Le Maroc a abrité ce jeudi 11 juin 2026 la célébration de la Journée Internationale des Envois de Fonds à la Famille (IDFR), organisée à Rabat sous l’égide du FIDA (Fonds International de Développement Agricole) et de sa Facilité de Financement pour les Envois de Fonds (FFR), en partenariat avec Bank Al-Maghrib, le Ministère de l’Agriculture et l’Union européenne. La tenue de cet événement cinq jours avant la date officielle du 16 juin retenue par les Nations Unies témoigne de la place centrale qu’occupe le Royaume dans les dynamiques mondiales liées aux transferts de fonds des diasporas.
Le thème retenu pour cette édition 2026, « Envois de Fonds pour la Résilience rurale, l’Entrepreneuriat et l’Emploi », a structuré l’ensemble des travaux d’une journée réunissant institutions financières, représentants gouvernementaux, organismes internationaux et acteurs de la société civile autour d’une même conviction : les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) constituent un levier de développement économique et social dont le potentiel demeure insuffisamment mobilisé.
Une cérémonie d’ouverture à haute représentation institutionnelle
La cérémonie d’ouverture, placée sous la modération de Meryem Aziz Alaoui, Remittances and Inclusive Digital Finance Officer au FIDA-Maroc, a débuté par un message vidéo du Président du FIDA, M. Alvaro Lario, introduit par Mme Laila Annouri, Coordinatrice pays du FIDA au Maroc. Se sont ensuite succédé à la tribune M. Abderrahim Bouazza, Directeur Général de Bank Al-Maghrib, M. Redouane Arrach, Secrétaire Général du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts, M. Charles Thépaut, Ministre Conseiller à l’Ambassade de France au Maroc, M. Daniele Dotto, Chef adjoint de la Délégation de l’Union européenne au Maroc, ainsi que M. Driss El Yazami, Président du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger (CCME).
La diversité et le rang des représentants présents attestent de la reconnaissance institutionnelle dont bénéficie désormais la thématique des envois de fonds, appréhendée non plus comme un simple phénomène migratoire, mais comme un enjeu macroéconomique structurant pour le Royaume.

El Yazami convoque le « barde du Souss » pour donner sens aux chiffres des envois de fonds
Intitulée « Le barde et le mandat », l’allocution de Driss El Yazami, Président du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger (CCME), a abordé la question des envois de fonds sous un angle historique et culturel, en s’attachant à la dimension humaine du geste migratoire au-delà des agrégats macroéconomiques.
Le Président du CCME a rappelé en préambule l’évolution des transferts des Marocains résidant à l’étranger : multipliés par trois depuis le début du siècle, ces flux sont passés de 37 milliards de dirhams en 2004 à plus de 122 milliards en 2025. Il a toutefois orienté son propos vers la question de fond : quelle est la signification sociale et humaine de ce geste, au-delà du chiffre global ? Son intervention a ainsi mis en lumière la réalité de centaines de milliers de petits envois, souvent modestes en valeur unitaire, mais déterminants pour les familles et parfois pour des communautés entières.
Pour illustrer cette dimension, El Yazami a fait référence à Lhadj Belaïd, artiste du Souss, dont la chanson Ammundu Bariz, le Voyage de Paris, composée en 1931, constitue à ses yeux un témoignage de premier ordre sur le lien entre le migrant et les siens. À travers les vers cités et traduits par le Président du CCME, la chanson restitue les interrogations liées au départ, la solidarité envers la famille élargie et la communauté villageoise, ainsi que la contribution des migrants à des réalisations collectives, mosquées, cimetières, infrastructures locales, dès cette époque.

El Yazami a étayé cette perspective historique par des observations plus récentes : des étudiants marocains des années 1970 prélevant une part de leur bourse pour l’envoyer au pays, ou des jeunes migrants contemporains expédiant quelques euros à leur famille dès que leur situation le leur permettait. Ces exemples ont été présentés comme l’illustration d’une continuité dans les pratiques de solidarité transnationale, indépendamment des montants concernés.
En s’appuyant sur la conclusion du poème de Lhadj Belaïd, « ils estiment encore leur origine et la simplicité », le Président du CCME a conclu que l’envoi de fonds ne saurait être réduit à sa dimension financière : il traduit un lien de solidarité entre le migrant et sa famille, et contribue, souvent de manière discrète, au développement des territoires d’origine.
La tenue de cet événement à Rabat confirme la volonté du Maroc d’inscrire la question des transferts de la diaspora dans un cadre stratégique cohérent, allant au-delà de la simple valorisation des flux financiers. L’enjeu tel que formulé par le CCME est de passer d’une relation essentiellement affective et financière à une relation économique, organisée et créatrice de valeur pour l’ensemble des régions du Royaume.
La présence conjuguée de l’autorité monétaire, des partenaires internationaux, des ministères sectoriels et du CCME à cette journée illustre la maturité atteinte par le débat national sur ce sujet. Elle dessine également les contours d’une gouvernance renouvelée des flux migratoires financiers, dans laquelle la communauté marocaine à l’étranger est appelée à jouer un rôle d’acteur à part entière du développement économique du Royaume.
CCME








