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1er Mai - 10 Mai 2026

Le CCME au SIEL 2026

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Mélanges en l’honneur de Khalid Ben Srhir : un hommage collectif à un historien de référence

En partenariat avec le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger (CCME), l’Académie du Royaume du Maroc et l’Université internationale de Rabat (IER), l’Institut Royal pour la recherche sur l’histoire du Maroc a abrité, ce lundi 4 mai 2026 à Rabat, une conférence de présentation de l’ouvrage Mélanges en l’honneur de Khalid Ben Srhir, en présence de chercheurs, d’universitaires et de personnalités du monde de la culture et de l’histoire. Modérée par Aomar Boum, professeur à l’Université de Californie à Los Angeles et membre de l’Académie du Royaume, la rencontre a réuni autour du livre Jamaâ Baïda, professeur d’histoire contemporaine, Samira Mizbar, sociologue et membre de l’Instance Nationale d’Evaluation au Conseil Supérieur de l’Éducation, Hassan Hafidi Alaoui, professeur d’histoire et de civilisation  islamiques et Ahmed Saleh Ettahiri, professeur au  département  d’archéologie  islamique à l’Institut  national  des sciences de l’archéologie  et du patrimoine (INSAP). Rahal Boubrik, directeur de l’Institut, a introduit la séance, tandis que Driss El Yazami, président du CCME, l’a conclue.

Hommage à Khalid Ben Srhir lors du SIEL 2026 à Rabat

Rahal Boubrik : « Un acte de justice envers ceux qui ont consacré leur vie à la connaissance »

Dans son allocution d’ouverture, Rahal Boubrik a tenu à souligner que cette rencontre dépasse la simple célébration d’une publication scientifique. Elle constitue, selon lui, un renouvellement de traditions profondément ancrées dans la culture de la reconnaissance et de la justice envers les chercheurs qui ont voué leur existence au service du savoir et à l’ancrage de la recherche historique.

Évoquant le parcours de Khalid Ben Srhir, Boubrik a mis en avant sa direction de la revue Hespéris-Tamuda, l’une des plus prestigieuses publications historiques, témoignage de son labeur scientifique et éditorial continu. Il a notamment salué l’effort consenti pour faire intégrer la revue dans les bases de données internationales, dont Scopus, qui recense les publications académiques arbitrées les plus importantes au monde. Le directeur de l’Institut a également évoqué les liens personnels et professionnels qui l’unissent à Ben Srhir, nés à l’Université Mohammed V puis prolongés au Centre des Études Sahariennes (CES), saluant enfin le travail de coordination accompli par Aomar Boum pour la réalisation de cet ouvrage collectif.

Aomar Boum : « L’histoire du Maroc se lit à travers ses multiples affluents »

En sa qualité de modérateur et de coordinateur de l’ouvrage, Aomar Boum a présenté le livre comme un travail collectif qui reconnaît la place intellectuelle et la contribution scientifique de Khalid Ben Srhir. Il a rappelé que la mémoire, les mutations socio-économiques et la migration sont autant de chantiers que le chercheur a explorés tout au long de sa carrière.

Boum a retracé le parcours de l’historien : natif de Meknès, formé à Rabat, Ben Srhir a commencé comme professeur de collège avant de poursuivre des études en histoire, sous l’influence déterminante de Germain Ayache et Brahim Boutaleb. Devenu enseignant-chercheur, il a enseigné l’histoire moderne à la faculté de Mohammedia puis à la Faculté des Sciences Humaines de Rabat, où il a produit l’essentiel de ses travaux. Spécialiste des relations maroco-britanniques, fort de ses publications scientifiques aux revues Al Manahil et d’Hespéris-Tamuda, il s’est également penché sur les relations entre musulmans et juifs, notamment à travers la figure de John Drummond Hay, ainsi que sur les évolutions économiques du Maroc. Boum a conclu en soulignant que Ben Srhir est aujourd’hui l’un des traducteurs les plus importants de son domaine, pont vivant entre le Maroc et son environnement méditerranéen et atlantique.

Jamaâ Baïda : « Quarante ans de compagnonnage intellectuel »

L’historien et ancien directeur des Archives du Maroc, Jamaâ Baïda, a livré un témoignage empreint d’affection et de rigueur. Il a retracé quarante années de relation avec Khalid Ben Srhir, nouée lors d’une délégation universitaire marocaine en Virginie aux Etats-Unis, à l’occasion du bicentenaire des relations maroco-américaines. Depuis, les deux hommes ont collaboré sur de nombreux chantiers : recherche historique, exploration des archives marocaines, et publications communes.

Baïda a offert une lecture technique de l’ouvrage, qui se compose de deux volumes rassemblant 44 contributions en plusieurs langues, signées par 53 chercheurs et chercheuses du Maroc, des États-Unis, de Tunisie, du Canada et d’Espagne, sous la coordination d’Aomar Boum et de Jessica Marglin. Il a salué l’architecture scientifique de l’ouvrage, qui en permet une lecture fluide et cohérente, ainsi que le choix de la couverture, qui reflète l’ouverture intellectuelle caractéristique du parcours de Ben Srhir. Il a également rappelé le premier livre de l’historien, Le Maroc et la Grande-Bretagne au XIXe siècle, lauréat du Prix du Maroc du Livre en 1990, comme point de départ d’une œuvre scientifique qui n’a cessé de s’approfondir.

Samira Mizbar : « Ben Srhir, héritier de Germain Ayache, a démontré que nos frontières sont le fruit d’une lutte »

Samira Mizbar a abordé la dimension historiographique et méthodologique de l’œuvre de Khalid Ben Srhir. Elle a insisté sur sa contribution à la transformation du regard porté sur l’histoire marocaine du XIXe siècle : loin d’une lecture victimaire, Ben Srhir démontre que la délimitation des frontières marocaines est le résultat d’une stratégie diplomatique complexe, que la souveraineté économique constitue une frontière en soi, et que le Maroc avait une conscience de son espace territorial bien avant la période coloniale.

Sur le plan méthodologique, Mizbar a expliqué le choix des archives britanniques : en tant que grande puissance impériale, la Grande-Bretagne dispose d’un fonds documentaire exceptionnel. Ben Srhir maîtrisait l’anglais diplomatique et abordait ses sujets avec une perspective holistique. À travers la figure de John Drummond Hay, diplomate britannique à l’influence considérable sur les sultans marocains, Ben Srhir éclaire les ressorts profonds des relations politiques de l’époque.

La guerre de Tétouan, moment de rupture majeur, et le Traité d’Oued Ras, signé le 26 avril 1860, qui asphyxia économiquement le Maroc, sont analysés non comme une simple défaite militaire, mais comme les prémices, cinquante ans à l’avance, du Protectorat. Mizbar a conclu en saluant en Ben Srhir le digne héritier de Germain Ayache, chercheur qui a su éclairer la complexité de l’histoire nationale et rappeler que les frontières du Maroc sont le fruit d’une résistance constante.

Hassan Hafidi Alaoui : « Une valeur ajoutée qualitative pour la bibliothèque académique »

Hassan Hafidi Alaoui a proposé une lecture analytique de la section arabophone de l’ouvrage, qui comprend 14 articles de recherche, en plus de l’introduction des coordinateurs. Il a classé ces contributions en trois catégories : les recherches inspirantes, qui appellent au renouveau et à l’innovation, dont un article d’Aomar Boum ; les études originales et novatrices, parmi lesquelles figure une contribution d’Abdelahad Sebti ; et enfin les relectures critiques, qui proposent une révision d’événements historiques ou géographiques, incluant notamment un article de Rahal Boubrik sur le Sahara et une étude sur les relations maroco-américaines.

Hafidi Alaoui a salué la qualité scientifique de l’ensemble : problématiques renouvelées, organisation rigoureuse des axes, titres bien formulés, collecte des données et neutralité dans la présentation des faits. Il a également noté la clarté et la précision conceptuelle de la langue employée. Il a rendu hommage à l’effort des coordinateurs pour avoir unifié les références bibliographiques selon le style Chicago, exercice particulièrement ardu lorsqu’il s’applique à la langue arabe, et a conclu que cette section constitue une contribution de premier rang à la recherche historique académique.

Hommage à Khalid Ben Srhir lors du SIEL 2026 à Rabat

Ahmed Saleh Ettahiri : « Ben Srhir a su abolir les frontières entre les disciplines »

Ahmed Saleh Ettahiri a centré son intervention sur la dimension archéologique et patrimoniale de l’ouvrage et, plus largement, de l’œuvre de Khalid Ben Srhir en tant que coordinateur scientifique de la revue Hespéris-Tamuda. Il a souligné que Ben Srhir a brisé les cloisons entre les spécialités, réconciliant histoire, archéologie, anthropologie et patrimoine.

Revenant sur Hespéris-Tamuda, dont la gestion a été confiée à Ben Srhir depuis 2015, Ettahiri a décrit comment celui-ci a insufflé un nouveau souffle à la revue en l’ouvrant à l’ensemble des sciences humaines, avec des dossiers thématiques sur l’urbanisme au Maroc, l’archéologie préhistorique, les études anthropologiques, la ville dans le monde islamique, la nutrition au Maroc d’un point de vue anthropologique, et l’art et l’artisanat au Maroc et en Andalousie. Les articles réunis dans l’ouvrage couvrent des sites tels que Volubilis, l’Atlas, Chellah, avec ses graffitis, ainsi que l’ethnologie des communautés amazighes, les sanctuaires et forteresses almohades, et plusieurs régions du Royaume. Ettahiri a conclu en appelant à intensifier les études anthropologiques sur le Maroc afin de mieux connaître ses racines et ses atouts civilisationnels.

Hommage à Khalid Ben Srhir lors du SIEL 2026 à Rabat

Driss El Yazami : « La régénération de la recherche marocaine passe par le rapprochement entre la diaspora et l’université »

Pour clore la rencontre, Driss El Yazami, président du CCME, a expliqué pourquoi son institution s’associe pleinement à cet hommage, en invoquant trois raisons. La première est la conviction, qui l’anime depuis la création du conseil, de l’importance de l’articulation entre sciences humaines et action politique. La deuxième est la place centrale de la traduction dans un contexte de mutation : l’émergence d’une diaspora scientifique marocaine produit aujourd’hui des travaux publiés dans plus de dix langues, et le développement du Maroc dépend de sa capacité à mobiliser ces savoirs. La troisième est la nécessité du rapprochement entre cette diaspora et l’université marocaine, rapprochement que l’Institut Royal et le CCME s’efforcent tous deux d’accompagner.

Driss El Yazami a rendu un hommage appuyé à Khalid Ben Srhir, qui incarne à lui seul ces trois dimensions : il a publié, rapproché et traduit. Il a conclu en saluant tout particulièrement son rôle dans la régénération d’Hespéris-Tamuda, symbole vivant du renouveau de la recherche historique marocaine.

CCME