L'islam en Belgique : 40 années de reconnaissance

lundi, 17 février 2014 15:15

Avec MM. Abdellah Boussouf, secrétaire général du CCME et directeur du Centre euro-islamique pour la culture et le dialogue (Charleroi), Khalid Hajji, secrétaire général du Centre européen des oulémas marocains (CEOM) (Bruxelles), Baudouin Dupret, directeur du centre Jacques Berque (Rabat) et Farid El Asri, docteur en anthropologie.

Donnant le coup d'envoi de cette rencontre, M. Boussouf a répondu à la question d'un journaliste : Y a-t-il un islam belge?
"Oui, l'islam est une religion unique mais elle prend en considération les spécificités belges, les spécificités de chaque pays ou il sera pratiqué. La laïcité est d'ailleurs considérée autrement en belgique, puisque l'état reconnaît les religions et finance les institutions religieuses", a-t-il affirmé.
Selon M. Boussouf, "dans la plupart des cas en Europe, le premier enjeu est d'avoir un interlocuteur identifié. Le deuxième, c'est un enjeu sécuritaire pour les pays : les pays ont peur des agissements des groupements religieux. Ceci a mené à l'organisation des communautés musulmanes, d'où le besoin d'acclimater l'islam et de l'adapter aux réalités européennes, ce qui nous amène aux appellations islam français, islam belge".
"En Europe 3 pays reconnaissent l'islam : l'Autriche du temps des Ottomans, la belgique en 1974 et l'Espagne en 1992", a précisé le secrétaire général du CCME, ajoutant que "les expériences d'organisation des communautés musulmanes ont presque toutes mené à l'échec. C'est dû en partie à l'implication des politiques et des associations, ce qui rend l'islam dépendant des élus politiques et vulnérable face aux alternances".
L'intervention de M. Farid El Asri s'est par ailleurs intéressée au lien ombilical de l'islam en Europe avec l'immigration : "Islam et migration sont étroitement liés, les musulmans sont pour la plupart issus de l'immigration. Ceci a ramené la société à le considérer comme venant d'ailleurs, d'où toute les difficultés autour de cette question".
Ainsi l'ancrage de l'islam dans la société belge est passé par plusieurs étapes : "l'entrée de l'islam dans le débat s'est imposé quand la présence est devenue visible, je pense notamment au voile. Il y a eu une crispation au début, menant des fois à l'intégrisme, même en politique, à l'émergence de la droite extrême. La deuxième étape après la visibilité sera l'épreuve du nombre, les musulmans deviennent visibles et nombreux".
M. El Asri a conclu sur une note pessimiste : "si l'assimilation de l'islam échoue en Belgique, avec tous les moyens que ce pays offre, un petit pays en plus, ceci pose de profondes questions mais surtout de la crainte pour son assimilation en Europe", puisque "la belgique est un cas particulier, elle finance les mosquées, paye les oulémas, les professeurs d'éducation islamique, ce qu'on ne trouve pas toujours, même dans les pays musulmans", a-t-il poursuivi.
Une crainte que M. Khalid Hajji partage également : "le moins que l'on puisse dire sur les défis de l'islam en Europe c'est qu'ils sont très durs à relever."
M. Hajji soutient que la plus grande part de responsabilité sera endossé par les musulmans eux-mêmes : "le danger est le suivant : ils se rassemblent, ils ont des revendications qui leur semblent prioritaires, mais à force de vouloir s'affirmer ils se renferment et et ne prennent pas en considération le climat dans lequel ils évoluent. Le déficit est principalement remarquable dans le discours intra communautaire".
Afin de dépasser les obstacles de l'assimilation de l'islam en Europe M. Hajji préconise "l'installation de l'esprit de la négociation". Les manières d'interpréter l'islam ou de le pratiquer constituent toutefois un obstacle à cette assimilation : "l'essence de la religion est unique mais les façons de le pratiquer ou de l'interpréter et les références sont diverses".
Selon M. Hajji, le principal défi à relever par les musulmans d'Europe est relatif à l'identité "comment créer un équilibre entre son appartenance européenne et sa croyance".

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