C’est le constat frappant que dresse une nouvelle étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined) : un tiers de la population française est lié à l’immigration, que ce soit par les origines familiales ou par le mariage mixte. Ces résultats sont publiés dans un ouvrage collectif présentant les conclusions de l’enquête Trajectoires et Origines 2 (TeO2), menée auprès de 27 000 personnes entre 2019 et 2020, sous la direction des chercheurs Mathieu Ichou, Chris Beauchemin et Patrick Simon.
Un Français sur trois issu de l’immigration
L’enquête révèle que 13 % des 18-59 ans sont des immigrés, 11 % appartiennent à la deuxième génération, et 10 % comptent au moins un grand-parent immigré. Parmi les immigrés, 32 % sont d’origine maghrébine, 28 % européenne, 19 % d’Afrique subsaharienne, 16 % d’Asie et 5 % du reste du monde.
Le mariage mixte s’impose comme un puissant vecteur de diversité démographique : 39 % des immigrés ont un conjoint d’origines différentes, dont 29 % sans aucune ascendance migratoire. Cette proportion grimpe à 59 % chez les enfants d’immigrés, dont 45 % sont en couple avec des personnes sans origines immigrées.
Une intégration réelle, des discriminations tenaces
L’étude met en lumière un paradoxe saisissant : si 71 % des immigrés, 94 % des enfants de deux parents immigrés et 98 % des enfants de couples mixtes se sentent appartenir à la France, un chiffre comparable aux 97 % enregistrés chez les personnes sans ascendance migratoire, les discriminations demeurent bien réelles. Les personnes d’origines maghrébine et subsaharienne restent les plus exposées aux obstacles dans l’accès à l’emploi, au logement et aux services de santé.
L’étude souligne également la vitalité du bilinguisme au sein des foyers immigrés : 86 % des enfants de deux parents immigrés ont parlé français durant leur enfance, dont 68 % en parallèle avec la langue parentale.
L’ouvrage conclut sur une contradiction révélatrice : les enfants d’immigrés s’avèrent mieux intégrés que leurs parents dans la société française, tant sur le plan culturel que dans leur sentiment d’appartenance nationale. Pourtant, ce sont eux qui subissent le plus les discriminations fondées sur l’origine ou la couleur de peau, une injustice que les chiffres rendent désormais difficile à ignorer.









