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Culture et migrations marocaines : une longue histoire

Driss El Yazami
Président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger

Driss El Yazami

Contrairement à une perception largement répandue, l’émigration marocaine a plus d’un siècle d’histoire. Dès la moitié du dix-neuvième siècle en effet, des milliers de Marocains du Rif prennent la route de l’Oranie algérienne, alors sous domination coloniale et c’est grâce à eux et aux migrants andalous que la région est mise en valeur. Cette migration perdure jusqu’au déclenchement en 1954 de la lutte de libération algérienne et s’achève – de manière tragique avec l’expulsion en 1975 de milliers de Marocains d’Algérie. 

La Première Guerre mondiale relance l’émigration avec la mobilisation par la France de dizaines de milliers de soldats mais aussi de travailleurs dits « coloniaux ». Cet épisode fondateur nous dit le lien entre colonisation et émigration, et consacre la dimension militaire de l’histoire des migrations marocaines, une longue histoire qu’elles vont partager avec les populations d’autres pays de l’Empire, alors au faîte de sa puissance. Ainsi, ce n’est pas un hasard si la communauté marocaine de France est encore aujourd’hui la plus importante au monde, bien que les migrations marocaines se sont mondialisées (80 % des Marocains du monde sont néanmoins en Europe) et largement féminisées (à 50 % environ). Deux autres mutations sont à signaler : d’une part le vieillissement des premières générations et l’émergence des jeunes générations, nées et socialisées dans les pays de résidence et d’autre part, le développement socioculturel avec pratiquement un migrant marocain sur cinq avec un niveau universitaire. 

Au fond, on constate une double dynamique avec à la fois un enracinement rapide dans les sociétés d’immigration (comme le montre, par exemple, le fort taux de naturalisations y compris chez les premières générations) et le maintien, sous diverses formes, d’un attachement au pays, y compris chez les plus jeunes. 

Les ressorts de l’émigration marocaine sont ainsi multiples : militaires, économiques (besoins de la métropole coloniale dans un premier temps, puis, à partir des années 1960, des autres pays européens) et culturels. Cette dernière dimension est probablement la moins connue par le grand public et se manifeste de différentes manières dans l’histoire de l’émigration. 

Culture et migrations marocaines : une longue histoire

Dès l’entre-deux-guerres, les récits des pionniers ouvriers et soldats se diffusent de proche en proche et installent ce que nous pourrions appeler une impérieuse aspiration à la mobilité. Il y a aussi les départs dès les années 1920 des premiers étudiants vers la France mais aussi vers les universités de Palestine (Naplouse), d’Égypte et de Syrie. A Paris, les étudiants fondent en 1927 l’Association des étudiants musulmans nordafricains en France (AEMNAF), véritable école de formation jusqu’au milieu des années 1970 des élites nationalistes maghrébines. Au Caire notamment, les années 1930 et 1940 voient fleurir un militantisme nationaliste marocain et maghrébin vivace et aux conséquences durables. Dès la fin des années 1930, les premiers chanteurs marocains arrivent à Paris (Hocine Slaoui et Lhadj Belaïd), suivis dans les années 1950 par les premiers plasticiens (Jilali Gharbaoui en 1952, Farid Belkahia en 1955, Ahmed Cherkaoui en 1956). En 1955 justement, Driss Chraïbi est à Paris depuis une décennie et publie cette année Les Boucs. Cette même décennie, les premiers cinéastes marocains sont eux aussi en formation. A la suite d’Ahmed Belhachmi, qui intègre l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) en 1950, d’autres réalisateurs (Mohamed Afifi, Ahmed Bouanani, Mohamed Abderrahman Tazi, puis Moumen Smihi, Hamid Bennani, etc.) font leurs classes dans la célèbre école parisienne.

Suivant les traces de Lhadj Belaïd et de Hocine Slaoui, les années 1950 voient affluer à Paris d’autres chanteurs marocains dont le pionnier Abdelwahab Agoumi qui y arrive après un premier séjour au Caire. Il est bientôt suivi de Mohamed Fouiteh, Ahmed Jabrane, Ghazi Benacer, Samy El Maghribi, Latifa Amal, Ismael Ahmed, Ahmed Souleiman Chaouki, … 

Les dizaines de talents qui émergent aujourd’hui dans l’immigration dans tous les domaines (littérature, cinéma, peinture, sculpture, musique, danse, photographie, mode, gastronomie et bien évidemment le sport) continuent autrement cette longue histoire. Partant de leur double appartenance, ces talents disent librement et avec le langage de leur temps leurs aspirations à assumer cette diversité et leur refus des assignations définitives. A l’université, dans le monde de la recherche et de l’entreprise, des milliers de talents confirment à leur tour les mutations à l’œuvre. 

Culture et migrations marocaines

Ce rappel historique, schématique bien évidemment, est nécessaire pour nous rappeler que si l’apport de la migration est incontestable pour les familles et sur le plan macro-économique, il est en fait beaucoup plus global. En effet, comme deux Discours Royaux récents (août 2022 et novembre 2024) l’ont souligné, la contribution des Marocains du monde est essentielle dans tous les domaines, comme l’investissement (où il reste beaucoup à faire), le concours des associations d’émigrés au développement territorial, la créativité culturelle, le gaming …

Cinq romans du grand écrivain Edmond Amran El Maleh sont réunis dans ce coffret qui contribue à mieux faire connaître les écrits d’un grand penseur dont la vie, les engagements et l’œuvre sont un patrimoine permanent et vivant de la culture de notre pays. Driss Khrouz, président de la Fondation Edmond Amran El Maleh

Nous sommes dans un monde où la concurrence sur les ressources humaine est de plus en plus féroce. Et pas seulement à propos des compétences hautement qualifiées. Elle l’est aussi dans certaines niches comme l’agriculture, la restauration. Ou dans les métiers du care (infirmiers, aidessoignants, etc.) Nous aurons ainsi de plus en plus besoin de ces compétences pour faire face aux défis des divers chantiers engagés par le Maroc. Mais un des domaines où la contribution des Marocains du monde apparaît comme essentielle est d’évidence la culture. Leur dynamisme dans ce domaine contribue à l’enrichissement à la fois des cultures des pays d’installation et de la culture marocaine. Hier comme aujourd’hui, la modernité marocaine s’élabore et s’affine ici et ailleurs, par la réinvention de l’origine, par la fidélité et l’ouverture.

 

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