Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a organisé, dimanche 3 mai 2026 au Salon international de l’édition et du livre de Rabat, une table-ronde au cours de laquelle la journaliste Nadia Paquereau s’est entretenue avec Jamal Belahrach autour de son dernier essai, Réinventons-nous ! Plaidoyer pour un leadership authentique et patriote au service d’un nouveau contrat social. Lecture …
Un essai ancré dans vingt-sept ans de terrain
Jamal Belahrach, fondateur et ancien président de ManpowerGroup Maroc, membre du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, et président de la Maison de la diaspora, signe ici son troisième essai, après Envie de Maroc et Toujours envie de Maroc, malgré tout. Vingt-sept ans d’observation du marché de l’emploi, de la gouvernance et du management au Maroc ont nourri cette prise de parole. Le livre, paru en avril 2026 aux éditions Sochepress en partenariat avec le CCME, compte 208 pages et se déploie en cinq grandes parties.


Un diagnostic sans complaisance
Dès les premières pages, le ton est fixé. Belahrach ne cède ni à l’enthousiasme automatique ni au pessimisme stérile. Il reconnaît les avancées réelles du pays : modernisation des infrastructures, ouverture économique, rayonnement international renforcé… Mais pointe ce qui, selon lui, demeure le nœud du problème : une défiance tenace entre les citoyens et les institutions, un fossé entre le mouvement du pays et l’adhésion qu’il devrait susciter.
Son constat est simple : le Maroc ne manque pas de talents. Ce qui lui fait défaut, c’est le leadership. Des leaders capables d’inspirer, de fédérer, de redonner du sens à l’action collective.
« Notre modèle de leadership est en crise, et cette crise est le principal frein à notre émergence. Mais le diagnostic, aussi sévère soit-il, n’a de valeur que s’il débouche sur une prescription. Il ne s’agit pas de se lamenter, mais de se réinventer, ensemble. »
Le « nous » : un choix délibéré et politique
Le titre lui-même est une prise de position. En choisissant le pronom collectif, l’auteur refuse d’emblée la posture du donneur de leçons qui pointerait les autres du doigt.
« Le « nous » est délibéré et politique. Pas « réformons le système », pas « changeons les élites » — c’est nous. Moi, vous, chaque Marocain qui occupe une position d’influence, si infime soit-elle. »
Cette injonction à regarder vers l’intérieur avant de regarder vers l’extérieur traverse l’ensemble de l’ouvrage. Elle s’adresse aux élites autant qu’à la jeunesse en devenir, aux responsables d’organisations publiques autant qu’aux membres de la diaspora.


Le leadership authentique : un travail sur soi avant tout
Au cœur du livre, Belahrach développe une vision du leadership qui commence bien avant toute prise de fonction. Loin des slogans managériaux et des chartes de valeurs affichées sur les murs des entreprises, il parle d’un travail intérieur, d’une vérité sur soi.
« Le socle est la connaissance de Soi. La première bataille se livre à l’intérieur. Un leader authentique a fait le deuil de l’image pour se consacrer à l’essence. Il connaît ses forces, assume ses faiblesses et a fait la paix avec ses vulnérabilités. »
Il critique en particulier trois travers qu’il juge structurels dans les organisations marocaines : une verticalité excessive qui étouffe l’initiative, une peur de l’erreur qui inhibe l’apprentissage, et une rétention de l’information qui entretient la méfiance. Face à ces blocages, il défend des organisations plus ouvertes, plus responsabilisantes, où la confiance n’est pas un idéal abstrait mais une pratique quotidienne.
« En cultivant en permanence un environnement de confiance et de respect mutuel, les leaders authentiques favorisent l’engagement, la collaboration, l’innovation et, par conséquent, la création de valeur durable. Partager ses fragilités n’est pas une faiblesse pour un leader. Bien au contraire, cela renforce sa crédibilité et sa légitimité. »

La diaspora, acteur central du renouveau
En faisant du CCME son partenaire éditorial, Belahrach envoie un signal clair : la transformation qu’il appelle de ses vœux ne peut pas se construire sans les Marocains du monde. Les talents de la diaspora, qui s’illustrent souvent à l’étranger, représentent une ressource précieuse, si les conditions de leur mobilisation au service du pays sont enfin réunies.
C’est tout le sens de cette table ronde organisée dans le cadre du Salon du livre : une invitation faite à la communauté marocaine à l’étranger à se reconnaître dans cet appel collectif, et à y prendre sa part.
« Le leadership n’est pas une fonction. C’est une responsabilité. Une mission. Une trace que l’on laisse dans la vie des autres. »
Le message de Jamal Belahrach tient en une conviction : le Maroc a tout pour réussir, à condition que chacun, dirigeant, citoyen, membre de la diaspora, cesse d’attendre que l’autre change en premier.
CCME






