lundi 17 février 2020 05:41

Regards croisés sur l’image du Maroc dans les études historiques

mardi, 11 février 2020

Le pavillon du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a organisé, mardi 11 février 2020 au salon du livre du livre de Casablanca, une table-ronde sur l’ « Image du Maroc dans les études et les sources historiques : regards croisés », tenue en collaboration avec l’Association marocaine pour la recherche historique. Mohamed Oubihi, professeur d’histoire contemporaine à la faculté des lettres et sciences humaines de Rabat, Jilali El Adnani, directeur du Centre d'Histoire du temps présent et spécialiste de l'histoire sociale et religieuse, Abdelaziz Tahiri, professeur d’histoire contemporaine à Rabat et Khalid Ouassou, chercheur en immigration et mouvements sociaux sont intervenus à cette rencontre modérée par Mohammed Said El Mortaji, professeur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat.

 

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Présentant les participants, M. El Mortaji a expliqué que l’image du Maroc à l’étranger est en partie constituée par les résidus des écritures étrangères historiques qui sont encore présents dans les stéréotypes et qui refont surface dans chaque événement politique dans les sociétés d’accueil, mettant en cause l’image du Maroc et du Marocain héritée des temps coloniaux.

 

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Abdelaziz Tahiri : les facteurs de la construction de l’image du Maroc au-delà des frontières

Les stéréotypes sur le Maroc ou sur l’islam puisent leurs sources dans plusieurs siècles d’histoires. Ces sources sont idéologiques, selon M. Tahiri. Il distingue entre l’idéologie religieuse et l’idéologie rationnelle, la première ayant étendue son impact depuis le moyen âge et la deuxième depuis le siècle des lumières. La première étant toujours très présente, « n’aurait pas permis à l’idéologie rationnelle d’effacer les lourdes conséquences de la mémoire religieuse ».

L’image du Maroc et de l’islam est aussi plurielle, selon plusieurs dimensions dont la dimension territoriale et la dimension sociale - ou selon l’appartenance sociale. Elle peut être négative ou positive et allie la dimension réelle et la dimension imaginaire. Cette image n’est pas stable mais changeante selon les facteurs sociales et politiques et selon la nature des relations que l’on entretient avec chaque pays.

Les écritures orientalistes ont présenté le Maroc comme un individu primitif qui a besoin de l’intervention « d’états civilisés pour l’éduquer ». Les écrivains orientalistes distinguent aussi entre l’islam de la ville, plutôt modéré, et l’islam rural qui tend vers l’extrémisme et vers le communautarisme. Par rapport à cette question, M. Tahiri évoque les récits de Jacques Berque ont élucidé les amalgames présents dans les écritures d’autres orientalistes présentant la tribu amazighe comme une communauté biologiquement différente du reste du Maroc, qui voudrait s’en dissocier. « Une dissociation qui avait pour but de présenter le Maroc comme une société désorganisée afin de justifier l’intervention du colonisateur », selon le chercheur.

Changer les stéréotypes se fera, selon M. Tahiri, à travers quatre paramètres essentiels : la culture et les sciences humaines pour nous faire connaître auprès de l’autre, l’éducation, où l’école doit produire un citoyen ouvert et productif, la démocratie en mettant en valeur les réformes puis le développement par la création de la valeur ajoutée.

 

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Jilali El Adnani : l’image du Maroc pendant la période coloniale

Dans son intervention, Jilali El Adnani décrit l’image du Maroc transmise par le colonisateur. « Une image tantôt négative, tantôt positive, selon ses intérêts ». Il explique également que classification ethnique donnée par les écrivains de l’époque coloniale, dont le lieutenant-colonel Paul Marty, ont introduit les termes du dahir berbère signé le 16 mai 1930. A cet effet, le chercheur précise que la découverte de la tribu amazighe par le colonisateur a été faite en Algérie (la Kabylie). « À cette époque, la France avait engagé un processus de christianisation en Algérie qui n’a pas touché les tribus amazighes du Maroc ».

L’image de l’islam au Maroc donnée le colonisateur a également fait l’objet de cette « approche selon l’intérêt ». Au début de la colonisation, il a été défini comme une religion, une définition qui sera ensuite transférée à l’islam d’Afrique subsaharienne, puisque le colonisateur voudra à cette époque associer le nord de l’Afrique à l’islam wahabbite pour ternir son image.

Il évoque, comme composante de cette image, les photos qui avait illustré les écrits de la colonisation voulant présenter le « Maroc comme un pays arriéré, une société qui résiste à la modernisation au moment où elles donnaient une image plutôt rayonnante de l’empire chérifien et des sultans du Maroc ».

 

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Khalid Ouassou : l’image donné par l’immigration sur le Maroc

Pour Khalid Ouassou, l’image dépend de trois paramètres, à savoir le temps, le lieu et de la référence culturelle qui sont des facteurs changeants en permanence. Elle se définit comme un regard sur le monde, un positionnement par rapport à l’autre. L’image est aussi liée dans sa subjectivité à l’acuité des sens et à l’expertise de celui qui la reflète et dans son objectivité aux études anthropologiques.

Depuis la colonisation, la France a, à travers son contact avec la population marocaine, tenu à mettre en exergue « les points de différences et l’avance qu’elle a par rapport au Maroc afin de présenter la colonisation comme message de paix et de civilisation ». Elle a, dans ses écrits, mis l’accent sur « des traits de caractères comme l’extrémisme, la paresse, la pauvreté ou encore l’absence de l’état et le monopole exercée par la religion comparé à la France qui se définit comme le temple de la modernité ».

Dans le modèle que le chercheur a étudié, celui de l’usine Renault en France, ayant drainé plus d’un million de travailleurs à tous les échelles, ce référentiel est resté présent. Les écrits produits par l’entreprise a mis en exergue la difficulté à s’intégrer des ouvriers marocains : « ils ont tendance à vivre en communauté, ont une faiblesse de l’esprit d’initiative, ils se définissent par le mensonge et considèrent que la femme st inférieur à l’homme et sont attachés à l’argent sans se préoccuper du savoir-vivre ».

Il explique que la question de l’image est complexe car elle n’est pas exclusive au regard porté sur l’immigré mais constitue une partie de l’ensemble d’une mémoire collective qui garde aussi les résidus d’une « certaine infériorité du Français par exemple par rapport à l’Allemand, l’histoire considérant l’Allemagne comme le centre de l’Europe ».

Ces stéréotypes, conséquences de la colonisation et de plusieurs autres processus, doivent être corrigés d’après Khalid Ouassou selon deux manières : explorer les sources historiques qui mettent en valeur la richesse culturelle du Maroc et mettre en valeur l’importance de la présence de l’autre pour la richesse de la société d’accueil.

Afin d’opérer ce changement, le chercheur préconise une approche impliquant plusieurs acteurs institutionnels et de la société civile pour promouvoir une image réelle du Maroc. « Les relations que le Maroc entretient avec sa diaspora sont importantes pour changer cette image négative, à commencer par les services qu’on leur propose en passant par le bagage scientifique qu’on met à leur disposition au Maroc et dans les pays d’accueil ».

 

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Mohamed Oubihi : l’image du Maroc reflétée par les écritures germaniques

Mohamed Oubihi a traité dans son intervention des récits historiques germaniques sur le Maroc. Il explique que ces écrits sont descriptifs « de la personnalité marocaine, de la société et du régime alimentaire marocains ». Ils mettent en exergue « le caractère bédouin de l’individu marocain et son mode vestimentaire archaïque ». Des jugements qui « ne sont pas différentes de ceux des Français ou des Anglais qui ont un référentiel de colonisateur » et qui « n’ont pas réussi à dissimuler leur caractère prédateur des richesses du Maroc », explique le chercheur.

« Les écrits germaniques présentent l’Allemand comme un individu curieux de connaître son prochain qui n’est pas toujours partant pour des échanges avec des étrangers. Ils mettent en évidence l’emprise de la religion sur les échanges avec la population », a-t-il précisé. « Ils décrivent aussi longuement le Makhzen et les sultans du Maroc qu’ils présentent comme tyranniques, mettent au centre de leur narrations l’anarchie de l’unité de la tribu au sein d’une société marocaine divisée ».

Une image négative qui continue de faire surface dans les stéréotypes sur les Marocains au-delà des frontières que le chercheur propose de corriger par « une relecture des sources historiques orientées vers la mise en valeur du patrimoine commun entre le Maroc et l’Europe et de la richesse de l’héritage culturel du Maroc plusieurs fois millénaire ».

 

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