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Driss Ajbali décrypte soixante ans de politique migratoire marocaine

Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a organisé, ce samedi 2 mai 2026 au Salon international de l’édition et du livre (SIEL) à Rabat la présentation du dernier essai de l’écrivain et poète franco-marocain Driss Ajbali. Le journaliste Naïm Kamal s’est entretenu avec l’auteur sur son ouvrage Migration et politique. L’équation marocaine. Un échange au fil duquel il a livré une analyse rigoureuse et personnelle d’un phénomène qui façonne l’identité même du Royaume.

Un ouvrage né d’un discours royal

C’est le discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI du 6 novembre 2024, véritable réquisitoire sur le paysage institutionnel en charge de la migration, assorti de l’annonce de la création de la Fondation Mohammedia, qui a été l’élément déclencheur de cet essai. Le projet avait toutefois des racines plus anciennes : Driss Ajbali envisageait initialement, avec son ami et confrère Khalil Hachimi Idrissi, à la mémoire de qui le livre est dédié, de rédiger un ouvrage sur la migration marocaine vue par les archives de l’Agence Maghreb Arabe Presse (MAP), pour lequel quelque 4 000 dépêches avaient été collectées. Le livre est ainsi le fruit de deux impulsions, l’une intime, l’autre institutionnelle.

Driss Ajbali & Naim Kamal

Un regard de l’intérieur, enfin

Auteur d’un premier ouvrage publié en France dès 1999, préfacé par Catherine Trautmann, Driss Ajbali reconnaît avoir longtemps traité la migration depuis l’extérieur, du point de vue français. Cet essai marque une rupture : il s’agit cette fois de comprendre comment l’État marocain a lui-même appréhendé et géré la question. Il en ressort trois constats fondateurs. La communauté marocaine à l’étranger est un phénomène relativement récent, d’à peine soixante ans dans sa configuration actuelle. Elle est aussi remarquablement éclectique, présente dans plus de cent pays. Enfin, l’État marocain a évolué au rythme même de cette émigration, s’adaptant progressivement à ses mutations.

Une architecture en vingt chapitres

L’essai est structuré en deux parties de dix chapitres chacune. La première couvre les années 1960 jusqu’à 1990, retraçant la genèse des politiques publiques dédiées aux Marocains de l’étranger. La seconde passe en revue l’action de l’ensemble des ministres ayant eu ce portefeuille en charge, offrant une lecture inédite de la continuité, et des ruptures, dans la gestion institutionnelle du dossier. Naïm Kamal a souligné la rigueur de cette architecture, qui permet de mesurer l’évolution d’un phénomène inscrit dans la longue durée et toujours en cours de transformation.

Une permanence royale, une discontinuité gouvernementale

L’un des fils conducteurs de l’ouvrage est le rôle central et constant de l’institution royale. Feu Hassan II, rappelle l’auteur, est le véritable fondateur des politiques publiques envers les ressortissants marocains à l’étranger. Mohammed VI a quant à lui consacré au moins seize discours à cette communauté, s’adressant à elle « où qu’elle soit, dans toute la planète ». Le parallélisme est saisissant : Hassan II avait créé la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, Mohammed VI vient de créer la Fondation Mohammedia.

Depuis des décennies, cette politique repose sur deux piliers : l’attachement à la mère-patrie, incarné par la commanderie des croyants et l’enseignement de la langue arabe, et l’accueil des émigrés, notamment lors des retours estivaux. Mais Ajbali pointe également une tension structurelle : « il y a une permanence royale mais une discontinuité gouvernementale », illustrée par des projets demeurés inachevés sur les compétences, la mobilité et d’autres chantiers.

La migration, ADN du Maroc

C’est sur une formule forte que Driss Ajbali a conclu son propos : « Les Marocains du monde ont un attachement avec leur pays qui est quasi spirituel. Quand les émigrés viennent au Maroc, ils ne font pas un voyage, ils font un pèlerinage. » Une conviction qui donne toute sa charge au défi qu’il lance aux institutions comme le CCME : celui de construire les paradigmes adaptés aux prochaines générations, pour lesquelles la migration fait désormais partie de l’identité profonde du Royaume.

CCME