M. Boussouf : le modèle marocain de religiosité peut être transposé en Occident

mercredi, 30 mai 2018

L’émission de débat « l’invité d’Al Oula » (ضيف الأولى) a reçu pour son premier épisode ramadanesque, mardi 29 mai 2018, l’écrivain et historien M. Abdellah Boussouf. Une heure durant, l’invité a parlé de ses livres et de son expérience en tant que spécialiste de l’Islam, notamment en Europe, mettant en avant la singularité du modèle de religiosité marocain.

Il a, en ce sens, considéré que ce modèle, basé sur le rite malékite, le dogme asha’arite et le soufisme sunnite, répond aux questions les plus complexes de notre époque que ce soit au Maroc ou ailleurs. « Le rite malékite se distingue par sa flexibilité, son ouverture et sa capacité à s’adapter avec l’environnement où il prospère sans pour autant imposer une hégémonie pouvant compromettre la stabilité de la société », a-t-il expliqué.

Les fondements du modèle de religiosité marocain

Le Maroc jouit d’un atout exceptionnel, celui de la commanderie des croyants, qui garantit à tous les citoyens la paix spirituelle et la liberté de conscience comme le stipule la Constitution de 2011, a affirmé M. Abdellah Boussouf. Grâce à cette institution, « notre pays a transcendé les valeurs du vivre-ensemble et de la tolérance pour atteindre le degré de la symbiose et de la fraternité, « la fraternité de foi » qui rassemble toutes les communautés religieuses, notamment Juifs et Musulmans qui jouissent des mêmes droits de citoyenneté, ont les mêmes devoirs et partagent, en plus des principes ou des valeurs, des marabouts et des espaces spirituels ».

Cette fusion entre les différentes communautés se fait d’ailleurs ressentir dans la société marocaine qui a su combiner entre la pratique religieuse et l’héritage culturel populaire, « notamment pendant le mois de Ramadan qui allie majesté et beauté », a soutenu M. Boussouf se félicitant du rôle de l’imam dans la stabilité religieuse et spirituelle au Maroc.

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M. Boussouf a pu, lors de cette interview, discuter des grandes lignes de son dernier ouvrage « Une monarchie citoyenne en terre d'Islam : comment Mohammed VI a conçu un modèle religieux universel ». Il a expliqué que le modèle religieux fondé sous l’égide de la commanderie des croyants a prouvé son efficacité en assurant la paix spirituelle et politique au Maroc et peut de ce fait être transposé dans les pays d’accueil des musulmans, particulièrement en Europe, notamment grâce au soufisme considéré comme une « zone tampon » pouvant contenir tous les croyants quelle que soit leur religion. « La philosophie soufie d’Ibn Al Arabi a pu rassembler les humains sur les valeurs de l’amour, la fidélité et la tolérance qui sont les éléments essentiels dont nous avons besoin aujourd’hui pour réaliser la paix dans le monde ».

Les efforts du Maroc pour pallier les dysfonctionnements de l’encadrement religieux en Europe

D’autre part, M. Boussouf a nié toute contradiction entre l’Islam, dans son aspect pratique de juste milieu, avec les lois et coutumes de l’Europe affirmant que l’Islam est une religion européenne de premier ordre depuis plusieurs siècles puisqu’il a historiquement contribué à édifier la civilisation occidentale. Il a ainsi invité les Musulmans en Europe à mieux négocier leurs droits religieux dans leurs pays d’accueil en prenant en considération les spécificités des sociétés occidentales et de mettre le focus sur les grandes valeurs de la religion au lieu de prêter de l’importance à des détails secondaires qui souvent sont sources de conflits et de régression.

Dans ce cadre, M. Boussouf a critiqué l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques que ce soit dans les pays musulmans ou européens : « l’Islam a été politisé par les pays européens pendant les années 90 pour affronter l’union soviétique allant jusqu’à appeler les soldats musulmans à l’époque les « soldats de la liberté » ». De nos jours, la religion continue d’être utilisée dans les campagnes électorales européennes par certains partis qui s’adressent aux communautés musulmanes pour attirer leurs voix, a-t-il assuré invitant à replacer l’Islam dans son cadre naturel, dans les mosquées, car son instrumentalisation le vide de sa charge spirituelle qui lui est essentielle.  

Concernant l’encadrement religieux des communautés musulmanes, au Maroc ou en Europe, M. Boussouf a affirmé que le traitement de la question a enregistré un retard dont la responsabilité est partagée entre pays d’accueil et d’origine. « Les pays d’émigration se sont presque débarrassés d’une charge démographique pendant que les pays d’immigration ont considéré ces migrants comme une main d’œuvre uniquement sans s’intéresser aux dimensions spirituelles et culturelles de leur présence et à leur encadrement identitaire ». Ce déséquilibre profond a livré les immigrés à des références religieuses appartenant à une géographie et à un environnement différents du contexte européen, ce qui est à l’origine des crispations identitaires qui traversent plusieurs sociétés européennes.  

M. Boussouf a, dans ce cadre, mis en avant les efforts entrepris par le Maroc depuis des décennies pour pallier le retard de la prise en charge de l’encadrement religieux de ces communautés à l’étranger, notamment à travers le Conseil européen des Ouléma marocains (CEOM), les délégations scientifiques et religieuses dans les pays d’accueil à plusieurs occasions en plus de la formation des imams des pays européens à l'Institut Mohammed VI pour la formation des Imams Morchidines et Morchidates, devenu une référence scientifique au retentissement international.

La rédaction

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