Idbihi, un militant dans la peau d’un artiste

jeudi, 27 août 2015

Idbihi, un livre qui relate le  parcours exceptionnel d’un aventureux qui  a fait de sa vie un hymne à la lutte et la joie de vivre. De la ville blanche, Casablanca,  à  la ville des lumières, Paris, le protagoniste s’est engagé pour servir les Maghrébins par l’engagement syndical et l’action culturelle. Il fut un grand passionné de la musique marocaine. Il en fait son issue. D’ailleurs c’est grâce à lui que certains artistes marocains ont pu faire leurs premiers pas à Paris en l’occurrence de Najat Atabou, Ammouri Mbark, Naima Samih, Izenzaren et autres. Un livre écrit sous la plume de Youssef Haji avec Mostafa Idbihi . Les propos.

Al Bayane : Pourquoi avoir consacré un livre sur le parcours d’un migrant Marocain ? Ya-t-il quelque chose d’original dans son histoire ?

Youssef Haji : La grande histoire est faite de petites histoires de gens qui domptent la machine, cultivent la terre ou se fondent dans la recherche du savoir. Le parcours de Mostafa Idbihi est exceptionnel, car c’est un jeune de Casablanca des années 60 sachant lire et écrire qui débarque en plein Paris des révoltes de 1968 avec les manifestations et débats entre ouvriers, étudiants et intellectuels. La vie d’Idbihi sera imbibée de cette culture de lutte dans la joie de vivre. Mostafa grâce à sa vie antérieure à Derb Sultan et dans la vie cosmopolite de Casablanca va vite trouver sa place dans l’immense usine de Renault Billancourt. En plus de sa charge de travail sur les chaînes de montage, il consacre du temps comme écrivain public, conseiller des délégués syndicaux marocains, photographe pour le journal du Comité d’entreprise... Mostafa a pu dès 1970 convaincre la centrale syndicale CGT de Renault que pour faire syndiquer les Maghrébins, il fallait répondre à leurs besoins culturels.

Comment se livre aborde les malaises de l’époque à travers le regard d’Idbihi ?

Le livre commence par deux souvenirs, le Cinéma Royal à Derb Sultan où feu Mohammed V avait sa loge -Mostafa garde en mémoire les mobilisations pour l’indépendance et pour le retour au pays du «Roi Mohammed V»-et lesouvenir d’un meeting dans cette même salle de cinéma d’un leader dont il apprendra plus tard que c’était Mehdi Ben Barka. Mostafa comme tout ouvrier immigré de l’époque avait les échos des disparitions et autres détentions arbitraires, mais après mûre réflexion il fit le choix de servir les Maghrébins par l’engagement syndical et l’action culturelle.

La musique et l’art étaient une issue pour Idbihi pour se sortir de cette «vie machinale» ? Et pourtant, il a donné une ampleur à l’art marocain dans le but de faire connaitre les artistes marocains…

Oui, Nass El Ghiwane, Abdelhadi Belkhayat, Abdelwahab Doukkali, Naima Samih, Izenzaren, Rkiya Demssiriya, Ammouri Mbark, Najat Atabou… ont pu faire leurs premiers pas à Paris ou passer à l’Olympia. C’est grâce à Mostafa Idbihi et à la capacité des ouvriers Maghrébins de Renault à mobiliser les fonds du comité d’entreprise pour l’organisation de ces grands évènements.

L’illustration est elle uniquement un choix esthétique ou une fin pour raccrocher le lecteur ?

L’illustration est indispensable dans un travail de collecte de mémoires populaire. Tout est fait pour effacer l’histoire des «petites gens». L’écriture et l’archivage deviennent essentiels pour garder prise sur son présent et son avenir. La grandeur de Mostafa Idbihi et d’autres migrants est d’avoir cet attachement viscéral à la trace, aux papiers, aux souvenirs. Mostafa m’a ouvert ses archives pour les inscrire dans l’Histoire culturelle du Maroc. Tout est là, affiches de concerts, photos d’ouvriers et de stars dans des salles aussi prestigieuses que l’Olympia, la maison de l’Unesco, les chapiteaux Jean Richard…ou les programmes festifs pour l’Aïdet les victoires des grèves de ladignité…

La nouvelle maison d’Edition marocaine «Editeur de Talents» avec le soutien du CCME et l’encouragement du philosophe Ali Benmakhlouf m’ont permis de rendre cette histoire accessible à un large public. Au Maroc le livre des déjà dans toutes les librairies et dans les diasporas ou il sera disponible dès le 15 septembre dans les réseaux de vente par correspondances.

L’entretien réalisé par Mohamed Nait Youssef est paru dans le journal Al Bayane

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