lundi 17 février 2020 04:13

Rôle des médias et des nouvelles technologies dans la construction d’une réelle image du Maroc

vendredi, 14 février 2020

Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a organisé, vendredi 14 février 2020, une table-ronde sur le thème « médias et nouvelles technologies : construire une image réelle du Maroc à l’étranger ». Nesrine Slaoui, journaliste en France, lauréate de Sciences Po Grenoble et Sciences Po Paris, Zakaria Jaiathe, ingénieur informaticien et entrepreneur dans les nouvelles technologies en Allemagne, et Khalid Taha, expert technique et médiatique en Angleterre sont intervenus dans cette rencontre modérée par Najib Benchrif, membre du CCME.

 

Najib Benchrif

Dans sa présentation, Najib Benchrif a soulevé l’impact du phénomène « du citoyen journaliste dans les réseaux sociaux qui a aujourd’hui plus de poids et de pouvoir sur l’opinion publique que les médias classiques ».

 

Khalid Taha

Khalid Taha : l’intelligence artificielle est une chance historique pour construire une image positive sur le Maroc

L’intervention de l’expert palestinien installé en Angleterre s’est intéressée au pouvoir des réseaux sociaux et de l’usage de l’intelligence artificielle dans la construction de l’image d’un pays. Il y explique que les représentations que l’on peut avoir du Maroc auprès des pays étrangers ne peut pas être réelle et objective puisqu’elle fabriquée selon des procédés d’intelligence artificielle en plus d’être orientée par la sensibilité des groupes de personnes qui la fabriquent.

Selon lui, le Maroc est victime de ses stéréotypes dans plusieurs pays, notamment arabes et musulmans. Et si aujourd’hui l’image du Maroc ou du Marocain « ne peut être dissociée de la dimension un arabe, musulmane ou africaine, c’est justement parce qu’elle n’est pas un produit de la réalité mais d’impressions que l’on a construit sur nous ».

Ces stéréotypes, qui forgent au final la réputation d’un pays, sont des lacunes qui peuvent couter cher aux pays en termes d’investissements et d’économie. Et s’il est possible de maîtriser l’image d’un pays par les canaux des médias classiques et la diplomatie, il est certes « plus difficile de la contrôler dans un contexte politique ou social puisqu’on ne maîtrise l’image que les Marocains de l’étranger peuvent donner de leur pays par exemple ».

Khalid Taha distingue entre deux discours, « celui de l’image véhiculée par les médias, qui est réfléchi et structuré, et celui qui est produit dans les réseaux sociaux qui est transmis en tant réel et dont les utilisateurs deviennent des « responsables populaires de l’image d’un pays » ». Au vu de la profusion de l’information, les fakes news ou la manipulation médiatique prennent le contrôle d’orienter l’opinion publique et font que « le contexte revêt plus d’importance que l’information car voix la plus dérangeante est souvent la voix la plus forte », explique l’expert médiatique.
La réponse pour faire valoir l’image du Maroc à l’étranger est, selon Khalid Taha, d’investir le monde de l’intelligence artificielle « qui a permis pour la première fois de l’histoire l’intégration de milliards d’images produites à tout instant ». « Tous les jours, 200 ans d’informations sont téléchargées sur YouTube. C’est donc une chance réelle de construire cette image qu’on veut donner de notre pays car ce travail, qui n’est pas réalisable à l’échelle humaine, est aujourd’hui réalisable grâce aux possibilités de l’intelligence artificielle ».

« Les relations diplomatiques ne sont pas suffisantes pour donner une l’image réelle du Maroc, il faudra intercepter les algorithmes des procédés d’intelligence artificielle pour avoir une idée réelle du traitement du Maroc par les médias internationaux », poursuit-il, ajoutant que « nous sommes dans un monde numérique qui est à 100% réel et non virtuel comme on l’imagine, où les grandes puissances sont en train de changer nos vies en maîtrisant les dimensions du temps et de l’espace ».

Dans ce cadre, Khalid Taha explique « le Maroc est pays qui ne fait pas assez la promotion de ses atouts », alors que « le monde a besoin de sa philosophie sur la coexistence et le juste-milieu qui est capable d’apporter des réponses à plusieurs conflits ». Une contribution qui pourra « être possible si nous devenons acteurs du numérique de la Silicon Valley au lieu de se contenter d’être de simples consommateurs ».

 

Nesrine Slaoui

Nesrine Slaoui : les jeunes immigrés doivent s’approprier les réseaux sociaux pour changer l’image négative sur le Maroc

Dans son exposé, la journaliste franco-marocaine a mis l’accent sur l’importance des réseaux sociaux dans la prise en charge de la question de l’image du Maroc à l’étranger et sur les efforts que plusieurs jeunes issus de l’immigration consentent pour réaliser un changement de cette image.

« La nouvelle génération d’immigrés essaye de donner une meilleure image de son pays d’origine même s’ils sont découragés par l’impact des attentats terroristes qui nécessitent à chaque fois de s’expliquer et d’innocenter ses origines », affirme Nesrine Slaoui. Elle explique également que l’image du Maroc en France est paradoxale, « elle est positive et renvoie à la douceur du climat et à l’hospitalité tant que le Marocains restent chez eux et négative quand le Marocain quitte son pays et devient immigré en France ». Elle a de ce fait « toujours souhaité défendre une bonne image du Maroc car elle ne voulait plus que son pays soit réduit à son climat ou à son hospitalité ».

« Plus j’avançais dans mes études, plus j’étais confrontée à l’image négative sur le Maroc. On considère que les immigrés ne peuvent pas réussir en France parce qu’ils n’ont pas réussi dans leur propre pays », poursuit Nesrine Slaoui qui dit s’être retrouvée « dans plusieurs situations, représentante de tous les Arabes et de tous les Maghrébins malgré toutes nos différences et toutes les singularités du Maroc ».

S’intéressant aux stéréotypes collés aux immigrés, Nesrine Slaoui explique « la délinquance ou l’extrémisme sont des phénomènes plus liés à la pauvreté qu’à l’immigration » et que « la violence exprimée par les jeunes immigrés est expliquée par la cruauté des conditions sociales dans lesquelles ils ont évolué ». Si certains stéréotypes ont la peau durs, elle ne préconise pas aux immigrés d’être dans « la justification permanente de leurs bonnes intentions car ce comportement autoriserait l’autre à faire de nous une catégorie à part » : « on a l’impression de devoir rassurer par rapport à notre attitude alors que dans tous les pays, il y a des bons et des mauvais et nous ne faisons pas l’exception ».

Pour corriger ces images négatives, la journaliste franco-marocaine invite les jeunes à « s’approprier les réseaux sociaux pour raconter leurs histoires réelles pour leur impact sur l’opinion publique ». « Les réseaux sociaux sont une chance pour changer les stéréotypes à travers la liberté qu’ils offrent aux utilisateurs qui peuvent transmettre des impressions et des représentations en plus de l’image. Les gens sont en recherche d’histoires de vie auxquelles ils s’identifient, une connexion permanente que permettent les réseaux sociaux ».

 

Zakaria Jaiathe

Zakaria Jaiathe : corriger un stéréotype c’est remédier à l’ampleur de l’image et non à sa véracité

Pour ce jeune entrepreneur marocain installé en Allemagne, l’image du Maroc chez les étrangers changent selon les contextes. En tant qu’étudiant en France, il a réalisé que « le statut social et le niveau d’études permet l’accès à une certaine considération de la part des Francais ». Une perception qui a changé « quand je me suis déplacé dans les banlieues ou dans les quartiers populaires où la réussite d’une jeune issue de l’immigration était considérée comme une exception ».

De par son expérience professionnelle en Allemagne, Zakaria Jaiathe peut « affirmer que la réputation du Maroc est plus positive dans ce pays qu’en fFrance » et que les « Allemands le considèrent le Maroc comme un pays exotique, un pays de couleurs et de tourisme ». Une image qui « va vite changer après les événements de Cologne qui ont eu l’effet d’une réelle fracture et suite auxquels la perception du Maroc sera profondément ternie ».

Il explique également qu’au sein de la société allemande, « pour une question de perception, il a été plus difficile pour lui d’entreprendre dans nouvelles technologies que ça l’aurait été pour d’autres jeunes Allemands ou Européens ». À travers ses voyages, il réalise que « l’image du Maroc est plutôt mauvaise auprès des peuples qui savent qu’il s’agit d’un un pays musulman car ils l’associent souvent à l’actualité sur l’Islam et le radicalisme ».

Pour corriger les stéréotypes sur le Maroc, Zakaria Jaiathe pense qu’il « faut d’abord accepter la part de réalité qui les composent car le problème d’une représentation négative n’est pas un problème de vérité mais d’ampleur ». « Il faudra alors remédier à la question de l’ampleur car le stéréotype est une image qui peut être réelle mais qui a pris une ampleur démesurée selon des contextes différents ».

 

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