Patrick RAJOELINA, conseiller diplomatique du Président de la République de Madagascar

Patrick RAJOELINA, conseiller diplomatique du Président de la République de Madagascar. Professeur de droit, il est corédacteur de la Constitution de la Quatrième République malgache. Haut fonctionnaire actuellement affecté au ministère de l’Environnement.

La COP22, 22e conférence internationale sur le climat s'ouvre lundi 7 novembre à Marrakech autour du thème « l’atténuation des effets du changement climatique et l’innovation en matière d’adaptation ». L'accord de Paris vient d'entrer en vigueur. Une centaine de pays l'ont ratifié, sur 195 pays. Quels sont, selon vous, les actions concrètes à attendre de la COP22, pour en faire, comme l’ont déclaré les organisateurs, « la Conférence de l’action » ?
M. RAJOELINA : les actions ne valent que si elles sont très précisément évaluées et contrôlées… jusque dans leur plus petit détail. De mon point de vue, la COP 22 devrait se doter d’un instrument d’évaluation indépendant des Etats et des ONG les plus puissantes qui aurait pour mission de suivre, en temps réel, la mise en place des actions décidées par la communauté internationale. Ce suivi 24/7 serait visible sur les réseaux sociaux. La transparence est en effet le plus redoutable outil de la démocratie et du droit des peuples !
Pour Salaheddine Mezouar, président de la Cop22, cette conférence est une « opportunité pour porter la voix des pays les plus vulnérables face aux changements climatiques, en particulier celle des pays africains et des états insulaires. Il est urgent d’agir devant ces enjeux liés à la stabilité et à la sécurité ». Comment peut-on fédérer les acteurs africains autour d’un projet commun, sous l’égide de la présidence marocaine ? 
M. RAJOELINA : la présidence marocaine doit porter cette « fédération » des acteurs africains. Le Maroc en a la légitimité (le Royaume vient de réintégrer l’Union africaine), l’expertise (de nombreux projets de protection de l’environnement et de promotion des énergies douces ont vu le jour au Maroc ces dernières années) et même le devoir, en tant qu’organisateur de la COP 22. A titre personnel, je souhaite que le Royaume du Maroc prenne la tête de cette « fédération africaine des acteurs de l’environnement ».
La question des migrations climatiques est préoccupante : l'ONU prévoit 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde en 2050. Face à ses prévisions, l’Europe et les Etats-Unis continuent à adopter une approche sécuritaire dans leur traitement des migrants. Comment, à votre avis, peut-on sensibiliser ces pays à considérer la dimension humaine de l’immigration ?
M. RAJOELINA : quitte à penser à contre-courant d’un certain nombre de personnes, je pense que la vraie priorité est de fixer les populations dans leur pays respectif… en les aidant (par la coopération décentralisée, par exemple) à concrétiser des projets économiques de proximité, en leur apportant l’assistance pour la mise en place d’institutions publiques transparentes et en leur donnant la réelle possibilité d’aborder commercialement, les marchés occidentaux. Quant au traitement immédiat des migrations, je pense que les pays occidentaux, malgré leurs opinions publiques, font ce qu’ils peuvent pour maintenir, chacun en ce qui les concerne, leur cohésion nationale.
L’Afrique a la chance d’avoir une diaspora diversifiée dans les pays du monde les plus développés. Comment peut-on mobiliser cette diaspora en faveur de la coopération nord-sud et sud-sud ?
M. RAJOELINA : le comportement des diasporas diffère selon les pays. On le voit par exemple avec la diaspora malienne qui est très motivée pour apporter aux familles restées au pays l’aide financière nécessaire pour mener à bien des projets de proximité. La motivation des diasporas est compliquée, d’autant que les réalités locales déçoivent souvent les expatriés pétris de bonnes intentions. Je crois beaucoup aux micro-projets développés au plus près des besoins des citoyens.
CCME

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