Les accusations de flirter avec l’extrême droite portées contre le chef de l’UMP (droite) Jean-François Copé avec sa proposition de réformer le « droit du sol » pour l’acquisition de la nationalité française se sont multipliées jeudi.
Tandis que l’affaire Leonarda, du nom de cette collégienne rom expulsée avec sa famille en situation irrégulière vers le Kosovo, continue de faire des vagues, Jean-François Copé assure que le modèle sur lequel repose la politique d’immigration en France « ne fonctionne plus ».
Les critiques de ses propositions viennent de la gauche et du centre, mais aussi de son propre camp, tant le « droit du sol » en vertu duquel tout enfant né et vivant en France est appelé à devenir français est constitutif de la conception française de l’intégration et de l’identité nationale.
Le président du MoDem (centre), François Bayrou, a estimé jeudi que cette proposition était « décalquée sur celle du Front national », le parti d’extrême droite de Marine Le Pen.
Mais les électeurs « préfèreront l’original à la copie », a-t-il prédit, l’ombre du FN planant sur les élections municipales et européennes du printemps 2014.
« On voit bien qu’il y a des calculs électoraux évidents, manifestes. On voit bien que l’UMP s’est installée dans l’attitude qui consiste à aller puiser dans un autre parti ses idées », a commenté la ministre de la Justice Christiane Taubira.
Mercredi, la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem (elle-même née au Maroc) avait dit que « la France dont semble rêver Jean-François Copé, qui est une France recroquevillée sur elle-même, une France étriquée (…), n’est pas la France dont nous rêvons, nous, et que nous sommes en train de construire ».
Le président de l’UMP a présenté mardi un projet de « nouvelle politique de l’immigration » qui veut notamment exclure de la nationalité française les enfants nés de parents étrangers en situation irrégulière et vise à rendre la France « socialement moins attractive » pour les immigrés.
M. Copé a lancé jeudi une pétition pour soutenir ce programme destiné selon lui à « adapter » la France au XXIe siècle, comme tous les pays modernes ».
La question du droit du sol « ne doit pas être un tabou », ont déclaré les parlementaires UMP. En revanche, Henri Guaino, ancien conseiller de l’ex-président Nicolas Sarkozy, a jugé que le droit du sol était la « culture » de la France, « le fondement d’une société ouverte par rapport à une société fermée », et a souhaité une consultation nationale sur le sujet.
Une percée qui inquiète
Quant au FN, son numéro deux, Louis Aliot, a estimé mercredi que la proposition du président de l’UMP attestait du fait que « le Front National a imposé ses choix » dans la vie politique, car « soutenu par une majorité » de Français.
La percée du FN, qui a remporté le 13 octobre une élection locale à Brignoles (sud-est), inquiète le gouvernement socialiste comme l’opposition de droite, à cinq mois des élections municipales et à sept mois des européennes.
L’impuissance du gouvernement à faire baisser jusqu’ici le chômage qui culmine à plus de trois millions de demandeurs d’emploi et à réduire les inégalités est considérée comme la principale cause de cette montée de l’extrême droite.
Le FN, qui place la lutte contre l’immigration au coeur de son programme, réclame de longue date l’abandon du droit du sol.
Celui-ci se distingue du droit du sang, qui existe aussi en France et stipule que l’enfant né d’au moins un parent français obtient automatiquement la nationalité française à sa naissance, quel que soit son lieu de naissance.
Ainsi, tout enfant né en France de parents étrangers acquiert, de plein droit et de façon automatique, la nationalité française à ses 18 ans, s’il réside en France à cette date et s’il y a eu sa résidence effective et habituelle pendant une période continue ou discontinue d’au moins cinq ans, depuis l’âge de 11 ans.
Il peut l’obtenir avant sa majorité s’il la réclame ou, avant 16 ans, si ses parents en font la demande pour lui.
Depuis la deuxième moitié du XVIe siècle, les deux droits coexistent en France.
En 1993, un gouvernement de droite avait déjà restreint le droit du sol, mais la gauche était revenue sur cette réforme en 1998.
24 oct. 2013
Source : AFP


