Une étude publiée le 11 août 2026 sur VoxEU par les économistes Alessandro Caiumi et Giovanni Peri bouscule une idée reçue : entre 2000 et 2023, l’immigration aurait fait progresser les salaires des travailleurs américains les moins diplômés, plutôt que de les tirer vers le bas.
Financée par le Centre for Economic Policy Research (CEPR), cette recherche sur « l’impact de l’immigration sur les salaires et l’emploi aux États-Unis » revisite un débat économique classique en s’appuyant sur une approche dite « factor-supply », qui mesure l’effet de l’immigration à l’échelle nationale plutôt qu’à l’échelle locale, une méthode jugée plus fiable pour capter les effets de long terme sur l’ensemble du marché du travail.
Le constat central des auteurs contredit l’argument souvent avancé par les partisans de politiques migratoires restrictives. Selon leurs estimations, l’immigration nette aux États-Unis entre 2000 et 2023 aurait fait progresser les salaires des natifs les moins diplômés de 2,6 % à 3,4 %, dans une période où la croissance réelle des salaires de ce groupe était pourtant quasi nulle. Pour les natifs diplômés du supérieur, catégorie qui a absorbé l’essentiel des flux migratoires récents, l’effet reste faible et non significatif.
Ce résultat s’explique en grande partie par la nature des flux migratoires récents : contrairement aux décennies précédentes, l’immigration américaine s’est fortement concentrée sur une main-d’œuvre diplômée, devenue majoritaire au sein de la population immigrée dès 2015. Les auteurs montrent aussi que les travailleurs natifs réagissent à l’arrivée d’immigrés en se réorientant vers des métiers davantage tournés vers la communication et mieux rémunérés, plutôt que d’être évincés du marché du travail, un mécanisme de complémentarité plutôt que de concurrence directe.
Les chercheurs nuancent toutefois leurs conclusions : l’immigration n’est pas sans coût, et des tensions locales sur le logement ou les services publics restent des préoccupations légitimes à court terme. Mais selon eux, les données des vingt dernières années ne confirment pas l’idée que l’immigration nuit aux perspectives salariales des travailleurs les moins qualifiés ; une réduction supplémentaire des flux migratoires risquerait au contraire de pénaliser l’économie américaine dans son ensemble.
CCME








