vendredi 24 mars 2017 15:55

Ahmed El Boujoufi, un pionnier au pays de Calvin

Ahmed El Boujoufi est né à Nador, dans le Rif. Nous sommes, en 1945, à la fin de cette seconde guerre mondiale qui a dévasté l'Europe. Le continent a besoin de se remettre sur pied, de se reconstruire et redevenir une puissance industrielle. A dix neuf ans, le jeune Ahmed Boujoufi réalise qu'il n'y a pas assez de travail au Maroc.

C'est alors qu'il quitte sa ville et sa terre natale pour la France de Germinal d'abord, où il fera ses premiers pas dans les mines pour ensuite s'installer aux Pays-Bas. Il était ouvrier « parce que dans ces années là, le marché du travail était essentiellement constitué de main d'œuvre (près de 87%) » explique-t-il.

 A l'époque il a 21 ans et en ces années 60', 1965 plus particulièrement, il est l'un des premiers migrants marocains à s'installer dans ce petit pays qui a réussi à domestiquer la mer au début du siècle dernier. En ces temps-là, nous explique Ahmed El Boujoufi, d'une voix mélancolique « la Hollande était un pays d'intégration ».

Lorsqu'il arrive aux Pays Bas, il affirme que tout se passait bien : il était considéré comme un « gastarbeider », littéralement « travailleur invité ». Une autre manière de dire que l'idée n'était pas que ces travailleurs accueillis comme il se doit restent définitivement sur le territoire de Calvin, mais repartent dans leur pays d'origine une fois leur contrat terminé. Pourtant, dit-il « pour moi et toute ma génération, la Hollande a tout mis en œuvre pour nous intégrer ».

A 68 ans, il vit toujours aux Pays-Bas avec son épouse et ses enfants : 4 filles et un garçon, tous nés là-bas. Il est fier de ses enfants, de ses filles plus précisément, parce que, dit-il en souriant, « je suis mieux avec mes filles : elles sont plus gentilles et je m'entends mieux avec elles » qu'avec son fils qu'il aime par ailleurs beaucoup. Lorsqu'on lui demande si ces enfants sont bien intégrés dans la société néerlandaise, il répond avec un brin de lassitude : « Des enfants nés aux Pays Bas où ils ont été éduqués, n'ont pas besoin de s'intégrer et ils ne sont pas non plus des travailleurs invités : ce ne sont pas des étrangers, mais des Néerlandais ». Il se dit fier d'avoir choisi les Pays Bas pour s'installer, plutôt qu'un autre pays. Reste qu'il se dit inquiet de la progression de la discrimination en Hollande, « bien que je considère que ce n'est pas la Hollande mais les mouvements d'extrême droite ».

La montée des populismes en général et celle de l'extrême droite en particulier aux pays Bas, « n'est pas spécifique à ce pays », affirme M. Boujoufi, même si « par le passé ces mouvements n'avaient aucune assise aux Pays Bas, je suis convaincu que nous devons encore faire des efforts pour mieux nous connaitre et nous respecter les uns les autres ».

Pour M. Boujoufi, le racisme d'aujourd'hui n'a pas le même visage que celui du passé : « avant j'étais regardé de travers parce que j'avais des cheveux noirs, à cause de ma langue, d'où je venais, mais pour ce qui est de mes enfants, je le répète, ce qui n'est pas juste est qu'ils ne soient toujours pas reconnus comme des Néerlandais. La question la plus importante est celle de la reconnaissance qui n'est toujours pas une réalité aux Pays Bas ».

Lorsqu'on évoque le problème de l'islamophobie aux Pays-Bas qui pourrait être la raison de ce refus de reconnaissance, il prend un temps de pause pour ensuite tenter de mieux définir la situation : « Bien sûr, cette non reconnaissance a quand même un lien avec l'islam. Non pas l'islam en tant que religion, mais du musulman. Les partis de droite n'évoquent que les problèmes, que les choses qui ne vont pas bien. Mais, il faut le dire, il existe aussi des groupuscules de musulmans qui tendent hélas le bâton aux extrémistes de droite ».

Pour lui, ce sont « deux radicalismes qui se confrontent : une extrême droite et une interprétation extrémiste de l'islam. Les premiers portent atteinte au vivre ensemble aux Pays Bas et les autres usent de l'islam pour leur objectif propre.

 

*M.Ahmed Boujoufi est l'un des fondateurs de la première association musulmane des mosquées aux Pays Bas. Il est actuellement vice-président de la principale organisation musulmane aux Pays Bas.

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