Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) vient de publier un nouvel ouvrage intitulé « Transferts et migrations en Méditerranée : quel avenir ? », en partenariat avec l’Association migration internationale.
Publié en langue française sous la direction de l’universitaire Bachir Hamdouch, le livre rassemble les contributions scientifiques des participants au colloque international organisé à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA) les 15 et 16 février 2024, sur le thème : « Entre crises, mutations de la migration et politiques des pays d’accueil. Quel avenir pour les transferts des migrants marocains et méditerranéens ? »
« Les participants à ce colloque ont souligné l’augmentation considérable des transferts en général au cours des dernières décennies, y compris durant la pandémie de Covid-19 et la crise qui l’a accompagnée. Ils se sont toutefois interrogés sur la pérennité de ces flux, en particulier dans un contexte de turbulences et d’instabilité du système international, marqué par des crises et des conflits, ainsi que par les défis qui se posent à son cadre juridique », peut-on lire sur la quatrième de couverture.
La portée symbolique des transferts des migrants
Dans sa présentation de l’ouvrage, le président du CCME, Driss El Yazami, a choisi de revenir sur l’impact qu’ont eu, sur les familles restées au Maroc, les transferts de fonds de la première génération de migrants marocains. Cet impact a été immortalisé par de nombreuses œuvres artistiques, telles que la musique de l’artiste amazigh Haj Belaid, dont les chansons abordent à maintes reprises l’exil et le lien avec la famille et le pays d’origine.
M. El Yazami a souligné que, même modestes, les transferts de la première génération de travailleurs marocains immigrés en France revêtaient une forte valeur symbolique : ils traduisaient l’attachement à la famille malgré la distance géographique et attestaient d’une solidarité concrète, défiant la dureté des conditions de l’exil.
« Derrière le chiffre global des transferts financiers (…) se trouvent des centaines de milliers d’événements et de récits individuels et familiaux, devenus au fil des décennies partie intégrante de notre histoire commune, grâce à tous ces artistes qui ont documenté l’expérience migratoire », ajoute-t-il dans la préface.
L’avenir des transferts
L’ouvrage réunit les contributions de chercheurs venus du Maroc, de France, d’Espagne, d’Italie, de Turquie et de Tunisie, qui abordent la question des transferts des migrants sous différents angles.
Les transferts des migrants marocains font l’objet d’une attention particulière : sont analysés leur évolution, leur avenir et les défis auxquels ils sont confrontés dans un contexte international instable. Une étude de cas porte sur les transferts matériels et symboliques des Marocains d’Italie, tandis qu’une autre examine les limites de la progression des transferts des Marocains du monde. D’autres contributions mettent en lumière les expériences d’autres pays du bassin méditerranéen, comme la Tunisie et la Turquie.
Parmi les principales conclusions tirées par Bachir Hamdouch dans l’article de clôture de cet ouvrage collectif, figure le constat que les migrations internationales continuent d’évoluer malgré les crises, entraînant dans leur sillage l’évolution des politiques migratoires, notamment dans les pays du Nord. Cette évolution se répercute sur les transferts financiers, eux-mêmes influencés par de nombreux autres facteurs : la situation économique des pays d’origine et d’accueil, les besoins des familles, le niveau d’instruction du migrant, son âge moyen et ses projets d’avenir.
Par ailleurs, les transferts ne se limitent pas à l’argent : ils englobent d’autres biens, matériels et immatériels, comme la mobilité des compétences et des savoir-faire. La question de l’attraction des compétences, en particulier pour les pays du Sud, pose un autre défi, où s’entremêlent l’investissement des pays d’origine dans la formation et la qualification des ressources humaines et le principe de la liberté de circulation des personnes.
Les conclusions de l’ouvrage insistent enfin sur la nécessité, pour les pays concernés, de relever les défis liés aux migrations et aux transferts, et de définir des stratégies migratoires globales et évolutives. Cela suppose d’agir à tous les niveaux, des politiques publiques jusqu’aux instruments internationaux.









