Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), en partenariat avec le Centre cinématographique marocain (CCM), la Cinémathèque marocaine et 2M TV, a projeté, dimanche 3 mai 2026 à la salle du Cinéma du septième art de Rabat, le film documentaire Renault 12 du réalisateur franco-marocain Mohamed El Khatib. Une première dans une programmation cinématographique conçue en marge de la 31e édition du Salon International de l’Édition et du Livre (SIEL).
En parallèle de sa participation au SIEL, le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger a mis en place une programmation spéciale dédiée aux œuvres documentaires de Mohamed El Khatib, dramaturge et cinéaste franco-marocain dont les travaux ont connu un succès retentissant en France et en Europe. L’objectif est de rapprocher le grand public marocain de cet artiste et écrivain, dont l’œuvre se situe au carrefour de la performance, de la littérature et du cinéma.


Un film né du deuil, construit autour d’une voiture
Produit en 2018, Renault 12 est avant tout un acte de mémoire. Mohamed El Khatib y rend hommage à sa mère, décédée en février 2012, date fondatrice autour de laquelle s’articule le récit. Endossant lui-même le rôle d’acteur, le réalisateur y exprime la perte à travers des scènes profondément humaines, où le deuil personnel se mêle au chagrin collectif d’une famille éparpillée entre les deux rives de la Méditerranée.
L’élément déclencheur est un coup de téléphone d’un oncle établi dans un village du nord du Maroc, pressant le réalisateur de rejoindre le pays pour le partage de l’héritage en insistant sur la nécessité d’amener une Renault 12, vieille automobile de 1973. Ce détail en apparence anecdotique devient le fil conducteur du film : la voiture, symbole d’une époque et d’une génération de migrants marocains, prend une dimension emblématique.

Un road movie entre mémoire et identité
Le choix du road movie n’est pas fortuit. En retraçant le trajet de France vers Tanger en passant par l’Espagne, Mohamed El Khatib rejoue une route familière à des générations entières d’immigrés marocains, avec tout ce qu’elle implique de fatigue, d’émotion et de questionnements identitaires. Le film alterne avec subtilité entre scènes de recueillement et moments quasi-comiques du quotidien, donnant au récit une texture à la fois grave et vivante.
Parmi les séquences les plus saisissantes figure celle tournée au sein même de l’hôpital, où le réalisateur s’entretient avec sa mère encore en vie, tentant de la distraire de la maladie en évoquant son parcours artistique, un dialogue touchant entre deux générations de la migration marocaine, et entre deux mondes que tout semble séparer.



Des tensions familiales comme miroir de l’entre-deux
Le film expose avec franchise les désaccords qui traversent la famille : un père qui peine à accepter la vocation artistique de son fils, formé en sciences politiques ; une sœur qui refuse catégoriquement que la mort de leur mère devienne matière à œuvre cinématographique. Ces frictions intimes deviennent le reflet d’un entre-deux culturel plus large, celui de l’enfant d’immigré tiraillé entre les attentes de ses origines et ses choix de vie en France.
Le film soulève également des questions profondes liées à la migration : le rapport à la mort et au lieu d’inhumation, les rites funéraires qui divergent entre pays d’accueil et pays d’origine, et les visions du monde qui s’affrontent au sein d’une même famille réunie par le deuil.
Mohamed El Khatib, un artiste aux œuvres inclassables
Écrivain, metteur en scène, cinéaste et artiste plasticien, Mohamed El Khatib développe des projets qui brouillent les frontières entre art et réalité, entre le récit personnel et le document social. Sa démarche consiste à créer des espaces de rencontre entre l’art et des personnes qui en sont habituellement éloignées. Son dernier projet, Israël et Mohamed, conçu et interprété avec le danseur et chorégraphe espagnol Israël Galván, a été présenté lors de la dernière édition du Festival d’Avignon.
Par la projection de Renault 12 à Rabat, en plein cœur du Salon International de l’Édition et du Livre, le CCME affirme que les histoires de la diaspora ne sont pas des histoires d’ailleurs. Elles sont profondément et irréductiblement des histoires marocaines.
CCME






