Artistes marocains du monde : parcours, inspirations et aspirations

dimanche, 10 février 2019

La deuxième table-ronde de ce dimanche 10 février 2019 invite des artistes Marocains du monde à s'exprimer sur leurs parcours et leurs aspirations. Nora Noor (France - Belgique), Izza Genini (France), Hélène Meyer (France), David Serero (Etats-Unis) et Mustapha Zoufri (Belgique) ont animé cette rencontre et exprimé la part de leurs origines dans leur inspiration. La table ronde a été modérée par Driss Rahaoui (Belgique). Le coup d’envoi a été donné par David Serero qui a interprété l’hymne national marocain.

David Serero : pour avancer il faut regarder vers son passé

Né à Paris de mère française et de père marocain, David Serero s’est produit dans les opéras les plus prestigieux du monde. Il est actuellement installé aux Etats-Unis où il produit des spectacles d’opéra, des comédies musicales et des oeuvres théâtrales.    

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“Dans mon parcours, j’ai réalisé que pour avancer, il faut regarder vers son passé”, explique l’artiste qui dit aujourd’hui avoir “la chance de mettre à l'œuvre l'art marocain juif dans les estrades mondiales” :

“Je puise dans ma culture d'origine pour trouver les éléments de revisiter des œuvres internationales. J'ai fait fusionner des mélodies et des percussions judéo-marocaines dans une pièce de théâtre de Shakespeare”, a-t-il poursuivi.

La richesse de cette culture doit “sûrement ses origines aux différents affluents qui inspirent la musique et l’art marocain, arabe, andalous, hébraïque …”. Une particularité que David Serero aimerait transporter à l’international : “Toute cette musique n’a de partitions. J’aimerais donc mettre cette tradition vocale par écrit afin de garantir leur pérennité pour que l’art marocain puisse aussi voyager dans les estrades mondiales”.

Le chanteur d’opéra aimerait aussi faire découvrir le patrimoine culturel marocain aux Marocains d’ici sous une force inédite, il annonce lors de cette rencontre la création du festival de l’opéra au Maroc en avril 2020. Un projet qu’il entreprend pour aussi mettre en valeur “la bonté et la générosité des Marocains qui se traduisent dans leur musique et toutes les formes d’expression artistiques”.

“Etre marocain c’est surtout ne pas avoir peur d’oser de nouvelles expériences”, a-t-i conclu.

Izza Genini : j'ai toujours voulu faire valoir mes origines

Dans son allocution, Izza Genini a mis en avant la richesse des sens et des émotions qui lui rappellent son enfance au Maroc et éveillent son inspiration puisée dans ses origines marocaines.  

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Elle se rappelle les différentes rencontres qui l’ont amené à produire des fils et des documentaires sur le Maroc : “j’ai été bercé dans les parfums de mon enfance à la rue des italiens à la place de Verdun de Casablanca”.

“Cette culture si vivante ne peut pas être tronquée contre un monde moderne. J'ai toujours voulu faire valoir mes origines. J'ai donc décidé de me lancer dans la production de films documentaires”, explique Izza Genini.

Elle se rappelle sa première rencontre avec Nass Al Ghiwane en 1978 puis leur production en concert en 1979 au Palais des Glaces à Paris qui l’a inspirée pour la production du fils “transes”, “un film mythique pour la majorité des Marocains”.

“Les retrouvailles amoureuses avec le Maroc se sont aussi faite grâce à des artistes que j'ai rencontré comme Tayeb Seddiki ou encore comme Fatna Bent Al Houssine qui m'a rappelé mon enfance à El Gara et m'a replongé dans les souvenirs qui ont été une source d'inspiration pour la réalisation du documentaire "aita"”, a-t-elle poursuivi.

“Mes oeuvres patrimoniales font aujourd'hui l'objet de recherche et d'admiration”, se réjouit Izza Genini qui invite les responsables à une diffusion culturelle structurée permettant l'accès à ces productions.

Nora Noor :  je concentre toutes mes origines avant de prendre une photo pour y transmettre toute mon émotion

Nora Noor est franco-marocaine et commissaire d’exposition en plus d’être photographe professionnelle spécialisée dans les portraits et a surtout réalisé des portraits de femmes du monde arabe.

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Pourquoi donc le portrait ? Nora Noor explique que ce choix s’est imposé de lui même : “j'ai été victime de racisme systémique et physique qui m'a poussé à réfléchir aux différences que l’on arrivait à voir sur les visages”.

La photographe explique que ses portraits expriment toujours une partie d’elle, ses origines en l'occurrence :  “je concentre toutes mes origines avant de prendre une photo pour y transmettre toute mon émotion”.

Elle relève le défi de “valoriser le visage des femmes marocaines et du monde arabe” avec des portraits de femmes “connues et moins connues comme la conteuse Zoubida Mouhssine ou la bédéiste et féministe marocaine Zainab Fasiki”.

Nora Noora a été finaliste à plusieurs concours et à gagné plusieurs prix notamment pour son portrait de l’actrice libanaise Hanane Haj Ali. Elle compte créer un atelier au Maroc avec des petites filles de 9 à 13 ans, car “c’est un âge où le self estime baisse considérablement”.

Hélène Meyer : je prends conscience que le Maroc m'inspire tous les jours

La danseuse et chorégraphe franco-marocaine exprime tout au long de son intervention son “attachement particulier au Maroc” : “mon enfance a été rythmée par mes voyages estivaux dans le sud du pays, à Agadir”.

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“Je prends conscience que le Maroc m'inspire tous les jours par ses valeurs qui rassemblent”, a-t-elle expliqué, ajoutant que sa “richesse est née de mon multiculturalisme et de mes origines marocaines”.

Une richesse qu’Hélène Meyer compte transmettre à ses enfants : “ je ne parle pas arabe mais mes enfants prennent des cours d'arabe”. Elle décide également de créer une école de danse où elle “met le point sur l'accueil et les relations humaines chaleureuses du Maroc”. Dans cette école, la danseuse rassemble 10 professeurs de 10 origines différentes “afin  de nous enrichir et de montrer qu'on a tous les mêmes valeurs humaines”.

Ses élèves ont voyagé cette année en Jamaïque, pays d’origine d’une professeur à l’école, afin de découvrir sa culture. “J'aimerais faire de même et les emmener ici au Maroc”.

Mustapha Zoufri : l’art est aussi une manière d’égayer le quotidien des catégories défavorisées

Au début de son intervention, Mustapha Zoufri a tenu à remercier M. Abdellah Boussouf, Secrétaire général du CCME : “grâce à sa sensibilité et à son engagement, j'ai pu développer mon inspiration pour le Maroc”.

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L’artiste belgo-marocain raconte son parcours de jeune marocain scolarisé dans le Rif du Maroc puis à Oujda où il commençait déjà à participer à des activités artistiques comme le théâtre et le dessin. Sa première exposition de peinture date de sa première année à la faculté d’Oujda.

Il quitte alors le Maroc pour la Belgique et s’inscrit à la comptabilité qu’il abandonne aussitôt   pour faire l'école des beaux arts.

“L'art pour moi était une façon de m'engager pour la justice et l'égalité des chances dans la société. Tous les cas sociaux m'inspiraient”. Une vision qu’il considérera “simpliste” car, à travers ses études “il apprend à prendre conscience de l'importance de l'art en tant que moyen d'embellir notre réalité”.

Il se rappelle en ce sens le livre de Georges Mathieu, "réponses" qui analyse l'engagement artistique et explique : “l’art n’est uniquement tendre un miroir aux communautés défavorisées pour qu’ils voient en face d’eux leur réalité qu’ils connaissent déjà bien mais de faire un travail profond pour améliorer leur vie”.

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