COP22 : entretien avec M. Abdellah Boussouf

dimanche, 06 novembre 2016

Dans un entretien accordé au quotidien arabophone Al Massae, publié le lundi 7 novembre 2016, M. Abdellah Boussouf, Secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), a déclaré que la participation du CCME à la COP22 a pour objectif de s’ouvrir aux institutions africaines similaires au Conseil. Le CCME invite à cet effet plusieurs acteurs du domaine de la migration, notamment africains, à s’engager dans une action commune afin de créer, à l’issue de la rencontre de Marrakech, un forum des institutions concernées pour travailler ensemble sur les grandes questions liées aux changements climatiques.

Selon M. Boussouf, la première étape consiste à faire les changements climatiques et de la migration climatique une priorité des politiques publiques africaines. La deuxième étape consistera à travailler sur les migrations dans le monde, particulièrement en Europe, en Amérique et au Canada afin de sensibiliser ces pays aux dangereux effets des changements climatiques et des évolutions de l’asile climatique. Cette étape nécessitera un travail de lobbying de la diaspora africaine, afin d’inscrire les défis du continent africain dans les politiques publiques de ces pays.

Ainsi, M. Boussouf a affirmé que le symposium international que le CCME organise les 11 et 12 novembre à Marrakech connaîtra la participation de plusieurs compétences africaines du monde, spécialisées dans les changements climatiques, et ce dans le but profiter de leur expertise et de les rassembler autour de la cause africaine.

Entretien :

Plusieurs questions nous viennent à l'esprit, à propos de la relation entre le changement climatique, la migration, et la communauté marocaine à l’étranger en particulier. A l’ère des importantes vagues de migration que connaît le monde d’aujourd’hui, quelle relation pourrait avoir la COP22 avec les questions migratoires ?

M. Boussouf : En organisant la COP22, le Maroc affirme être au rang des pays qui peuvent abriter des manifestations de grande envergure, et bien sûr contribuer à trouver des solutions aux problématiques internationales. Quant à la mission de notre pays lors de cette COP, elle aura principalement un caractère exécutif, puisque cette conférence a été précédée par la COP21, où les parties se sont engagées à adhérer à un processus pour protéger l’environnement et atténuer les conséquences des changements climatiques. Ainsi, le Royaume est appelé, lors de ce sommet, à définir des mécanismes d’exécution afin de relever le défi du climat. Sa Majesté veut faire de cette manifestation un sommet africain : il exprime par ceci que l’Afrique est le continent le plus endommagé par les effets du réchauffement climatique et ces effets engagent son avenir. Le focus sur l’Afrique revêt une importance particulière car les décisions prises aujourd’hui en Afrique engagent le monde entier dans le futur, et les changements climatiques ont un impact direct sur la paix et la sécurité mondiale. Sa Majesté le Roi a la volonté de faire du Maroc la voix de l’Afrique et Il réunira les pays africains lors de la Conférence des Parties pour défendre cette cause et il s’agit là d’une cause noble car elle contribuera à la paix du monde entier. Bien évidemment la migration est étroitement liée aux changements climatiques, l’homme est le premier à être touché par ces changements, et nécessairement il cherche à changer de lieu de vie et de présence. L’homme est ainsi appelé à se déplacer et migrer, fuyant la sécheresse, les inondations ou toute autre catastrophe naturelle, les changements climatiques sont devenus un facteur premier de déplacements forcés de population et de migration. Pour le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), il est primordial de faire de la migration une priorité dans les agendas de tous les responsables marocains et bien sûr pour les responsables africains, l’Afrique étant un des continents qui risque le plus de souffrir des suites des changements climatiques, et aussi la région arabe qui reste menacée. Dans ce sens, quand on parle des nouvelles vagues migratoires, je tiens à souligner que l’immigration subsaharienne vers le Maroc est fortement liée au facteur de la sécheresse, qui constitue une menace à la sécurité et la paix de plusieurs pays de la région. Quand le lac du Tchad a perdu 80% de sa surface, le déplacement d’une partie de la population du Nord du Nigeria vers le lac a été à l’origine de conflits ethniques et tribaux et même entre pays. Nous savons aussi que les populations de l'Afrique de l’Ouest souffrent de la sécheresse et la fuient vers les pays du Nord. A cause du réchauffement climatique la Méditerranée est devenue un cimetière à ciel ouvert pour des milliers de migrants africains qui risquent leurs vies à la recherche d’un avenir meilleur ou afin, comme cela est souvent le cas, simplement survivre. Alors oui, la migration est au centre des préoccupations de la COP22 et si le proverbe dit « l’argent est le nerf de la guerre », je pense que dans le monde d’aujourd’hui, on peut dire que les changements climatiques deviennent le nerf de la guerre. 

Il semble que l’Afrique a été à la marge des grandes décisions internationales prises lors des précédentes éditions des Conférences des Parties. Comment le Maroc peut-il relever le défi de faire entendre la voix de l’Afrique lors de la COP22 ?

M. Boussouf : Nous devons relever ce défi car, par le passé, l’Afrique n’avait pas suffisamment travaillé pour se faire entendre. Pour avancer, nous devons nous poser des questions sur l’efficacité des organisations régionales et de l’Union africaine (UA) en particulier qui doit rassembler les pays de l’Afrique autour des enjeux qui les unissent, notamment la question des changements climatiques. Le Royaume du Maroc est profondément attaché à ses racines africaines, un attachement fortement exprimé durant les déplacements de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans le continent. Ainsi, notre pays s’engage à faire entendre la voix de l’Afrique sur la scène internationale, en particulier auprès des pays développés, qui sont les premiers responsables des changements climatiques, car les pays fortement industrialisés sont ceux qui polluent le plus. Sa Majesté le Roi nous transmet, de par ses discours et ses actions, le devoir de combler le vide des organisations régionales africaines et de porter haut et fort les attentes de l’Afrique et de s’unir autour d’un projet commun. Le sommet du 16 novembre 2016 tracera les balises de ce projet et invitera toutes les parties à coopérer et assumer leurs responsabilités respectives. Les 100 millions de dollars prévus pour la caisse verte ne sont pas suffisants, en particulier le budget alloué à l’Afrique car les défis à relever coûteront sûrement bien plus : réchauffement climatique, sécheresse, agriculture alternative, énergies renouvelables … Si le Maroc parvient à unir l’Afrique, nous pouvons ensemble influencer les décisions des pays développés, notamment quant à la question de l’immigration. Jusqu’à maintenant, nous assistons à un vide juridique alarmant concernant « l’asile climatique », qui est loin de faire partie des priorités des pays développés. Pis encore, il n’est même pas reconnu comme un motif d’asile. Ceci alors que des études présentées par l’Organisation des Nations Unies (ONU) ou par l’Organisation internationale de la migration (OIM) affirment que les réfugiés climatiques atteindront 250 millions à l’horizon 2050, et près de 50 millions de migrants subsahariens arriveront au Maroc et à l’Afrique du nord, donc la question de l’asile climatique est essentielle, mais les pays développés se désistent de leur responsabilité et refuse d’intégrer cette thématique dans l’agenda des débats et négociations. L’accord de Paris ne prévoit rien concernant l’asile climatique. Maintenant, nous devons trouver des solutions alternatives pour réduire l’asile climatique et impliquer les pays développés par des politiques publiques. L’Afrique ne peut discuter seule la question migratoire avec les grandes institutions telles que l’Union européenne ou les Nations Unies ni la régler par des initiatives restreintes et des accords bilatéraux, elle doit être la cause de tout le continent et être portée autour d’un projet commun. Notre pays figure parmi les pays les plus menacés, le Maroc et le Nord Afrique devra faire face d’une part aux migrations venant du Sud suite à la sécheresse, les changements climatiques, la baisse de la production agricole et alimentaire, d’autre part, ces changement climatiques produiront une élévation du niveau de la mer et le Maroc dispose d’un littoral de plus de 3000 km. Donc, le Maroc devra faire face aux effets foudroyants des changements climatiques d’une part et aux vagues de migrants venant du sud pour le Nord d’autre part, ce qui nécessitera la coopération de tous les pays de la région.

L'Afrique est le seul continent à avoir des perceptions fragmentées. Sachant que les questions de l’environnement ne constituent pas une priorité dans les politiques publiques des pays africains, vous avez défini, au niveau de CCME, trois priorités, notamment unir les efforts des institutions africaines qui traitent de l’immigration. Comment envisagez-vous votre coopération avec ces institutions ?

M. Boussouf : la participation du CCME dans la COP22 est modeste, à la taille de ses capacités financières qui réduisent sa marge de manœuvre. Nous allons participer à cette conférence en invitant plusieurs acteurs dans le domaine de la migration, et notamment les institutions africaines similaires au CCME. Le but de rassembler les institutions africaines est de s’unir autour d’une stratégie commune qui nous permettra de travailler ensemble pendant et après la COP22. Nous allons tenter, à l’issue de la rencontre de Marrakech de créer un forum des institutions concernées pour travailler ensemble sur les grandes questions liées aux changements climatiques, un des premiers éléments de débat et travail sera de s’assurer d’intégrer la question des changements climatiques et l’asile climatiques dans les politiques publiques africaines, et aussi de permettre aux politiques publiques de pouvoir apporter des réponses à la question de l’environnement et de l’asile climatique en particulier. Le deuxième objectif de la rencontre de Marrakech est de travailler sur les mouvements migratoires en Europe, en Amérique et au Canada afin de sensibiliser ces pays à l’importance des effets des changements climatiques et de l’asile climatique qui sera à l’ordre du jour dans les années à venir. Aujourd’hui, les Etats-Unis construisent des murs dans les frontières avec le Mexique, l’Europe adopte une démarche sécuritaire face aux vagues de migrants, pendant que les réfugiés syriens et subsahariens périssent tous les jours, par milliers, au large de la Méditerranée, pas plus loin que la semaine dernière, 3000 migrants y ont trouvé la mort. Nous devons nous unir avec les acteurs de la société civile dans ces pays, avec les militants pour l’environnement, afin de rendre les politiques des pays développés plus flexibles, plus sensibles, plus ouverts et plus humains quant à leur traitement des migrants et du dossier l’immigration. Le troisième objectif de cette rencontre est, sans doute, d’inscrire les changements climatiques dans les priorités des politiques publiques africaines et de s’unir pour faire face aux effets dévastateurs du réchauffement planétaire sur le continent et de se préparer, s’il le faut, à partager nos ressources. Personne ne peut confronter seul tous ces changements, nous sommes convaincus qu’en rassemblant nos efforts, économiquement, culturellement et socialement, nous pourront relever tous les défis.   

Dans le cadre de la coopération avec les institutions africaines de l’immigration, avez-vous prévu de rassembler les compétences marocaines du monde autour de la question du climat ?

M. Boussouf : oui, nous exprimons cela dans le choix des invités au symposium, labellisé COP22, que le CCME organise les 11 et 12 novembre 2016 à Marrakech. Nous invitons, en effet, des compétences scientifiques marocaines d’Afrique et d’Europe, spécialisées dans le domaine de l’environnement et des changements climatiques. Le forum, dont la date est à définir, aura pour mission de rassembler ces compétences afin de mieux profiter de leur expertise dans le futur. La rencontre de Marrakech ne sera donc qu’un point de départ qui tracera une feuille de route aux compétences marocaines, qui travaillent au sein d’universités de renommée internationale et de laboratoires de recherche dans le domaine de l’environnement et pourront porter l’Afrique et la cause africaine au plus haut niveau. Si la situation actuelle, pour le moins alarmante, ne suscite pas l’intérêt de tout africain, ou qu’il soit, nous ne pourrons faire face aux défis des changements climatiques : nous devons nous prémunir du savoir scientifique, trouver dans la recherche des réponses à la désertification, à l’assèchement des lacs et à toutes les conséquences des changements climatiques dans l’agriculture alternative, le développement durable, les énergies renouvelables, etc. Nous savons que l’Office chérifien des phosphates (OCP) s’intéresse de près à la production des engrais par exemple, mais nous sommes convaincus que sans une expertise pointue dans le domaine nous ne pouvons atteindre des niveaux de production à même de garantir la sécurité alimentaire. Dans ce sens, nous invitons lors du symposium des responsables politiques dans le domaine de l’enseignement supérieur de plusieurs pays africains afin d’élaborer des politiques publiques unissant les efforts des compétences africaines du monde et de les impliquer dans le processus engagé pour notre continent. Notons que le Maroc a toujours du mal à contenir ses compétences de l’étranger et à les intégrer à leur retour au pays : un professeur qui a enseigné 10 ou 15 années à Harvard est considéré à son retour comme professeur débutant, en plus de cela, le statut de professeur vacataire n’est pas prévu dans les universités marocaines. Tous ces points seront pris en compte dans l’élaboration de politiques publiques qui assurent la mobilité des compétences africaines du monde. Parmi nos invités lors du symposium sous le thème « les changements climatiques : nouvelles approches, nouvelles technologies, nouvelles opportunités - Implication des compétences africaines d’ici et d’ailleurs », le brillant chercheur Rachid Yazami, inventeur de l'anode graphique pour les batteries lithium-ion, décoré par Sa Majesté le Roi et gagnant du prix Charles Stark Draper 2014 et considéré comme le Nobel pour les ingénieurs et plusieurs autres éminents chercheurs et spécialistes. Notre principale ambition est de créer un lobby scientifique des compétences africaines dans le monde et de les unir autour de la cause africaine.

Mais, les pays d’accueil accepteront-ils de promouvoir dans leurs laboratoires des causes qui ne les concernent pas ?

M. Boussouf : c’est la raison pour laquelle nous avons besoin de créer un lobby puissant capable de constituer un moyen de pression et de mettre les causes que nous défendons au centre des priorités des responsables politiques car, il est connu que les plus grands projets sont portés par des lobbys les plus puissants. Ceci peut être réalisé par le biais d’une série de mécanismes qui restent à définir puisque l’Afrique ne peut pas faire face, à elle seule, aux conséquences des changements climatiques causés par les pays puissants et industrialisés. Aujourd’hui, ces pays assimilent l’aide octroyée aux migrants à de la charité alors qu’ils sont à l’origine de leur immigration et doivent endosser leur entière responsabilité. Nous devons convaincre l’opinion publique européenne qu’il s’agit là d’un droit historique et tout à fait humain, réfutant ainsi les thèses des mouvements d’extrême droite dans ces pays.   

Est-ce un message que vous adressez à l’Europe l’invitant à assumer les conséquences des changements climatiques, qui peuvent être à l’origine des mouvements migratoires ?

M. Boussouf : l’Afrique doit formuler un discours basé sur des messages forts et éviter les relations bilatérales avec les pays développés, surtout en ce qui concerne la question de l’immigration. On doit s’adresser à ces pays avec une seule voix, celle de l’Afrique et je pense que le Maroc est, grâce au bon sens politique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, engagé dans cette voie. La question des changements climatiques est profondément liée à la sécurité et à la paix dans le monde et si on permet encore aux pays industrialisés d’avancer à leur rythme ceci impliquerait notre destruction à tous. Nous avons la responsabilité de tirer la sonnette d’alarme car, parmi les études qui se sont intéressées à la crise en Syrie par exemple, plusieurs ont pointé la sécheresse qui s’est abattue sur le pays entre 2007 et 2011 et qui a été à l’origine d’un exode massif des milieux ruraux vers les villes, ceci aurait affecté la stabilité économique et social puis politique, en conséquence. Quand les vagues de migrants ou de réfugiés affluent dans un pays d’accueil ceci nécessite une expertise dans la gestion de leurs besoins, alors que nous assistons aujourd’hui à une multiplication des camps de réfugiés dans plusieurs pays africains gérés sans aucune expertise. Nous revenons à dire que notre seule issue est de fédérer les efforts de tous les acteurs africains.

Vous évoquez les actions qui vont se prolonger après la COP22, mais s’agissant des préparatifs, pensez-vous que les responsables de l’organisation ont assez bien communiqué aux Marocains ?

M. Boussouf : bien évidemment, nos préparatifs sont différents des préparatifs français pour plusieurs raisons dont le principal facteur reste les moyens financiers. En revanche, nous ne sommes pas obligés de reproduire le modèle français et sommes tout à fait capables de produire le nôtre et nous avons l’innovation et la créativité pour le réaliser. En revanche, la COP22 aurait été une chance à saisir dans le sens où nous aurions pu profiter de ses retombées ponctuelles sur le Maroc : nous avons constaté que la couverture de la COP22 dans les médias internationaux est très modeste et on se demande à ce propos quels sont les efforts que nous avons entrepris pour notre présence, en tant que Maroc. Il est vrai que les Conférences des Parties sont prises en charge par l’ONU en ce qui concerne l’encadrement et la communication, mais ça reste une occasion pour le Royaume de présenter ses acquis au monde entier, et je pense que les actions dans ce sens laissent à désirer. Deuxièmement, je pense que le citoyen n’a pas été suffisamment impliqué dans le sens ou plusieurs Marocains ne comprennent pas les enjeux des changements climatiques et pensent que ces questions ne les concernent pas et n’impactent en rien leur quotidien. Comme on dit en médecine, les maladies les plus mortelles sont les maladies silencieuses et l’on peut y assimiler les effets du réchauffement climatique. Nous aurions pu mettre en avant l’héritage culturel populaire marocain qui, par essence, protège l’environnement et la nature. On pense aux adages populaires quant aux habitudes alimentaires des Marocains qui auraient tout à fait pu être exploité puisque les changements climatiques menacent en premier lieu la sécurité alimentaire. Les traditions religieuses auraient également pu être utilisées à cet effet, et mettre le citoyen marocain au centre des préoccupations de la COP22, je pense notamment à la gestion de l’eau en Islam, consacrée dans un ouvrage du professeur Aziz Benabdellah ou il détaille scrupuleusement comment utiliser l’eau sans le gaspiller, ni le polluer. En bref, si nous avions puisé dans notre culture populaire, nous aurions sûrement pu impliquer tout citoyen marocain. La COP22 n’a pas une baguette magique, elle émettra simplement des recommandations, et aux citoyens après de les traduire à des actes dans leur vie quotidienne. Enfin, nous ne pouvons continuer à mener notre vie au rythme des habitudes de consommation accélérées et dévastatrices. Nous devons produire des éléments du langage éloquents avec la population, et je peux dire dans ce sens que les outils pédagogiques sont quasiment nuls dans notre stratégie de communication, comparés aux dessins animés et livrets qui sensibilisent les élèves produits en France, à l’occasion de la COP21, nous avons omis ce jeune public et nous devons nous rattraper, car ces enfants seront les hommes de demain.    

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