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Y aurait-il quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark ?

Confisquer les effets personnels des migrants lors de leur arrivée dans le pays n’est pas que révoltant sur le plan moral. Cela pose aussi des problèmes juridiques, politiques et européens.

« Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark. » Cette interpellation, faite au jeune prince Hamlet sur la morale et la chose publique, reste d’actualité. Elle ne vise plus seulement le royaume du Danemark, mais interpelle dorénavant l’Europe, ses valeurs et ses peuples. Le 26 janvier 2016, le parlement danois a voté à une écrasante majorité (81 parlementaires sur 109, y compris les principaux partis de l’opposition), des mesures visant à restreindre le flux migratoire et les demandeurs d’asile sur son territoire. 

Parmi ces dispositions figure la possibilité pour la police de confisquer les effets personnels (à l’exception des objets ayant une forte valeur sentimentale) des demandeurs d’asile, au-delà de 1 340 €. Le gouvernement danois a justifié cette disposition, déjà en vigueur en Suisse et dans certains länder allemands, par un principe d’équité sociale : « Il me semble raisonnable que l’État ne paye pas pour ceux qui peuvent le faire par eux-mêmes. » 

L’objectif affiché par la coalition au pouvoir a cependant été exprimé sans ambages par l’un de ses membres, le Parti populaire danois : « Ce que nous disons, c’est que, si vous voulez venir en Europe, mieux vaut éviter le Danemark. » Voilà qui est clair, le Danemark, comme d’autres pays de l’Union européenne avant lui, a choisi d’apporter des réponses nationales face à la crise majeure des flux migratoires à laquelle l’Europe est confrontée. 

Ce faisant, ils ne font qu’user de leurs prérogatives régaliennes, là où beaucoup considèrent les institutions européennes comme défaillantes. Est-ce pour autant une réponse appropriée à cette crise ? Non, elle est à la fois inadaptée, pas à la hauteur des enjeux et dangereuse.

Inadaptée, tout d’abord, car un État ne pourra pas, sans concertation avec les autres États membres, résoudre seul cette crise régionale. Ces mesures unilatérales contribuent au contraire, par un effet domino, à déstabiliser les autres États membres, les contraignants à réagir à leur tour pour contenir les flux de migrants rejetés par leurs voisins et satisfaire leurs opinions publiques. Le contrôle aux frontières, rétabli par la Suède au début du mois de janvier 2016, a entraîné celui du Danemark puis de l’Allemagne. 

La réponse à la crise migratoire ne peut qu’être régionale, elle doit s’attaquer aux causes, et pas seulement aux maux. L’Allemagne, la première, en a compris les enjeux et les dangers. Elle essaie de promouvoir avec constance une solution européenne maîtrisée en associant les autres puissances régionales, et notamment la Turquie. 

L’Union européenne a accueilli 200 000 demandeurs d’asile en 2015, alors que la Turquie, la Jordanie et le Liban font face à un flux de réfugiés de plus de 4 millions de personnes, du fait des conflits régionaux. La solution nationale, xénophobe et populiste à laquelle participent les mesures danoises est surtout dangereuse. Elle nous rappelle d’autres mesures de spoliation décidées dans des périodes sombres de notre histoire. Elle met à bas les valeurs humanistes sur lesquelles s’est construite l’Europe, et parmi lesquelles figurent le droit fondamental d’asile contre les persécutions et les mauvais traitements, le respect de la dignité de la personne et la libre disposition des biens acquis légalement. 

Le conseil de l’Europe a sévèrement critiqué pour ces raisons la décision du Danemark et l’a enjoint « à respecter les normes de protection des réfugiés ». Le principal acquis de l’Europe pour ses peuples est la paix que beaucoup lui envient et qui est un gage de prospérité. Elle a été une réponse déterminée aux tragédies qu’a vécues dans sa chair notre continent au XXe siècle et dont le ferment était déjà le populisme. Cet acquis n’a été rendu possible que par l’adhésion aux valeurs humanistes, ne l’oublions pas. 

La crise migratoire est un défi et un test pour l’Europe. Elle doit être l’occasion pour l’Europe d’affirmer son rôle et de redonner du sens à la construction européenne.

3/2/2016

Source : temoignagechretien.fr

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