainsi dans ce contexte rapidement évoqué ci-dessus. D’où aussi son importance.
Les travaux les plus récents concordent pour souligner l’importance d’une mobilisation du maximum d’acteurs, publics et privés, nationaux et internationaux, pour une nouvelle gouvernance mondiale de la question des migrations, au bénéfice des migrants, des pays d’origine et des pays d’accueil.
Ainsi, un nouvel élan devrait être donné à la mobilisation des Etats d’origine. C’est dans cette perspective que le Royaume du Maroc s’est engagé dans plusieurs chantiers dont celui de créer un cadre adéquat pour ses ressortissants établis à l’étranger et qui constituent aujourd’hui près de 10% de sa population totale.
Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger a été établi en décembre dernier par Sa majesté le Roi Mohamed VI suite à un large processus de concertation avec ces communautés mené par le Conseil consultatif des droits de l’Homme. Etabli auprès de Sa Majesté comme un organe consultatif et de prospective, il a notamment pour missions de resserrer les liens de coopération entre le Maroc et les pays d’accueil, tant au niveau des sociétés qu’au niveau gouvernemental. Engagés dans un processus d’enracinement dans les sociétés des pays de résidence, mais soucieux de garder des liens très forts avec leur terre d’origine, ces Marocains du Monde, dont notamment les jeunes générations nées et socialisées dans les pays d’accueil, peuvent constituer des ambassadeurs de premier plan au profit des deux sociétés.
Toujours Marocains et déterminés à le rester, mais de plus en plus citoyens à part entière des sociétés où ils vivent, notamment en Europe, ils constituent une ressource formidable pour l’élargissement de la coopération entre ces deux espaces d’appartenance. Notre Conseil entend notamment réunir dans les prochains mois l’ensemble des conseils d’émigrés qui existent au niveau international pour en faire un réseau de coopération et d’une force de proposition sur la question globale des migrations.
C’est aussi dans cette même perspective que je salue votre initiative. Les institutions nationales des droits de l’Home, dans leur diversité, peuvent aussi constituer un réseau irremplaçable et un acteur important dans le débat mondial sur les migrations. Constituées d’éminentes personnalités, chargées de la défense des droits de l’Homme, partout et pour tous, et ces institutions ont un poids moral primordial et une capacité d’influence politique importante.
Situées à la frontière de l’action publique et de la mobilisation des ONG, leur intervention dans le débat mondial sur les migrations peut contribuer de manière significative à la délibération internationale devenue de plus en plus nécessaire sur cette question.
C’est une raison de plus pour vous souhaiter plein succès dans vos travaux.
Monsieur le Premier ministre
Monsieur le Conseiller de Sa Majesté
Mesdames et Messieurs les ministres
Mesdames et Messieurs les membres du CCDH
Mesdames et Messieurs, Chers amis,
C’est un honneur pour le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger que de participer à cette rencontre, organisée dans le cadre des festivités de commémoration du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Comme vous le savez, l’adoption de cette Déclaration a enclenché un long processus, encore à l’œuvre aujourd’hui, d’élaboration de pactes et de conventions particulières, constituant progressivement le Droit international des droits de l’Homme. La Convention sur les droits des migrants et de leurs familles, que le Maroc a signée et ratifiée, fait partie intégrante de ce référentiel universel que nous célébrons aujourd’hui et se révèle d’une grande importance pour notre Conseil en particulier et pour notre pays en général.
Son importance devient encore plus évidente à l’heure de la mondialisation de l’immigration, et alors que les problématiques des mobilités humaines et du pluralisme induit par l’immigration figurent de plus en plus à l’agenda politique d’Etats chaque jour plus nombreux.
Mais avant d’en rappeler les principales dispositions, permettez-moi de faire quelques remarques préliminaires.
Adoptée en 1990, cette Convention avait besoin d’un minimum de vingt ratifications pour entrer en vigueur, seuil qui ne fut atteint qu’au 1er juillet 2003, après la ratification du Salvador et du Guatemala. Il aura ainsi fallu treize années de mobilisation pour que ce texte essentiel puisse intégrer pleinement le droit international des droits de l’Homme. A ce jour, 39 Etats seulement sont parties à la Convention, mais aucun Etat démocratique du Nord, alors que ces Etats sont aussi les plus grands pays d’immigration ni les nouveaux pays d’immigration que sont par exemple les Etats du Golfe ou l’Inde. Cette situation en limite malheureusement les effets et l’utilisation possible pour la défense des droits de dizaines de millions de personnes migrantes à travers le monde. Une campagne mondiale pour la ratification universelle regroupe des centaines d’ONG et le Comité pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants, établi en vertu de cette Convention, et présidé par notre compatriote et membre de notre Conseil, mon ami Abdelhamid El Jamri ne cesse d’œuvrer en ce sens. En 2005, le Parlement européen lançait à son tour un appel pour la ratification.