Aux Pays-Bas, une partie croissante des retraités issus de l’immigration se trouve confrontée à une précarité financière persistante. En cause : un mode de calcul des pensions qui pénalise structurellement cette population par rapport aux retraités d’origine néerlandaise.
Selon les informations relayées par le site néerlandais RTL, le chercheur Jilles Losbroek, rattaché à l’Institut néerlandais pluridisciplinaire de démographie, souligne que cette catégorie de retraités est en pleine expansion. Leur nombre devrait atteindre 900 000 personnes d’ici 2050. Si la majorité d’entre eux ne se situe pas sous le seuil de pauvreté, ils seront néanmoins surreprésentés parmi les retraités les plus vulnérables.
« Durant leurs années d’activité, ils percevaient en général une rémunération horaire inférieure à celle des Néerlandais sans background migratoire, pour diverses raisons liées au marché du travail. Par ailleurs, leurs pensions sont souvent moins élevées, car les secteurs dans lesquels ils évoluaient cotisaient moins par euro gagné », précise le chercheur.
La condition de résidence, un obstacle supplémentaire
Les retraités aux Pays-Bas bénéficient de la pension de base AOW, versée par l’État. Toutefois, son obtention est conditionnée par la durée de résidence sur le territoire : pour percevoir une pension complète, il faut justifier de cinquante ans de résidence aux Pays-Bas.
En deçà de ce seuil, une décote de 2 % est appliquée par année manquante. Concrètement, un retraité immigré n’ayant résidé aux Pays-Bas que quarante ans se voit amputer de 20 % de sa pension complète.
RTL conclut que cette fragilité économique entraîne des répercussions sanitaires et sociales : problèmes de santé, sentiment d’isolement, et pression accrue sur les enfants de ces retraités, souvent contraints de contribuer aux dépenses courantes de leurs parents.
Les retraités immigrés des années 60-70 face aux lacunes du système de pension AOW
La situation des retraités immigrés aux Pays-Bas s’inscrit dans un contexte historique précis : celui des vagues d’immigration du travail des années 1960 et 1970, période durant laquelle les Pays-Bas ont recruté massivement de la main-d’œuvre étrangère, notamment en provenance du Maroc et de Turquie. Ces travailleurs, employés principalement dans l’industrie et le bâtiment, ont cotisé durant des décennies à un système de retraite dont ils ne tirent aujourd’hui qu’un bénéfice partiel, en raison des conditions de résidence requises et des caractéristiques des secteurs qui les employaient. Des organisations de défense des droits des retraités ainsi que certains élus néerlandais appellent désormais à une révision des critères d’attribution de la pension AOW, afin de mieux tenir compte des parcours migratoires. Des pistes comme l’harmonisation des accords bilatéraux de sécurité sociale ou l’assouplissement de la condition de résidence sont évoquées dans le débat public, sans qu’aucune réforme concrète n’ait encore été adoptée à ce jour.








