Moussa Koné, chef du cabinet du ministre des Maliens de l'extérieur et de l'intégration africaine

La COP22, 22e conférence internationale sur le climat s'ouvre lundi 7 novembre à Marrakech autour du thème « l’atténuation des effets du changement climatique et l’innovation en matière d’adaptation ». L'accord de Paris vient d'entrer en vigueur. Une centaine de pays l'ont ratifié, sur 195 pays. Quels sont, selon vous, les actions concrètes à attendre de la COP22, pour en faire, comme l’ont déclaré les organisateurs, « la Conférence de l’action » ?

M. Koné : la Conférence de l’action doit davantage engager les gouvernements, les partenaires au développement, les collectivités territoriales et la société civile à mettre en place des mécanismes de financement innovants pour l’exécution des réponses adaptées aux régions et aux populations cibles. Ces financements doivent aller au-delà des contributions des pays pour mettre au point des systèmes de taxation sur les productions industrielles et les autres types d’activités de production agricole, environnementale et commerciale polluantes.A titre d’exemple, pourquoi ne pas taxer chaque engin ou matériel de production qui fonctionne au pétrole ou à ses dérivés ?Il s’agira aussi de moderniser les chaines de production industrielles en les astreignant à des modèles de consommation et de production plus normatifs : moyens de productions moins consommatrices, mixtes, etc.La Conférence de l’action doit enfin mettre en place des dispositifs d’intervention plus flexibles et opérationnels orientés vers l’identification  et la mise en œuvre d’actions d’éducation environnementale et citoyenne sur les changements climatiques, de mise en œuvre d’action de renforcement de la résilience, de restauration des écosystèmes désertiques, sahéliens, aquatiques et maritimes.Ainsi, à court terme, les actions doivent viser le renforcement des connaissances sur les changements climatiques, la mise en place d’outils de recherche et d’expérimentation des modèles spécifiques adaptés par zone écologique, l’appui à la recherche de financements innovants (diversification des mécanismes de financements pérennes), le suivi et le contrôle du réchauffement planétaire, la prévention des catastrophes liés aux changements climatiques, la mise en place d’une plateforme COP21-22 dans laquelle le Mali serait fier de contribuer efficacement.A moyen et à long terme, il s’agira de renforcer des actions physiques comme les reboisements intensifs, la restauration des sols, la protection des écosystèmes, etc. Pour Salaheddine Mezouar, président de la Cop22, cette conférence est une « opportunité pour porter la voix des pays les plus vulnérables face aux changements climatiques, en particulier celle des pays africains et des états insulaires. Il est urgent d’agir devant ces enjeux liés à la stabilité et à la sécurité ». Comment peut-on fédérer les acteurs africains autour d’un projet commun, sous l’égide de la présidence marocaine ?M. Koné : les acteurs africains doivent fédérer autour d’une plateforme opérationnelle COP22, sous l’égide de la présidence marocaine qui, à la différence des plateformes classiques de dialogue, devrait être plus active et orientée vers l’action.Cette plateforme devrait se doter d’une approche commune sur les changements climatiques et se structurer en des dispositifs régionaux de suivi et de gestion des changements climatiques. La question des migrations climatiques est préoccupante : l'ONU prévoit 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde en 2050. Face à ses prévisions, l’Europe et les Etats-Unis continuent à adopter une approche sécuritaire dans leur traitement des migrants. Comment, à votre avis, peut-on sensibiliser ces pays à considérer la dimension humaine de l’immigration ?
M. Koné : face à l’approche sécuritaire développée par l’Europe et les Etats-Unis dans le traitement des migrants, il faudrait entreprendre 3 actions : renforcer les capacités de structuration et de plaidoyer des diasporas ou communautés résidant dans ces pays . Ils représentent les premiers niveaux et acteurs de sensibilisation de ces pays dont ils sont aussi citoyens, afin de promouvoir la dimension humaine de l’immigration ; envisager la formulation et l’adoption d’une convention internationale sur les changements climatiques dont le préambule et les premiers chapitres intègreraient la nécessaire dimension humaine et renforcer et intensifier le dialogue avec ces pays, sous l’égide des Nations Unies et des institutions spécialisées.Il s’agit d’assurer la cohérence entre l’humanitaire et la sécurité, de façon à ce que la sécurité consolide l’humanisme et que l’éducation humaniste contribue ou renforce la sécurité. On ne saurait véritablement parler de sécurité ou la garantir si des défis humanitaires aigus persistent. L’Afrique a la chance d’avoir une diaspora diversifiée dans les pays du monde les plus développés. Comment peut-on mobiliser cette diaspora en faveur de la coopération nord-sud et sud-sud ?
M. Koné : l’Afrique dispose de compétences et de talents fortement appréciés dans le monde et par rapport à tous les domaines de développement. Ces compétences et talents sont aussi dispersés à travers le reste du monde et attendent parfois à être mobilisés.Il s’agit entre autres d'identifier les compétences spécialisées existantes et créer une base de données de ces expertises, appuyer la promotion d’une éducation citoyenne sur les changements climatiques auprès des jeunes générations afin qu’elles comprennent les phénomènes ef découvrent les bonnes pratiques d’atténuation et d’adaptation innovantes, favoriser leur adhésion au réseau africain des compétences africaines spécialisées des changements climatiques que le Mali serait heureux d’accueillir, élaborer et mettre en œuvre un programme de libre circulation et de mobilisation des compétences africaines vivant hors du continent et favoriser une plus grande coopération internationale avec les institutions spécialisées des autres continents.
CCME

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