CCME au SIEL 2026
Éditorial
Culture et migrations marocaines : une longue histoire
Contrairement à une perception largement répandue, l’émigration marocaine a plus d’un siècle d’histoire.
Dès la moitié du dix-neuvième siècle en effet, des milliers de Marocains du Rif prennent la route de l’Oranie algérienne, alors sous domination coloniale. Cette migration perdure jusqu’au déclenchement en 1954 de la lutte de libération algérienne et s’achève de manière tragique avec l’expulsion, en 1975, de milliers de Marocains d’Algérie.
La Première Guerre mondiale relance l’émigration avec la mobilisation par la France de dizaines de milliers de soldats mais aussi de travailleurs dits « coloniaux ». Cet épisode fondateur nous dit le lien entre colonisation et émigration, et consacre la dimension militaire de l’histoire des migrations marocaines.
Ainsi, ce n’est pas un hasard si la communauté marocaine de France est encore aujourd’hui la plus importante au monde, bien que les migrations marocaines se soient mondialisées et largement féminisées.
La modernité marocaine s’élabore et s’affine ici et ailleurs, par la réinvention de l’origine, par la fidélité et l’ouverture.
Deux autres mutations sont à signaler : d’une part le vieillissement des premières générations et l’émergence des jeunes générations, nées et socialisées dans les pays de résidence ; d’autre part, le développement socioculturel, avec pratiquement un migrant marocain sur cinq ayant un niveau universitaire.
Les ressorts de l’émigration marocaine sont multiples : militaires, économiques et culturels. Cette dernière dimension est probablement la moins connue du grand public et se manifeste de différentes manières dans l’histoire de l’émigration.
Dès l’entre-deux-guerres, les récits des pionniers ouvriers et soldats se diffusent de proche en proche et installent une aspiration à la mobilité. Il y a aussi les départs, dès les années 1920, des premiers étudiants vers la France, mais aussi vers les universités de Palestine, d’Égypte et de Syrie.
Dès la fin des années 1930, les premiers chanteurs marocains arrivent à Paris, suivis dans les années 1950 par les premiers plasticiens, puis par les premiers cinéastes marocains en formation.
En 1955, Driss Chraïbi est à Paris depuis une décennie et publie Les Boucs, un grand roman sur l’immigration. Les dizaines de talents qui émergent aujourd’hui dans l’immigration, dans tous les domaines — littérature, cinéma, peinture, sculpture, musique, danse, photographie, mode, gastronomie et sport — continuent autrement cette longue histoire.
Partant de leur double appartenance, ces talents disent librement et avec le langage de leur temps leurs aspirations à assumer cette diversité et leur refus des assignations définitives.
Ce rappel historique est nécessaire pour rappeler que si l’apport de la migration est incontestable pour les familles et sur le plan macro-économique, il est en fait beaucoup plus global.
Comme deux Discours Royaux récents l’ont souligné, la contribution des Marocains du monde est essentielle dans tous les domaines : investissement, développement territorial, créativité culturelle, savoirs, innovation et transmission.
Hier comme aujourd’hui, la modernité marocaine s’élabore et s’affine ici et ailleurs, par la réinvention de l’origine, par la fidélité et l’ouverture.


