Les enjeux liés au retour du concept de frontière, dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les bouleversements migratoires et la montée en puissance des approches sécuritaires, ont été au cœur de débats scientifiques à Fès, lors de la deuxième édition du colloque international sur les études frontalières, organisé du 18 au 21 mai 2026 sous le thème « Frontières, murs et sécurité ».
Placée sous la modération de Saïd Saddiki, professeur de relations internationales à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah (USMBA), la cérémonie d’ouverture a réuni plusieurs personnalités académiques et institutionnelles de premier plan.
Intervenant à cette rencontre, Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, a affirmé que la question des frontières occupe désormais une place croissante dans les débats publics. Il a souligné que la connexion numérique et l’intensification des échanges économiques ont engendré « l’illusion d’une disparition des frontières territoriales », une idée qui s’est heurtée à la réalité des mobilités humaines, « qu’elles soient encouragées ou combattues ».
Face aux tentatives de passage irrégulier qui se poursuivent souvent dans des conditions éprouvantes, il a plaidé pour une recherche académique rigoureuse, rappelant que la frontière demeure une institution encadrée par le droit, et a insisté sur la nécessité de préserver les droits fondamentaux des personnes en situation de mobilité.

Une approche pluridisciplinaire du fait frontalier
Mustapha Ijjaali, président de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, a pour sa part inscrit ce colloque dans un contexte mondial caractérisé par le retour des nationalismes, les tensions géopolitiques et les défis du changement climatique. Il a appelé à dépasser la conception des frontières comme de simples lignes de démarcation pour les appréhender comme des espaces façonnés par l’histoire et l’expérience humaine.
Mohammed Bouzlafa, doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Fès, a quant à lui mis en avant l’importance de la recherche interdisciplinaire. La participation d’une centaine de chercheurs issus d’une trentaine de pays et de disciplines variées offre, selon lui, l’opportunité de construire une vision globale des phénomènes frontaliers en s’appuyant sur les perspectives des pays du Sud.
La conférence inaugurale a été assurée par deux universitaires britanniques de renom : Nick Megoran, professeur de géographie politique à l’Université de Newcastle, et Gabriela Garcia Garcia, chercheuse à l’Université de Surrey, spécialisée en mobilité et décolonisation des frontières.

Un réseau international en construction
Organisé à l’initiative du Laboratoire des études juridiques et politiques de l’USMBA, en partenariat avec la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), l’INALCO (Paris) et l’École des études transfrontalières de l’Université d’État d’Arizona, cet événement s’inscrit dans la continuité du premier colloque de Fès tenu en 2024, qui avait abouti à l’élaboration du « Programme de Fès pour les études frontalières ».
Le programme de cette édition comprend une série de panels couvrant des thématiques aussi diverses que la militarisation des frontières, les politiques d’externalisation des contrôles migratoires, les dynamiques coloniales et postcoloniales, ou encore l’impact des technologies numériques sur la gouvernance frontalière.









