Tanger, 21-22 mai 2026
Monsieur le Chef de gouvernement,
Monsieur le Ministre,
Mes chers compatriotes de l’étranger,
Mesdames et Messieurs, chacun en son nom et qualité,
Mesdames et Messieurs, cher.e.s ami.e.s.
Je voudrais en premier lieu féliciter Monsieur le ministre Karim Zidane pour l’organisation de cet important forum et le remercier du fond du cœur d’avoir associé le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, le CCME, à cette séance d’ouverture.
Je souhaite à mon tour la bienvenue à l’ensemble des invités à ce forum et me félicite de cette opportunité que M. le Ministre nous offre de réfléchir ensemble sur les modalités à même de renforcer la contribution des Marocains du monde à l’investissement en particulier et au développement du Royaume en général.
Mesdames et Messieurs
Créé par Dahir Royal fin 2007, le CCME est devenue une instance constitutionnelle en 2011. Il fait partie des dix instances de bonne gouvernance, de protection des droits de l’Homme et de démocratie participative listés de l’article 161 à 170 de notre constitution. C’est donc une institution consultative et de prospective indépendante du pouvoir exécutif, chargée de contribuer à la défense des droits légitimes des Marocains du monde, dans le cadre du respect du droit international et des lois des pays de résidence conformément à l’article 16 de la Constitution. Le CCME est aussi chargé d’évaluer les politiques publiques et d’émettre des recommandations susceptibles de les améliorer.
C’est donc dans le Cadre de ses prérogatives, telles que définies par le Dahir Royal et la Constitution, que le CCME a l’honneur de contribuer à ce moment de réflexion et d’échanges.
Mesdames et Messieurs
Aujourd’hui, le constat demeure le même : alors que les transferts des Marocains du Monde ont franchi le cap de 122 milliards de dirhams en 2025, leur contribution à l’investissement productif national reste en deçà de leur potentiel réel. Avec moins de 10 % de l’investissement privé national, nos compatriotes investisseurs sont largement sous-représentés dans les flux d’investissement direct étranger (IDE) que le Maroc attire pourtant avec succès (28,4 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 24% par rapport à 2024).
Cette situation ne traduit ni un désintérêt ni une absence de moyens, mais semble révéler un déficit persistant de lisibilité, de confiance et d’instruments adaptés. Les porteurs de projets parmi les membres de la communauté marocaine à l’étranger ne demandent qu’à être mieux accompagnés, mieux informés et mieux outillés pour transformer leurs initiatives en investissements productifs et structurants, au bénéfice de l’ensemble des régions du Royaume.
Les expériences internationales montrent que les pays ayant réussi à renforcer l’investissement de leurs communautés à l’étranger ont progressivement dépassé une approche exclusivement culturelle ou identitaire pour mettre en place des stratégies économiques consolidées intégrant explicitement les dimensions d’investissement, d’innovation, d’entrepreneuriat et de développement territorial.
Certains pays ont mis en place des instruments innovants (des obligations spécifiques, des fonds d’investissement dédiés, ou encore des dispositifs de certification des investisseurs).
Dans d’autres pays, les stratégies nationales mises en place ont associé accompagnement institutionnel, facilitation administrative et reconnaissance des compétences.
Ces exemples montrent qu’il n’existe pas de modèle unique, mais une conviction commune : une politique volontariste et structurée envers la diaspora génère un retour économique et symbolique considérable pour le pays d’origine.
Mesdames et Messieurs
Le Maroc ne part pas de rien et de nombreuses initiatives ont vu le jour depuis plusieurs décennies.
Ainsi, dès le début des années 1990, le Royaume a mis en place un dispositif institutionnel diversifié dédié à la communauté marocaine : création de la Fondation Hassan II pour les MRE, déploiement en Europe du réseau bancaire marocain, Intégrales de l’investissement dans les années 2000, rencontres de mobilisation des compétences, mise en place de guichets dédiés au sein des Centres régionaux d’investissement (CRI), ou encore développement de produits bancaires spécifiques comme le compte « MRE » ou le crédit « MDM Invest » (2011), mise en place de l’opération Marhaba confiée à la Fondation Mohammed V, création du CCME, … Ces dernières années, une nouvelle dynamique a été impulsée. Création par le ministère d’un Desk dédié aux MdM au sein d’AMDIE, renforcement des cellules MdM dans les CRI, lancement de produits comme « MDM Tamwil », ouverture par le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement des lignes spécifiques pour co-investir avec les porteurs de projets issus de la diaspora.
Tous les travaux universitaires d’analyse des « diaspora policies », c.a.d les politiques menées par les divers États en direction de leurs communautés expatriées, convergent pour dire que la politique marocaine en la matière est très dynamique. Cette politique a permis d’assurer la pérennité et le renouvellement des liens entre le Royaume et les communautés de l’étranger, et notamment les jeunes générations nées et élevées dans les pays de résidence.
Cependant, Ces efforts n’ont pas suffi à faire basculer l’essentiel de l’épargne MRE de la consommation et de l’immobilier résidentiel vers des projets productifs créateurs d’emplois et de valeur ajoutée.
C’est dans ce sens qu’il faut entendre l’appel de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans ses Discours d’août 2022 et de novembre 2024 appelant à une évaluation et à une mise à niveau de ces politiques, et des institutions dédiées et au renforcement significatif de la mobilisation des compétences et talents des Marocains du monde et de leur contribution au développement économique et scientifique du Royaume.
C’est dans ce cadre que le CCME soumet à vos réflexions deux idées principales.
Premièrement, la mise en place d’un instrument financier innovant, les obligations dites de la diaspora. Un tel outil a fait ses preuves dans plusieurs pays et pourrait mobiliser l’épargne des MdM sur une base volontaire et patriotique, avec un rendement garanti et une affectation transparente à des projets structurants sur le plan national ou régional. Le Maroc dispose de tous les atouts pour réussir ce pari : confiance, attractivité, et une diaspora fidèle et engagée.
Deuxièmement, renforcer de manière significative l’articulation Marocains du monde/régions du Maroc. Je me félicite à cet égard de la présence à ce Forum de mon amie Mme Mbarka Bouaida, présidente de la région Guelmim-Oued Noun et présidente de l’Association des Régions du Maroc. C’est au plus près de ces territoires et en en nous inspirant des bonnes pratiques déjà mises en place (comme les Ambassadeurs de la région Souss Massa) que nous devons aussi réfléchir.
Permettez-moi pour finir de donner une information et un rappel.
D’abord l’information.
Pour répondre concrètement aux besoins d’information de nos concitoyens, le CCME a mis en place un outil innovant : Goul-IA, notre chatbot institutionnel intelligent. Cet assistant virtuel a été conçu pour casser les distances et offrir à la diaspora, un accès immédiat et fiable à l’information administrative et économique.
Les données réelles de notre plateforme constituent aujourd’hui un véritable baromètre des attentes de la communauté. Et le premier constat est sans appel : le volume de questions liées à l’investissement et à la création d’entreprises est particulièrement massif. Rien que sur notre phase actuelle, nous enregistrons déjà des centaines de questions posées par des utilisateurs issus du monde entier, qui n’hésitent pas à revenir plusieurs fois sur l’outil pour mûrir leur projet.
Mais au-delà du nombre, c’est la nature de ces questions qui est révélatrice.
- Ils nous parlent de projets économiques très concrets : Nous recevons des requêtes précises de concitoyens basés au Canada, en Belgique ou aux Pays-Bas qui veulent lancer des structures éco-touristiques ou industrielles. Ils demandent de l’information sur les plafonds des subventions, sur les incitations de Tamwilcom, ou sur les démarches pour créer une entreprise à distance.
- Ils s’intéressent aux secteurs d’avenir : Il y a une forte demande sur l’investissement en bourse, mais aussi sur l’acquisition de foncier pour développer des projets d’agriculture biologique.
- Ils posent des questions très pratiques sur le patrimoine : Les utilisateurs s’interrogent régulièrement sur la réglementation des transferts de fonds pour un achat immobilier ou sur la fiscalité liée aux transactions.
Ce flux continu montre que la volonté d’investir au Maroc est là, solide et multisectorielle.
Et maintenant le rappel.
En réalité, la contribution des MdM au développement du pays prend plusieurs formes et a commencé depuis longtemps, très longtemps.
Contrairement à une idée trop répandue, l’émigration marocaine a plus d’un siècle d’histoire et elle a contribué plus qu’on ne le croit à l’émergence du Maroc moderne. Dès les années 1920, ce sont des émigrés marocains qui ont contribué à la naissance du mouvement nationaliste. A leur suite, d’autres émigrés ont contribué à la naissance du roman, du cinéma, des arts plastiques, de la photographie, de la danse modernes dans notre pays. Des dizaines de chanteurs émigrés ont aussi contribué dès les années 1930 à cette belle histoire.
Les émigrés marocains ont aussi contribué à l’émergence et au renforcement de l’administration marocaine, comme aujourd’hui nos écrivains inventent dans une dizaine de langues la littérature marocaine de demain.
Vous êtes les héritiers d’une longue et belle histoire dont vous écrivez une nouvelle page.









