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Dialogue, écriture : une question d’existence

Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger a réuni, samedi 9 mai 2026 à Rabat, deux voix littéraires de la diaspora canadienne autour d’une question fondatrice : pourquoi et pour qui écrit-on ? Animée par l’écrivaine Mhani Alaoui, la rencontre a mis en présence Mustapha Fahmi, professeur de littérature anglaise à l’Université du Québec à Chicoutimi, et Mohamed Lotfi, journaliste radio et écrivain. Deux parcours distincts, une même conviction : l’écriture n’existe que dans la relation à l’autre.

Dialogue, écriture : une question d'existence
©CCME

Shakespeare comme boussole existentielle

Mustapha Fahmi ouvre la discussion en convoquant une figure tutélaire. Interrogé sur son rapport à la littérature anglaise, il explique que Shakespeare est pour lui bien davantage qu’un objet d’étude académique : « c’est un guide ». Dès le XVIIIe siècle, rappelle-t-il, Goethe justifiait déjà l’universalité du dramaturge par l’absence de limites de son œuvre. Pour Fahmi, cette infinitude se traduit concrètement : face à toute question, existentielle, professionnelle ou éthique, c’est vers Shakespeare qu’il se tourne, non pour trouver une réponse, mais pour trouver une meilleure question.

C’est là, selon lui, l’un des apports les plus profonds de Shakespeare: « on ne dit jamais je ne savais pas, on dit ça je l’ai toujours su, mais comment se fait-il que je n’avais pas encore trouvé le langage pour l’exprimer ». Dostoïevski ou Kafka révèlent ce qu’on ignorait ; Shakespeare, lui, nomme ce qu’on ressentait sans pouvoir le dire. Ce déficit de langage, ajoute-t-il, ne touche pas seulement la littérature : en politique, en société, l’incapacité à communiquer et à convaincre tient souvent à cette même indigence.

Dialogue, écriture : une question d'existence
©CCME

L’existence humaine, fondamentalement dialogique

Au cœur de l’intervention de Mustapha Fahmi se trouve une thèse philosophique forte : le dialogue n’est pas un outil de communication parmi d’autres, c’est une dimension constitutive de l’existence humaine, au même titre que le temps ou l’espace, et tout aussi oubliée. Même le monologue, dit-il, n’est jamais pur : il est habité par des voix intérieures, des contradictions, des ambivalences qui font la profondeur d’un être.

Il illustre ce propos par l’expérience du deuil : « on est toujours en dialogue avec nos parents, et quand ils décèdent, ce dialogue s’intensifie ». Réintroduire cette dimension dialogique dans la pensée contemporaine est, pour lui, une urgence. L’autre n’est pas un adversaire ni un étranger, mais « un compagnon de voyage qui ne nous a pas encore raconté son histoire », une histoire tissée, comme toutes les histoires humaines, des mêmes fils : rêves et cauchemars, promesses et déceptions, souvenirs et blessures.

Dans les prisons du Québec, donner la parole aux « Souverains »

Mohamed Lotfi apporte à la table-ronde une expérience aussi singulière que bouleversante : depuis 35 ans, il anime l’émission Souverains anonymes, un programme radiophonique consacré aux détenus des établissements pénitentiaires québécois. C’est en arrivant à Montréal, à quelques jours de la chute du mur de Berlin, micro en main, qu’il découvre la matière humaine qui allait structurer toute son œuvre. Une scène l’a marqué à jamais : un détenu qui saisit un micro non branché et commence à se confier, illustrant l’instinct de parole, même sans certitude d’être entendu.

De journaliste, il dit être devenu « conteur », puis « quelqu’un qui fait écrire l’autre ». Sa mission : « faire sortir le meilleur au cœur du pire ». Ces hommes qu’il appelle des Souverains, terme qui dit tout du regard qu’il pose sur eux, ont produit plus de mille poèmes affichés sur les murs de leurs cellules, et des albums de chansons interprétés par des artistes majeurs du Québec. La reconnaissance institutionnelle a suivi : c’est dans le cadre de Souverains anonymes que, pour la première fois au Canada, une gouverneure générale s’est déplacée pour rencontrer des détenus.

Faire de sa vie une œuvre d’art, même derrière les barreaux

Le fil qui relie les deux intervenants se noue dans une question empruntée par Mohamed Lotfi au dernier livre de Mustapha Fahmi, La beauté de Cléopâtre : « comment faire de sa vie une œuvre d’art ? ». Dans le contexte carcéral, la question se reformule en défi radical : comment faire de son passage en prison une œuvre d’art ? C’est cette tension entre enfermement et création, entre la brutalité du réel et la puissance de l’imaginaire, qui constitue le moteur de son travail depuis trois décennies. La prison, rappelle-t-il, n’est pas que des murs et des gardiens : elle est aussi, par antithèse, le désir impérieux de s’évader par l’imaginaire.

CCME