Simon Serfaty : « le Maroc est un pays émergent crédible et complet »

jeudi, 15 novembre 2018

La conférence « le Maroc dans le monde : défis et perspectives » animée par le Professeur Simon Serfaty est un moment fort de la rencontre de Marrakech. Professeur de politique étrangère américaine à l’Université Old Dominion à Norfolk (Virginie) et titulaire émérite de la chaire Zbigniew Brzezinski en géostratégie au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, il répond aux questions de la journaliste et animatrice Hanane Harrath.

En référence au thème de cette rencontre, pour M. Serfaty « la marocanité que nous partageons se conjugue d'abord au passé simple. Ce Maroc qui fut notre premier monde avant d'aller en façonner un autre ailleurs, non pas dans l’intention de devenir quelqu’un d’autre mais quelqu’un de plus ». 

M. Serfaty développe son intervention autour de trois questionnements majeurs : dans un monde en mutation, est-ce que l’Amérique continue de compter ? Quelle est la place de l’Europe et quels sont ses champs d’action ? Puis, dans une dévaluation de l'influence occidentale, le Maroc émergent, voué à agir, a-t-il un rôle à jouer ?

De prime abord, « oui l’Amérique compte toujours en tant que pôle puissant, le plus puissant du monde d’ailleurs, mais il y a une tentation de repli et d’inefficacité. Oui, l'Europe est très forte vis-à-vis de ces membres mais faible vis-à-vis du monde. Oui, le Maroc peut jouer un rôle efficace avec une diplomatie de plus en plus efficace depuis 20 ans, mais doit être compris par les puissances mondiales ». 

Après un XXème siècle court selon notre conférencier, « où nous avons vécu une première mi-temps de guerre faisant 165 millions de morts et une deuxième mi-temps plus positive où nous avons cru à une paix kantienne », nous avons tiré quelques leçons, car leur application définit l’enjeu de notre devenir.

Quatre leçons essentielles selon M. Serfaty : « l'unilatéralisme ne paie pas, car être retenu dans un nationalisme étroit c'est dire non au développement ;  la puissance militaire n'a plus l'efficacité d'antan, car elle permet de commencer des guerres mais pas de les finir ; nous ne pouvons plus limiter l'essence du monde qui nous entoure à une seule dimension puisque tous les dossiers se rejoignent: le problème qui est ignoré aujourd'hui surgira demain et enfin il n'y a plus de solution facile puisque personne n'est à même de dire en une déclaration ce qu'il faut pour résoudre un problème ou un autre ».

Répondant à la question « est-ce qu'on a le langage pour nommer ses nouveaux paradigmes pour décrire le monde ? », M. Serfaty a répondu que « l'ère unipolaire est finie, l'ère bipolaire n'est plus réalisable et l'ère multipolaire reste à définir » mais appelle notre époque par « l’ère zéro polaire, car aucun pôle n'est pertinent et efficace et les alliances ont de plus en plus de mal à se former ».

En ce qui concerne la place de l’Europe, M. Serfaty affirme que « les Etats-Unis et l'Europe se complètent dans leurs moyens et donc dans leurs actions ». « Même avec le montée  du populisme qui se rebelle contre l'immigration et excès d'austérité, il n'a pas d'alternative à l'union européenne car les États séparés de cette union sont très petits et limités ».

Une place de choix a été consacrée dans cette conférence à la place du Maroc, ce pays du sud étroitement lié à l'Atlantique, dans un monde en pleine mouvance.

Concernant ses atouts, M. Serfaty reste « positif à l'égard du potentiel du royaume à bien des égards, car il est de tous les pays émergents le plus global et le plus complet ».

« Il y a une habilité à atteindre l'Europe, l'Afrique, l'Amérique et les pays arables en plus de la dimension spéciale au Maroc et propre au Maroc, celle que ses moyens et sa puissance sont complets : il ne se limite pas  à une ressource pétrolifère ou à marché commercial ».  

Autre atout incontournable pour le Maroc, sa géographie et démographie qui sont à la base d'un dynamisme économique de plus en plus autonome. M.Simon Serfaty évoque également un avantage de taille, celui de la crédibilité  due à la « nature de sa réputation au niveau d'un certain nombre de pays de par le monde en fonction de son histoire et de sa stabilité ».

Pour toutes ces raisons et pour sa richesse culturelle et historique millénaire, son pluralisme et son multilinguisme, pour M.Serfaty il s'agit d’une durabilité au Maroc qu’il « ne retrouve pas dans d'autres pays émergents »

La conférence du Professeur Serfaty clôture le programme des travaux de cette rencontre tenue sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI  qui a réuni près de 200 membres de la communauté marocaine de confession juive venue des quatre coins du monde.

CCME

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