L’imam, un vecteur de paix dans une société multiculturelle

dimanche, 18 février 2018

« Être Imam dans une société multi-religieuse et multiculturelle » est le thème de la table-ronde organisée ce dimanche 18 février 2018 au stand du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) au Salon du livre de Casablanca. 

J11 TR 2 3M. Abdellah Boussouf, Secrétaire général du CCME, M. Mohammed El Mahdi Krabch, chercheur dans les affaires culturelles et religieuses, M. Saliou Salih Faye, imam, prêcheur et éducateur à Strasbourg, M. Khalid Chaouki, président de l’Association des jeunes musulmans d’Italie ont animé cette table-ronde modéré par M. Jaouad Achakouri, chargé de mission au CCME.

M. Mohammed El Mahdi Krabch : le pluralisme et la diversité sont des valeurs intrinsèques à l’Islam

J11 TR 2 1Pour M. Krabch, le pluralisme est un fait universel qui nécessite de toutes les composantes de la société de prendre en considération l’existence de l’autre. Un principe intrinsèque à la religion musulmane qui incite dans le Saint-Coran à la diversité et au respect de l’autre.

M. Krabch a également mis en valeur le vivre-ensemble « historiquement présent que au Maroc, un pays de diversité comme stipulé dans le préambule de sa Constitution ». Des valeurs et un modèle de religiosité pour beaucoup de pays européens ou les communautés musulmanes « ne sont pas arrivées à accompagner le développement et la modernité des sociétés occidentales ».

Ceci serait, selon M. Krabch, dû à l’idéalisme et à la nostalgie au passé qui s’empare de la mentalité de la plupart des acteurs cultuels en Europe et qui constituent des obstacles à la prospective religieuse. « Nous assistons également à un décalage entre la théorie et la pratique et à la difficulté de concrétiser les textes et versets qui respectent le pluralisme et la diversité », a-t-il indiqué.

Le chercheur franco-marocain préconise quelques principes pour « se libérer de cette prison idéologique ». L’imam doit se munir de la rationalité, comprendre que la citoyenneté est l’essence même de sa conduite et de son exercice et connaitre le contexte historique et culturel de la société dans laquelle il vit.

« L’imam exemplaire n’est pas sans savoir que le traité de Voltaire où que Dreyfus chez Emile Zola sont autant que d’autre sources musulmanes des éléments de langage avec la population française car ces histoires font partie de la mémoire collective », a-t-il soutenu.

Enfin, M. Krabch a déploré «l’emploi de la religion pour des objectifs politiques et idéologiques qui fait perdre à l’Islam son essence qui est de réaliser la paix spirituelle ».   

M. Saliou Salih Faye : expérience pratique d'un imam en France 

J11 TR 2 4Pour sa part, M. Faye considère que l’imam dans les sociétés plurielles est comme un médecin qui ne peut pas donner d'ordonnance avant le diagnostic. « L'imam ne peut pas réussir sa mission sans comprendre dans lequel il vit », a-t-il indiqué.

Pour cet imam, les versets ou les textes religieux ne sont pas figés mais contiennent des messages qui démontrent que « l’Islam est une religion de construction et non de destruction ». Un principe également incarné par le Prophète qui était modèle du dialogue interreligieux comme on le lit dans la charte de Médine.

Pour rapprocher les populations des valeurs de l’Islam, M. Faye a indiqué que la Mosquée de Strasbourg organise des journées portes-ouvertes pour le brassage entre les communautés, dont une journée dédiée à la citoyenneté dont l’objectif est d’expliquer aux autres composantes de la société que la religion musulmane est devenue une religion citoyenne.   

S’agissant de la mission de l’imamat, M. Faye a expliqué que « l'imam ne doit pas se suffire des prêches mais doit être meneur de projet pour le bien de la communauté, refuser la fermeture qui fait impasse au développement et agir pour la paix », comme il est chanté dans « l'Hymne à la citoyenneté qui commence par l’expression liberté, égalité, fraternité pour démontrer que cette équation n’est uniquement française ».

M. Khalid Chaouki : l’Islam n’est pas incompatible avec la modernité

J11 TR 2 5Quant à Khalid Chaouki, engagé auprès de la communauté musulmane à Rome (Italie), l’Occident permet la possibilité à tous les niveaux, y compris l’échange entre Musulmans et non musulmans qui fait défaut dans la société italienne.

Une valeur qui doit aussi être au centre des préoccupations de la Mosquée qui doit accueillir toutes les communautés pour faire valoir les valeurs nobles de l’Islam. Ainsi, « et puisque quand on parle de mosquée on parle forcément de l’imam », M. Chaouki a affirmé que ce dernier ne doit pas uniquement communiquer avec la minorité musulmane mais aussi comprendre son contexte et communiquer avec les autres composantes de la société. 

Une mission d’autant plus importante que « l'imam est devenu après les évènements du 11 septembre un porte-parole de l'Islam et des musulmans sans le réaliser ». Pour réussir cette mission, « l'imam doit avoir une connaissance de la théologie en rapport avec le contexte dans lequel il vit, maîtriser la langue d'accueil et avoir une connaissance des courants islamistes pour pouvoir produire un contre-discours pour les jeunes ».

Parmi les notions du contexte, l’imam doit expliquer, surtout aux jeunes des 3e et 4e générations, que l’Islam n’est pas incompatible avec les valeurs de la démocratie ou de la modernité.  

M. Boussouf : le rôle de l’imam est au centre des préoccupations du CCME

J11 TR 2 2Intervenant à cette rencontre, M. Boussouf a affirmé que l’imamat dans les sociétés européennes a été au centre des préoccupations du CCME qui a organisé il y a 8 ans une rencontre à Strasbourg sur l’encadrement religieux, ajoutant que « l'imam qui a reçu une formation classique n'est pas qualifié pour opérer dans des sociétés plurielles ».

« L’imam doit avoir aussi être formé dans les sciences humaines et sociales. Ceci ne veut pas dire qu'il doit devenir sociologue ou philosophe mais qu’il lui demandé d’y avoir des notions de base », a-t-il indiqué.  

Selon M. Boussouf, pour s’adapter à la réalité des sociétés européennes l’imam doit avoir un esprit rationnel, donc être muni d'une connaissance scientifique, maitriser la langue d’accueil qui est un outil de communication incontournable et être en interaction avec les sociétés ou il vit alors que plusieurs imams limitent même leur déplacements entre leur logement et la mosquée ».

L’imam doit aussi connaître les autres religions et philosophies, car « l’on ne peut pas opérer dans une société dont on ignore les composantes » et avoir une connaissance du référentiel historique des sociétés d'accueil car les valeurs de la laïcité, l'égalité ou les droits de l'homme sont tous des concepts qui ont une histoire qui retentit sur la réalité actuelle.

La rédaction

 

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