Marocains du monde et avenir : quelle image et quelle culture ?

jeudi, 13 février 2020

L’espace « rendez-vous de l’Agora » du pavillon du CCME au salon du livre de Casablanca a abrité, jeudi 13 février 2020, une table-ronde sur le thème « Marocains du monde et avenir : quelle image et quelle culture ? ». Wahiba Rhouzli, adjointe au maire de Saint-Ouen en charge des finances et des marchés publics, Mohamed Cherkaoui, professeur des conflits internationaux à l’Université Georges Mason à Washington, Fauzaya Talhaoui, femme politique belge d’origine marocaine et Jean-Marie Heydt, professeur à l’Université Haute Alsace en France et auteur du livre « Mohammed VI. La vision d’un Roi : actions et ambitions » (publié aux éditions Favre en 2019) sont intervenus à cette rencontre modérée par Mohammed Moussaoui, membre du CCME.

Mohamed Moussaoui

Dans sa présentation, Mohamed Moussaoui explique que « l’image que les pays d’accueil se font du Maroc influence le traitement réservé aux Marocains du monde notamment concernant la question de l’identité. Elle influence aussi la politique, souvent prisonnière d’une image fantasmée ». La religion est aussi une des composantes de cette image, puisque « l’islam cristallise des craintes et des stéréotypes mais aussi des représentations qui ne sont pas toujours réelles », en plus de la culture qui « tend à changer cette image à travers l’art ou la littérature mais dont le champs d’action reste limité ».

Jean Marie Heydt

Jean-Marie Heydt : l’image du Pape auprès du Commandeur des croyants est un message de paix

Construire une image selon Jean-Marie Heydt « c’est faire l’expérience de l’altérité », puisque « pour refléter une image il faut savoir savoir se positionner par rapport à l’autre ». L’image est aussi un ensemble d’éléments en éternelle évolution, « une représentation d’un idéal de vue dynamique, qui ne peut pas être statique puisqu’elle prend forme à travers un environnement et des conditions de vie changeants ».

Altérité et identité sont en effet les maîtres-mots du concept du vivre-ensemble qui est sans arrêt interrogé et sensiblement lié à la question de l’image. « La construction de la représentation sur l’autre repose sur des facteurs comme la capacité à métisser sa propre manière de vivre et le miroir qui est proposé par le positionnement de la femme qui incarne dans notre imaginaire la transmission d’un système éducatif ».

En ce sens, il explique que les Marocains du monde ont « réussi l’exercice du vivre-ensemble dans les sociétés où ils vivent » : « la particularité observée chez les membres de la diaspora marocaine est qu’ils sont arrivés à un haut niveau de compatibilité avec les sociétés étrangères contrairement à d’autres communautés ». La perception qu’on a d’eux dans leur environnement, explique-t-il, a pu changer à travers leur réussite et leur fusion dans les sociétés d’accueil dont ils sont désormais partie prenante. « Si aujourd’hui le Maroc est conçu comme un pont entre l’Europe et l’Afrique c’est grâce à la contribution de la diaspora ».

Pour un rapprochement entre les peuples, Jean-Marie Heydt invite à favoriser une meilleure connaissance entre les religions. « J’ai eu beaucoup d’espoir à voir l’image de l’invitation du Pape par le Commandeur de croyants, un rassemblement qui arrivera dans sa symbolique à contrecarrer l’extrémisme et la violence », a-t-il conclu.

Fauzaya Talhaoui

Fauzaya Talhaoui : les nouvelles générations ne connaissant pas aussi bien le Maroc que leurs parents

Fauzaya Talhaoui a entamé son exposé par un rappel des statistiques des Marocains en Belgique. « En Flandre ils sont près 200.000 personnes avec un background marocain, à Bruxelles qui accueille la plus grande partie de la communauté marocaine ils sont 600.000 », précise-t-elle affirmant que son lien avec le Maroc a pris de l’ampleur depuis son engagement dans des activités associatives et institutionnelles dans sa région d’origine dont est né un jumelage fructueux entre l’Université d’Anvers et l’Université Mohammed Ier d’Oujda.

Elle explique également que « pendant plusieurs d’années, la source des informations sur la communauté marocaine était les journaux francophones, une tendance qui a pu changer ces dernières années quand la diplomatie marocaine s’est plus intéressée à la communauté de Flandre ». « Auprès des Belges, Maroc est devenu connu pour son management de la question des religions et de l’extrémisme mais aussi pour son engagement pour l’environnement et les énergies renouvelables ».

L’image du Maroc pour les nouvelles générations est une question qui revêt une certaine complexité, selon la politicienne belge-marocaine. « Nos parents connaissent mieux le Maroc que nous, ils étaient imbus de la question de la souveraineté nationale et l’on note que les jeunes générations ne sont pas aussi bien informés sur leur histoire et leur patrimoine, de ce fait ils n’arrivent pas à se positionner en tant que Marocain quand ils sont attaqués pour des questions comme le terrorisme ou le jihadisme qui n’a aucun lien avec notre culture d’origine ».

« Il y a certes une partie de la communauté qui ne donne pas une belle image du Maroc, un aspect que les politiciens d’extrême-droite exploite d’ailleurs, mais il y aussi de belles histoires de réussite et de simples citoyens pacifiques qui travaillent tous les jours dans la société belge qu’on ne met pas en avant », explique Fauzya Talhaoui. En ce sens, elle a tenu à affirmer que « ce jeune qui s’est intéressé au jihadisme, il ne l’a pas appris à la mosquée que son père fréquente mais à travers des canaux qu’on ignore parce qu’on ne les a pas investis et contrôlés ».

Wahiba Rhouzli

Wahiba Rhouzli : la culture est le moyen le plus à même de combattre le radicalisme

Dans son intervention, l’économiste franco-marocaine a mis en avant le rôle déterminant de la diaspora marocaine dans la construction d’une image positive sur Maroc. « La contribution des Marocains du monde dans le rayonnement de l’image du Maroc est indispensable à biens des égards, surtout quand on réalise que nous sommes cinq millions d’ambassadeurs sur le terrain au sein de plusieurs nations pour porter la culture et la richesse marocaine à la place qu’elle mérite ».

Elle pose la question de la complémentarité possible entre la culture et la politique. « Même si tout peut sembler dissocier ses deux domaines, tout ramène à affirmer que la culture est une pratique sociale qui élève les esprits et rassemble les peuples, elle agit donc auprès de la politique qui est appelée à hisser son rôle dans le rapprochement des individus auprès des centres de décisions ».

En France, la promotion de la culture et de la langue française se fait à travers des agences, les centres culturels français qu’on dénombre à plus d’une centaine dans le monde. « Sans vouloir faire le parallèle, il faut renforcer la diplomatie culturelle à travers un concept similaire car l’image d’un pays est renforcée à travers le pouvoir de la culture qu’elle renvoie », explique-t-elle, affirmant que « la richesse de la culture marocaine apporte des réponses là ou l’image du pays peut être ternie, elle peut faire le rempart à la crise identitaire et au radicalisme », a conclu Wahiba Rhouzli.

Mohamed Cherkaoui

Mohamed Cherkaoui : les dimensions populaire, culturelle et politique de l’image du Maroc aux Etats-Unis

Selon l’expert marocain à Washington, le titre de cette table-ronde, à savoir « Marocains du monde et avenir : quelle image et quelle culture ? », renvoie à une dimension de prospective puisqu’il « suggère que nous voulons étendre nos réflexions sur les dynamiques possibles de l’image du Maroc dans trente ans ou plus auprès des nations du monde ». Il explique alors que « le concept d’une image statique est un structurellement lié à un stéréotype car l’on suppose qu’elle est la même partout, alors qu’elle est mesurée selon trois dimensions, à savoir l’auto-image que l’on se fait de nous-mêmes, l’image que les Marocains du monde reflètent du Maroc et l’image que l’autre construit autour de l’être marocain ».

Les représentations sur le Maroc sont forgés autour de trois éléments dynamiques que sont l’image, l’impression et le discours. Ces représentions tridimensionnelles évoluent donc trois niveaux. Celui de « l’image populaire » sujette à un imaginaire forgé à travers les expériences qu’ont eu les autres peuples avec les Maroc, « l’image culturelle ou celle véhiculée par les produits académiques sur le Maroc à l’étranger », cette image est à un niveau de connaissance plus élevée que la précédente. Le troisième niveau de l’image, que le professeur appelle « image politique » , est celui constitué par la teneur des relations que le Maroc tient avec les pays du monde au sein des organisations gouvernementales et non gouvernementales. Cette image est définie par sa forte instabilité car elle change en fonction de l’humeur politique des forces mondiales.

L’image du Maroc dans l’imaginaire collectif américain se nourrit de plusieurs affluents. Mohamed Cherkaoui évoque à titre d’exemple le film Casablanca, produit en 1944 et tourné à Los Angeles comme étant présent dans cet imaginaire, « pourtant sa charge culturelle est le produit de tractations franco-allemandes sur le Maroc ». Il affirme alors que « l’image populaire sur le Maroc est submergée de stéréotypes, nourries des événements du 16 mai qui ont additionné un renvoi à la problématique de la sécurité dans l’imaginaire américain ». L’image culturelle du Maroc a connu, quant à elle, un saut qualitatif depuis 2011, depuis que la diplomatie du Royaume a concrètement mis en avant l’exception marocaine, « le Maroc étant un pays stable, ouvert, qui est arrivé à se définir par un Islam du juste-milieu ». L’image politique auprès des centres de décisions américains a également connu selon lui une nette amélioration depuis quelques années, « se positionnant comme un pays qui se protège des ingérences étrangères et qui met en avant sa souveraineté nationale ».

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