M. Boussouf : « innover pour transformer notre patrimoine immatériel en capital matériel »

vendredi, 01 novembre 2019

M. Abdellah Boussouf, Secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), a donné, jeudi 31 octobre 2019 à la faculté des lettres de Rabat, une conférence inaugurale de l’année universitaire 2019-2020 sur le thème « la culture, un levier pour le développement ».

 « Toutes les mouvances qui s’opèrent dans le monde ont pour motivation le développement », un défi qui s’annonce plus compliqué à relever pour les pays en voie de développement puisque leurs ressources matérielles sont limitées. Mais un « modèle de développement repose aussi sur les ressources immatérielles », une opportunité à saisir pour un pays comme le Maroc à la culture millénaire et singulière.

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« Une authenticité reconfirmée et une modernité qui ne renie guère nos valeurs sacrées »

« Placer la culture au cœur du développement est une décision qui a été prise au plus sommet de l’état », affirme M. Boussouf. Il met en avant les différents discours royaux qui ont appelé à exploiter le patrimoine immatériel de notre pays et l’importance d’élaborer un modèle de développement local, maroco-marocain, qui peut s’inspirer des références internationales en matière de gestion mais dont l’essence mettra en œuvre nos singularités culturelles et la richesse de nos régions sous l’égide du grand chantier de la régionalisation avancée.

Elaborer un modèle développement nous amène à soulever des débats de société qui, dans le cas de notre pays, ne nous a pas permis d’avancer : « nous sommes depuis l’indépendance tiraillés entre ouverture et conservatisme et n’arrivons pas à définir un modèle sociétale », explique M. Boussouf, ajoutant que « le débat public prend souvent une tournure idéologique au lieu de rassembler autour de nos valeurs et acquis communs ».

Pour le Secrétaire général du CCME, Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait, depuis le discours du trône de 1999, défini le cadre du modèle sociétal marocain qui repose sur « authenticité reconfirmée et d’une modernité qui ne renie guère nos valeurs sacrées » (Réf. Discours royal)

Ce modèle sociétal a manifestement émergé dans les positions du Conseil supérieur des Oulémas par exemple, qui affirme que l’état en Islam n’est pas religieux mais civil et qui a tranché dans la question de l’égalité des sexes en permettant à la femme d’exercer le métier de « Adoul ». « Ces positions peuvent être considérées comme une révolution mais la société n’en a pas pris acte et les médias ne s’y sont pas convenablement intéressés », explique M. Boussouf.

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La culture un levier pour le développement

Dans la deuxième partie de son intervention, le Secrétaire général du CCME met avant plusieurs modèles de développement internationaux qui ont pu transformer la culture en levier de prospérité économique. « La France, l’Espagne ou l’Italie font partie des pays les plus visités du monde grâce à leur patrimoine culturel pouvant générer des revenus financiers qui dépassent parfois les PIB des pays en voie de développement ».

M. Boussouf cite un rapport commun aux ministères français de la Culture et de l'Economie, qui indique que la culture contribue 7 fois plus au PIB français que l'industrie automobile avec 57,8 milliards d'euros de valeur ajoutée par an. « La culture est assurément un levier pour l’économie si l’on sait qu’elle emploie 8,7 millions de personnes en Europe ».

L’importance de la culture dans l’avenir de l’économie a donné naissance à une initiative lancée en 2012 par les plus grandes villes culturelles du monde comme Paris, Londres, Rome ou Tokyo et qui a défini 9 critères selon lesquels une ville peut être considérée comme culturelle.

La tolérance religieuse fait partie de ces critères, une valeur selon M. Boussouf « qui fait partie de l’identité marocaine et qui a permis à Juifs, Chrétiens et Musulmans de coexister et de partager les mêmes espaces ». Il donne à cet effet l’exemple de la « mimouna », une fête religieuse juive créée à l’origine grâce au partage avec les Musulmans du Maroc et qui est à présent célébrée dans le monde entier.

Malgré sa richesse culturelle et son patrimoine millénaire, « le Maroc n’arrive toujours pas créer une corrélation entre culture et développement à cause de l’absence de politiques publiques qui transformeraient les singularités culturelles en produits marketing modernes capables d’attirer touristes et investisseurs ».

« Une ingénierie culturelle et un capital innovation orientée vers les métiers de la culture seront capables, comme l’a été le cas dans plusieurs pays, de transformer notre capital immatériel à une richesse matérielle qui contribuera à la prospérité de tous les Marocains », affirme M. Boussouf invitant « les responsables à soutenir la formation dans les métiers de la culture ».

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Les Marocains du monde, un modèle de l’harmonie entre authenticité et modernité

L’apport de la communauté marocaine à l’étranger dans la question du développement est incontournable, « elle a pu démontrer que l’authenticité est un vecteur de développement dans les sociétés modernes et prouver qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre être authentique et s’intégrer dans une société occidentale » explique M. Boussouf. « Leur expérience permettra sûrement de réduire le fossé idéologique dans le débat public au Maroc ».

Les Marocains du monde sont en plus « les ambassadeurs du modèle culturel marocain que ce soit à travers la gastronomie, l’aspect vestimentaire, la musique ou l’écriture, ils font connaître le patrimoine immatériel de leur pays dans les sociétés où ils vivent et ils l’expriment dans les différentes langues du monde ».

A la fin de cette leçon inaugurale, M. Boussouf a rappelé les différentes activités du CCME visant à faire valoir la diversité de la culture marocaine et les différentes publications qui mettent en exergue la richesse des affluents qui constituent l’identité nationale. Il a présenté au public les futurs projets du CCME de créer des centres culturels marocains en partenariat avec plusieurs universités européennes, à savoir les universités Paris-Descartes (France), Padova (Italie), Grenade (Espagne) afin de mettre en valeur la richesse de notre dans un cadre académique international.

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