samedi 31 octobre 2020 14:42

Projets de développement au Maroc : quelle contribution des Marocains du monde ?

lundi, 11 février 2019

« Projets de développement au Maroc : quelle contribution des Marocains du monde ?» est le thème de la première table-ronde organisée ce lundi 11 février 2019 au Salon du livre de Casablanca. Jamal Bouoiyour (France), Jean Baptiste Meyer (France), Aouatif El Fakir (France), Rachid Aouine (Maroc) et Aouatef Khelloqi (France-Maroc) ont animé cette rencontre modérée par Faouzi Lakhdar-Ghazal, membre du CCME.

SIEL19 D4 TR1 FAOUZI

Jamal Bouoiyour : les impacts des transferts de fonds sur le Maroc

Pour Jamal Bouiyour, président fondateur de l'association savoir et développement, “il est temps  d'avoir une vision renouvelée de l'approche que nous avons de notre diaspora incluant également la contribution des Marocains du monde dans les pays de résidence”.

SIEL19 D4 TR1 BOUYOUR

Il s’est intéressée dans l'intervention aux différents aspects de l’impact des transferts des Marocains du monde vers le Royaume.  

Ces transferts, ayant en effet des impacts positifs dans la plupart des cas, peuvent avoir des effets délétères dans certains cas : “si l’on prend le cas du Mali, les populations qui reçoivent le plus d’argent ont tendance à ne plus travailler”.

Pour le Maroc, ils viennent contrecarrer les effets néfastes de la consommation et sont donc stabilisateurs. Ils peuvent également avoir un impact sur le travail des femmes et sur le capital humain et notamment sur l’instruction des jeunes.

“Les effets des transferts sont intensifiés s’ils sont plus orientés vers l’investissement que vers la consommation”, affirme Jamal Bouoiyour qui appelle les acteurs institutionnels à prendre en considération l’apport déterminant des Marocains du monde.   

D’ailleurs, “la Constitution leur donne le droit de participer à un certain nombre d'institutions”, précise-t-il se rappelant l’exemple du Liban où plusieurs lois ont été ont été faites grâce à la participation des immigrés.

Jean Baptiste Meyer : l’intérêt de développer le lien entre la migration et le développement

Jean Baptiste Meyer est chercheur à l’Institut de recherche pour le développement en France. Il a cumulé à travers les études qu’il a mené une expertise sur l'évolution des diasporas dans le monde, notamment les diasporas maghrébines. Il explique dans son intervention comment le Maroc est un exemple à suivre en matière de gestion migratoire dans la région.

SIEL19 D4 TR1 JEAN BAPTISTE

“Dans mon travail en Algérie, quand on veut donner l'exemple et prendre référence sur la bonne gestion de la diaspora, on s'oriente vers le Maroc” : “le Maroc est un pays exemplaire parmi ceux qui arrivent à bien tirer profit de leurs relations migratoires”.

En ce sens, le chercheur affirme que le lien entre la migration et le développement n’a été pris en charge que récemment par les politiques publiques, vers la fin des années 80.  

“C'est seulement dans les années 90 que la migration est devenue capitalisable et fertilisée pour le développement du pays d'origine et qu’on a commencé à tisser des liens effectifs et officiels entre les gouvernements et les diasporas”.

Selon Jean Baptiste Meyer, cette vision a malheureusement du plomb dans l'aile avec “l'émergence des gouvernements nationalistes qui prônent une vision basée sur le chauvinisme”.

Les expériences de ces dernières années ont également prouvé que “l'efficacité de la diaspora n'est pas  automatique” et qu’il “la construite patiemment en y faisant participer tous les acteurs sociaux”.

Un travail de plus en plus difficile à accomplir dans des sociétés où sévit “la peur du terrorisme et de la circulation “ : “il faut de rester dans une vision constructive et montrer que la diversité est créatrice”, a conclu Jean Baptiste Meyer.

Aouatif El Fakir : la régionalisation avancée est une opportunité pour le développement

Aouatif El Fakir est acteur associatif dans le domaine de la migration et développement et entrepreneur social : “je suis engagée dans le développement via l'associatif et la création d'entreprise notamment avec la création d'un gîte solidaire dans le Haut-Atlas”.

SIEL19 D4 TR1 AOUATEF FAKIR

Elle a démontré au fil de son intervention l’importance de la contribution concrète des Marocains du monde dans la région du Souss-Massa à travers les actions de l'association “migrations développement”.

“On est passé de la solidarité villageoise à l'engagement personnel que ce soit dans l'activisme associatif ou dans l'entreprenariat ”, a-t-elle expliqué.

L'association migrations & développement a été fondée il y a 30 ans par des migrants de la région de Souss-Massa. Elle expérimente, depuis 3 ans, les communautés de développement solidaire,  support aux échanges de ressources autour de projets de développement locaux, renforçant ainsi les liens entre la diaspora et le territoire”.

“30 rencontres entre les communes et les Marocains du monde originaires de cette région ont été réalisées en plus de la formation de plusieurs agents de développements communaux dans 12 communes”, a affirmé Aouatif El Fakir précisant que 17 projets ont été déposés sur la plateforme numérique de la CDS https://cds-maroc.net dont 8 ont été réalisés avec l’apport de la diaspora marocaine.

Elle a également expliqué que “la régionalisation avancée est une opportunité pour qu'on puisse adapter les politiques publiques aux besoins du développement dans les territoires et les conjuguer avec la contribution efficace des Marocains du monde”. 

Rachid Aouine : les mesures du CRI pour faciliter la contribution des Marocains du monde dans le développement local

Le directeur du Centre régional d'investissement de Fès-Meknès a pour sa part mis en valeur les différentes actions menées par son institution pour encourager la contribution des Marocains du monde.

SIEL19 D4 TR1 AOUIN RACHID

Le CRI s’engage donc dans la promotion économique des territoires notamment en facilitant les autorisations pour entreprendre. Il s’est également intéressé à mieux connaître les attentes des Marocains du monde originaires de la région et à trouver le moyens de créer des projets sur cette base.

Ses projets sont axés autour des différents chantiers entrepris par le Royaume, en l'occurrence “la stratégie industrielle, la vision du tourisme à l’horizon 2020, l'agriculture à travers le plan Maroc vert et les énergies renouvelables (50% à l'horizon 2030)”.

Il a également expliqué que le CRI développe des processus d'incitation à l'investissement : ”chaque année on organise une journée portes ouvertes à laquelle participent les différentes institutions concernées. Nous veillons également à accélérer les démarches administratives et le traitement des doléances”.

En ce qui concerne le volet institutionnel, il précise que “la création du guichet d'entreprises a pu réduire les délais de la création d’entreprises de 5 jours à moins d’une journée”. “Le guichet d'accompagnement pour la création d'entreprise a en outre noté l'intérêt des Marocains du monde pour le tourisme et le développement solidaire”.

Comme mesures d'incitation opérationnelles, Rachid Aouine annonce l’engagement de la Caisse centrale de garantie à faire don de 10% sur les projets dépassant 5 millions de dirhams et la création des bornes interactives relatives à l'investissement dans les aéroports.

Aouatef Khelloqi : je fais partie de cette génération transitoire qui réfléchit à ce que elle veut léguer à ses petits frères et enfants

Aouatef Khelloqi est née en région parisienne. Elle fait partie de la 2ème génération d’immigrés en France. Elle est diplômée en gestion financière et a fait ses débuts de carrière dans un groupe pharmaceutique américain à Paris.

SIEL19 D4 TR1 AOUATEF KHALLOKI

Dans son allocution, elle affirmé faire “partie de cette génération transitoire qui réfléchit à ce qu' elle veut léguer à ses petits frères et à ses enfants”, alors que “nos parents voulaient faire le moindre bruit possible, car ils ont toujours eu en tête l’idée de retourner au pays”.

À partir de 2011, Aouatef Khelloqi s’est investie dans “l'étude des minorités ethniques en Asie centrale”. Une immersion qui l’a poussée à replonger dans ses origines et de réfléchir à sa contribution au Maroc : “je me suis donc installée à Casablanca où j'ai créé une entreprise de création de contenus”. Un retour aux sources qui l’a également plongé dans “une immersion dans les zones rurales”.

Elle a conclu de son immersion que “ le terrain fait état de plusieurs entreprises qui sont malheureusement atomisées”. Pour y remédier, Aouatef Khelloqi fait désormais partie de la commission de l'entrepreneuriat social à la CGEM : “on essaye de sensibiliser les grands groupes et les politiques publiques à l'intérêt des actions sociales rentables”.

CCME

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