Le Parlement européen s’est vigoureusement élevé jeudi contre toute volonté des Etats membres d’entraver la libre circulation des travailleurs au sein de l’UE, après les polémiques suscitées, notamment au Royaume-Uni et en Allemagne, sur un prétendu afflux de Bulgares et de Roumains.
Dans une résolution adoptée à Strasbourg, le Parlement « conteste avec vigueur la position adoptée par certains dirigeants européens, qui demandent que la libre circulation des citoyens soit modifiée et restreinte ». Il appelle les Etats membres à « ne pas exercer de discrimination » à l’encontre des travailleurs migrants, sous couvert de « prétendues tentatives d’abus des systèmes de sécurité sociale ».
« Aucun des Etats membres dénonçant cette charge n’a été en mesure de présenter les preuves demandées par la Commission », soulignent les parlementaires.
Mercredi, lors d’un débat consacré à cette question dans l’hémicycle strasbourgeois, la Commission européenne s’est également montrée très ferme: « nous devons répéter encore et encore que tous les citoyens de l’UE ont le droit de se déplacer librement, sans exception », a martelé la commissaire chargée de la Justice, Viviane Reding.
« Dans la grande majorité des Etats membres, les migrants sont des contributeur nets au système de protection sociale du pays hôte », a ajouté son collègue chargé de l’Emploi, Laszlo Andor.
Depuis le 1er janvier, Roumains et Bulgares peuvent travailler librement dans l’ensemble de l’Union européenne: neuf Etats membres ont levé les restrictions qu’ils maintenaient depuis 2007 à l’encontre de ces travailleurs.
Cette étape a suscité des polémiques en Grande-Bretagne – où les médias prédisent un afflux massif de Bulgares et Roumains – et en Allemagne, où l’inquiétude est surtout venue des rangs des conservateurs d’Angela Merkel.
Au Parlement européen, les élus des principaux partis – y compris les conservateurs allemands – se sont démarqués de ces inquiétudes. « Il est temps que cesse le débat ridicule en Grande-Bretagne, tout comme dans d’autres Etats membres », a ainsi plaidé, au nom de son groupe, le conservateur roumain Marian-Jean Marinescu. Dans ces pays où sévissent des dérives « électoralistes », les « statistiques montrent que dans très peu de temps ils risquent de rester sans main d’oeuvre, et que sans migration, l’économie s’effondrera », a-t-il raillé.
« C’est facile de pointer du doigt Bruxelles », a tempêté de son côté le chef de file des élus socialistes, l’Autrichien Hannes Swoboda. Le problème, « ce sont les gouvernements nationaux qui laissent les gens se faire exploiter avec des salaires indécents », a ajouté M. Swoboda. « Il y a eu des cas d’abus », a-t-il admis, « mais il revient aux Etats membres de lutter contre cela ».
A l’inverse, et sans surprise, les attaques les plus virulentes contre les travailleurs roumains et bulgares sont venues des rangs europhobes. Au lieu de laisser rentrer en Grande-Bretagne des gens « compétents, travailleurs et respectueux de la loi », l’Union européenne « nous a donné des criminels, des drogués, des alcooliques, des mendiants, des vagabonds et des profiteurs », a ainsi fustigé l’élu britannique Gerard Batten, du parti populiste et anti-européen UKIP.
16 janv. 2014
Source : AFP


