Pour son discours du Bourget, François Hollande avait demandé à ses plumes une formulation équilibrée pour évoquer à la fois la lutte contre l’immigration clandestine et un effort pour l’intégration
La Fondation Jean-Jaurès a publié, le 5 avril, une étude passionnante qui montre à quel point l’électorat de gauche se divise sur la question des immigrés.
C’est un moment médiatique marquant de la campagne. Sur France 2, le 7 mars, François Hollande est interrogé sur l’affirmation de Nicolas Sarkozy selon laquelle « il y a trop d’étrangers sur notre territoire ». La question lui est posée à trois reprises. Et, à trois reprises, le candidat socialiste évite de répondre. De son côté, le chef de l’Etat ne reste ni silencieux ni inerte: il a empêché – pour emplir sa besace en vue de la bataille présidentielle – la droite sénatoriale de retarder l’adoption, au Sénat, du droit de vote des étrangers aux élections locales; il fait du mot « frontière » l’une des clefs de ses discours (voir L’Express du 21 mars 2012); il hisse la réduction du nombre d’immigrés accueillis en France au rang de priorité de son programme.
Que signifie « être de gauche » face aux questions d’immigration? Une étude passionnante de la fondation Jean-Jaurès, initiée par Gilles Finchelstein, apporte des éléments de réponse et explique, du coup, pourquoi François Hollande se comporte ainsi lorsqu’il est à la télévision.
La méthode est originale: un sondage délibératif (chacun est invité à participer à un forum sur Internet pendant deux semaines), réalisé en novembre 2011, auprès de 266 personnes ayant voté, au moins une fois, pour la gauche. « L' »impensé » a longtemps perduré, sur un terrain miné par les représentants d’une droite qui se radicalise », relève Ivoa Alavoine, avocat à la cour d’appel de Paris, qui a rédigé la note de synthèse.
Trouver la bonne formule
La synthèse, précisément, l’électorat de gauche peine à la réaliser, tant il est divisé en deux sensibilités numériquement quasi égales: les « ouverts », pour qui l’immigration est créatrice de richesse et constitue, donc, un besoin pour la France ; et les « ouverts/fermés », qui, tout en étant d’accord avec ces deux assertions, estiment qu’il faut réduire l’immigration.
Les premiers évoquent des positions de principe, qui ont tendance à braquer les seconds, lesquels privilégient une approche pragmatique. « La terminologie généreuse de la gauche non seulement ne convainc pas les « ouverts/fermés », mais elle a tendance à les repousser », pointe Ivoa Alavoine.
Comment sortir du piège? L’étude observe que « les personnes interrogées ont spontanément exprimé des positions extrêmes, voire extrêmement dures. Mais dès qu’un effort [de pédagogie] a été proposé, le débat s’est pacifié » – pas tout à fait le propre d’une campagne électorale.
Comment lutter contre le communautarisme
Autre préconisation, dès lors que les propositions concrètes se révèlent plus consensuelles que les expressions: faciliter une « immigration réussie », quitte à en réduire le nombre. Ce qui passe par l’application à l’ensemble de la population de droits et de devoirs, à commencer par la pratique de la langue française.
D’autres pistes sont évoquées: « admettre qu’une régulation de l’immigration du travail est aujourd’hui nécessaire (sans toutefois préjuger de l’avenir) » – au-delà des artifices oratoires du candidat UMP, une proposition de fond proche de celle de Nicolas Sarkozy; lutter contre le communautarisme, devenu une vraie inquiétude chez les « ouverts/fermés ».
Pour son discours fondateur du Bourget, François Hollande avait demandé à ses plumes une formulation équilibrée pour évoquer à la fois la lutte contre l’immigration clandestine et un effort pour l’intégration. Celle-ci, élevée au rang de « défi » dans son discours d’Aurillac, le 22 mars, fait désormais l’objet de propos plus précis de la part du candidat. « Il s’empare réellement du sujet, de la cohésion nationale et, en réalité, de l’image que la France a d’elle-même, ce qui constitue le substrat tacite de la question de l’immigration, s’agissant du moins de la façon dont les discours politiques l' »exploitent » », constate Ivoa Alavoine.
08/04/2012 ? Eric Mandonnet,
Source : L’Express/REUTER (/Benoit Tessier)


