En Suède, la campagne des élections législatives, régionales et municipales du 13 septembre 2026 s’est largement construite autour d’un discours de fermeté migratoire, partagé par l’ensemble des grands partis. Pourtant, sur le terrain, les communes et les régions n’ont jamais autant compté sur les travailleurs nés à l’étranger pour maintenir leurs services essentiels. Entre promesses de restriction et réalité démographique, ce décalage illustre une tension que connaissent aujourd’hui de nombreux pays européens.
À l’approche du scrutin, la question migratoire s’est imposée, aux côtés de la criminalité et du coût de la vie, comme l’un des thèmes majeurs du débat public suédois. De la coalition de centre-droit sortante aux sociaux-démocrates en tête des intentions de vote, tous les partis défendent un contrôle renforcé des flux migratoires et une limitation de l’accueil des demandeurs d’asile. Cette orientation s’est traduite dans les textes : de nouvelles règles sur les permis de travail sont entrées en vigueur cette année, portant à 90 % du salaire médian le seuil de rémunération exigé pour les travailleurs qualifiés issus de pays tiers. Ces modifications législatives prévoient également des exemptions pour 27 professions en pénurie de main-d’œuvre et renforcent les obligations de contrôle des employeurs par l’Agence des migrations
Des collectivités structurellement dépendantes de la main-d’œuvre étrangère
Cette fermeté affichée contraste avec les besoins concrets des services publics locaux. Selon les données de l’institut suédois de statistiques (SCB), la part de la population née à l’étranger est passée de 11,3 % en 2000 à 19,5 % en 2019, année où elle représentait un peu plus de deux millions de personnes sur 10,3 millions d’habitants. Cette main-d’œuvre s’est progressivement concentrée dans des secteurs en tension chronique : d’après Statistics Sweden, les métiers les plus répandus dans le pays sont ceux d’aide-soignant à domicile ou en établissement pour personnes âgées, une profession où la proportion de travailleurs immigrés, souvent arrivés comme réfugiés, est particulièrement élevée. À l’échelle de l’Union européenne, la Suède se distingue nettement : alors que 85 % de la main-d’œuvre de l’UE-27 est née dans son pays de résidence, la part des actifs originaires de pays tiers y est sensiblement plus forte que la moyenne communautaire, fixée à 10,5 % en 2023.
Le vieillissement démographique, un défi qui s’accentue
Cette dépendance est appelée à se renforcer. Une étude de la Riksbank, la banque centrale suédoise, prévoit que le ratio de dépendance des personnes âgées (le nombre de plus de 65 ans rapporté à la population en âge de travailler) passera d’environ 0,35 aujourd’hui à 0,43 en 2050, sous l’effet de la progression continue des plus de 80 ans. Les personnes âgées elles-mêmes reflètent cette évolution : en 2018, près de 13 % des Suédois de 65 ans ou plus, soit environ 268 000 personnes, étaient nés à l’étranger. Avec une population active de 5,8 millions de personnes pour 10,6 millions d’habitants au 1er janvier 2024, la Suède aborde ainsi son échéance électorale dans un contexte où le renforcement des politiques migratoires et le maintien des services publics de proximité semblent, sur le plan strictement démographique, difficilement dissociables.









