La romancière franco-marocaine Leïla Slimani signe un nouvel ouvrage intitulé Assaut contre la frontière, paru aux éditions Gallimard en mars 2026. À travers ce texte intimiste, l’auteure y explore sa relation tourmentée à la langue arabe et questionne des thématiques profondes d’identité et d’appartenance.
Au cœur de l’ouvrage se pose une interrogation existentielle que Slimani adresse à elle-même : pourquoi ne parle-t-elle pas sa langue maternelle ? Que représente pour elle l’arabe ? Elle confie que cette question suscite en elle un mélange douloureux de tristesse, de honte, de colère et de frustration. Née au Maroc, elle reconnaît ne maîtriser cette langue supposément sienne qu’à la manière d’une enfant, et dit l’avoir cherchée partout, jusqu’à en faire, selon ses propres mots, empruntés à l’écrivaine et artiste libanaise Etel Adnan, « une légende, comme un paradis perdu ».
Si la lauréate du prix Goncourt 2016 maîtrise le darija, le dialecte marocain qu’elle pratiquait au sein de sa famille durant son enfance, sa relation à l’arabe classique est restée, elle, nettement plus complexe. Elle l’explique par la méthode d’enseignement de la Mission française où elle a été scolarisée, qui ne lui a pas permis de s’approprier pleinement cette langue. Une lacune source d’embarras lors de son arrivée en France, où, au lycée à Paris, elle se voyait contrainte de justifier auprès de ses camarades son incapacité à s’exprimer en arabe.
Mais l’essai dépasse le seul récit autobiographique. Slimani y développe une réflexion plus large sur les rapports entre langue, identité et intégration, à travers le prisme de sa double appartenance franco-marocaine. « Dans un pays comme la France, il est très difficile de ne pas parler français. Mais ne pas le parler correctement, ou le parler avec un accent étranger, entraîne une très forte exclusion », déclare-t-elle dans un entretien accordé à son éditeur. Elle conclut que la littérature lui a permis d’apprivoiser son sentiment d’exil, et que l’écriture l’a aidée à se réconcilier avec cette part de manque, en en faisant le moteur d’une quête d’appartenance retrouvée par le biais du roman.









