mercredi 19 juin 2019 03:55

La culture marocaine en Afrique et dans le monde arabe

samedi, 09 février 2019

La deuxième table-ronde des “rendez-vous de l’agora” de ce samedi 9 février 2019 s’intitule “la culture marocaine en Afrique et dans le monde”. Driss El Ganbouri (Maroc), Ismail Regragui (France) et Mohamed Hanafi Ould Dahah (Mauritanie) ont animé cette rencontre modérée par Sidi Mohamed El Farssi, membre du CCME.

SIEL19 D2 T2 FARSI

Mohamed Hanafi Ould Dahah : le Maroc a sauvé l’Afrique de l’extrémisme religieux

Dans son intervention, Mohamed Hanafi Oul Dahah a mis en exergue l’importance majeure que revêt la culture religieuse marocaine dans le continent africain.  

SIEL19 D2 T2 HANAFI

“Après les Almoravides, l'Afrique s’est fortement imprégnée de l’Islam sunnite adepte du rite malékite et du dogme ash'arite”, a expliqué le professeur à l’Université de Nouakchott qui a affirmé que les sources de l'Islam africain sont puisées dans les références marocaines : “les Marocains sont les plus grands inspirateurs du rite malékite”.

Dans son intervention, Ould Dahah a également évoqué l’importance de l’étendue du soufisme africain qui trouve ses sources au Maroc et célèbre le vivre-ensemble en paix entre les différentes confréries religieuses.

“Fès a été, à travers l’histoire, la capitale spirituelle et culturelle de l’Afrique”, a poursuivi Ould Dahah qui n’a pas manqué de rappeler le rayonnement de l'Université Al Qaraouiyine qui a été la première université religieuse au monde. “La nostalgie de Fès est d’ailleurs extrêmement présente dans les écritures et les poésies des écrivains africains”.

Mohamed Hanafi Ould Dahah s’est félicité que l’Afrique puisse avoir la protection de l’institution de la commanderie des croyants : “Sa Majesté le Roi Mohammed VI est le garant de cette inspiration cultuelle et culturelle marocaine qui est indispensable au continent africain”.

“La bienveillance de cette institution a en effet mené à la création de l’Institut Mohammed VI pour la formation des Imams Morchidines et Morchidates”, qui, selon le professeur mauritanien, “est une plateforme extraordinaire d’échange entre les oulémas marocains et africains sur des questions religieuses charnières”.“La formation des imams revêt une importance capitale car il a sauvé le continent africain du manque du savoir dans le domaine religieux qui est une cause directe de l’extrémisme et du terrorisme qui sévit dans le continent”.

Ismail Regragui : le branding religieux pour contrecarrer l’extrémisme

Ismail Regragui a expliqué dans son intervention comment l’Islam est devenu une question brûlante dans les relations internationales. “Le contexte international depuis le début des années 80 marquées par la révolution iranienne jusqu’aux années 2000 avec les attentats du 11 septembre, les attentats de Casablanca en 2003 puis les autres actes terroristes partout dans le monde ont fait de l’Islam une question à traiter en priorité dans les relations internationales”.

SIEL19 D2 T2 RAGRAGUI

Docteur en sciences politiques et en relations internationales (Sciences Po Paris) et auteur d’un ouvrage sur le branding religieux du Maroc, Ismail Regragui a expliqué l’intérêt de créer une marque religieuse musulmane  pour contrecarrer le discours de la violence car “nous sommes dans un marché des capitaux mais aussi dans un marché d’idées”.

“La marque est une façon de projeter une image pour s'adresser directement aux peuples qui ont aujourd'hui les moyens d'agir sur les États”, a affirmé Ismail Regragui qui invite au développement de la diplomatie publique ou du Branding religieux marocain.

Ce branding, conçu en une série de stratégies de marque, peut s’avérer risqué : “en termes de relations internationales, un discours religieux qui adresse au peuple d'un état souverain peut être associé à du prosélytisme ou à une action d’ingérence”.

Il faut donc, selon le spécialiste en communication, s'adresser à nos cibles de façon subtile à travers des actions directes et indirectes.

“La commanderie des croyants est en ce sens une institution unique. Son essence représente le meilleur moyen de projeter l’image d’un Islam apaisé”. L'action directe peut aussi être diffuse, “comme ce que fait le ministère du tourisme par le biais de l'ONMT qui met en avant l'aspect spirituel du tourisme marocain”.

Le ministère des Habous et des affaires islamiques mène, à son tour, plusieurs actions pour promouvoir l’image de marque de l’Islam marocain qui gagneraient à être plus orientées vers le digital : “il faudra faire face à la concurrence des paraboles et d'Internet ou le public est seul face au message prêché sans aucune interprétation et qui fait de lui une proie facile à l’extrémisme”.

“Dans le guide de l'imam publié en 2007 par le ministère des Habous et des affaires islamiques,  une partie concernant les relations internationales stipule que le Maroc est ouvert au dialogue en ce sens”.

En ce qui concerne l’action indirecte, Ismail Regragui l’a personnifiée dans les actions entreprises par et envers la diaspora marocaine : “l’exemple de l’envoi d'imams au cours du mois de ramadan pour rapprocher les Marocains du monde de leur langue, leur religion et leurs traditions est une action à multiplier”.

Ismail Regragui a conclu son intervention en appelant les responsables du champ religieux et culturel à fixer “des objectifs avec des durées limitées et des moyens arrêtés afin que l'on puisse procéder à une évaluation rationnelle”. Il a également invité à réorienter le branding religieux, à la base orienté vers les occidentaux, vers l'Afrique qui a déjà développé une sensibilité par rapport à cette question”.

Driss El Ganbouri : le Maroc incarne l’essence du rite malékite et du soufisme sunnite

Pour Driss El Ganbouri, la question de la présence de la culture marocaine dans les pays arabe est complexe et traversée par des influences historiques et politiques. “Le lien entre le Maroc et l’orient se résume dans la relation entre le centre, représenté par les pays orientaux notamment l’Egypte et les parties représentées par les autres pays arabes dont fait partie le Maroc”.

SIEL19 D2 T2 GUANBOURI

Cette relation a été brisée après la guerre civile au Liban et la Guerre d’Irak donnant lieu à l’organisation de plusieurs salons du livre à travers le monde pendant que le Salon du Caire et de Beyrouth ont été les seules rencontres littéraires d’importante envergure dans le monde arabe.

Driss El Ganbouri explique que la culture arabo-musulmane s’est historiquement organisée autour du pèlerinage : “la Mecque abritait des pèlerins venant du monde entier et contenait le dialogue entre toutes les cultures qui y affluent”.

Dans cette intervention, Driss El Ganbouri n’a pas manqué de préciser que dans les universités arabes, comme Al Azhar au Caire, les Marocains ont assuré l’enseignement du rite malékite. Il a également affirmé que le soufisme sunnite s’est étendu dans les pays arabes, notamment l’Egypte et l’Irak, grâce aux voyages et aux explorations des Marocains.

CCME

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