Faouzi Bensaidi, un cinéaste citoyen du monde

jeudi, 10 octobre 2013

Faouzi Bensaidi fait partie de ces artistes qui ne cherchent pas la lumière. Ils n’en ont guère besoin, car leur talent parle pour eux. Les films de Faouzi Bensaidi font le tour du monde, obtiennent des récompenses et des prix prestigieux dans les quatre coins du globe. Ils sont distribués dans de nombreux pays et les critiques sont très souvent chaleureuses. Il vit dans un monde où les frontières n’existent pas : celui du 7èmeArt. De la rencontre de l’autre. De ces « Mille Mois »  pour reprendre le titre de son premier film réalisé en 2003. Faouzi Bensaidi ne fait pas du Ken Loach, il ne cherche pas à faire du cinéma d’auteur, "simplement" du cinéma. Celui que l’on regarde parce qu’on aime les salles sombres, que l’on s’attache à des personnages, à une histoire. Car, Faouzi Bensaidi, des histoires, il sait en raconter. Il a aussi cette faculté rare pour un cinéaste/réalisateur/ de savoir se glisser dans la peau de personnages. Ce qui, là encore, n’étonne guère, puisque comme tous les grands artistes, il est d’abord passé par le théâtre avant de s’aventurer dans le « Wonderful World » du cinéma.

 Des personnages il en a d’ailleurs joué notamment avec André Téchiné avec lequel a co-écrit « Loin » en 1999, l’excellent Daoud Alouad Sayed ou encore Nadir Mokreche. A contrario de nombreux réalisateurs de courts métrages dont la carrière tourne court après une seule réalisation, Faouzi Bensaidi réalise en 2000 deux courts métrages : “Le Mur”, primé au festival de Cannes et “Trajets” primé au festival de Venise avant de passer à « Mille Mois» (2003) son premier long métrage ou encore à « www.what a wonderful world » (2006) et « Mort à vendre » primé au 62èmefestival de Berlin.
Ce qui est surprenant dans votre parcours cinématographique c'est le fait de faire des films qui se jouent au Maroc et à Casablanca essentiellement, alors que vous avez choisi une certaine forme d'exil puisque vous vivez en France avec votre famille. Est-ce une manière de maintenir un lien avec votre pays d'origine ou simplement une façon de prendre de la distance pour mieux appréhender vos sujets?
Faouzi Bensaidi : Je dirai, pour aller vite, que j'ai encore des histoires à régler avec le Maroc...ou en tout les cas à raconter...beaucoup...interminables...Mais il y a surtout  dans cette distance spatiale et temporelle un état, une manière d'être plus proche et plus propice à l'acte de créer, être dedans et dehors à la fois. On ne peut pas être dans le bruit et en extraire de la musique. J'ai fini par appartenir plus au temps qu'à l'espace, je ne suis que le résultat de moments accumulés ici et là et où la géographie et ses contours sont de plus en plus flou...
Que vous apporte cette mobilité, ces va et vient entre l'ici (le Maroc) l'Europe et le continent américain où vos films ont été projetés, au Canada notamment?
Faouzi Bensaidi : Ce va et vient entre le Maroc et l'ailleurs, entre l'enfance et le maintenant, la terre des premières sensations, émotions, lumières, couleurs, images et le reste crée ou renforce une sensibilité aux choses et aux êtres, au passage du temps et ses effets, aux changements qui deviennent perceptibles pour un oeil extérieur mais profondément concerné par ce qu'il enregistre. D'un point de vue professionnel et pratique, cela permet de s'inscrire dans une démarche plus ambitieuse, d'appartenir autant au Maroc qu'au Monde, de ne pas se réveiller un matin et découvrir la bicyclette et croire qu'on a révolutionné le transport...

Bio express

Formation- Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique - Paris 1995

Institut Supérieur d'Art Dramatique - Rabat 1990

Réalisateur

« MORT A VENDRE » 2011

"WWW.WHAT A WONDERFUL WORLD" 2006

"MILLE MOIS" 2003

"TRAJETS" 2000

"LE MUR" 2000

"LA FALAISE" 1998

Scénariste

"LOIN" d'André Téchiné (1999), sélection officielle du festival de Venise 2001

Comédien
« What a wonderful world » Faouzi Bensaidi
"CHEVAL DE VENT" de Daoud Aoulad Sayed (2001)

"LOIN" d'André Téchiné (2000)

"TRESSES" de Jillali Ferhati (1999)

"MEKTOUB" de Nabil Ayouche (1997)

Metteur en scène de théâtre

« HISTOIRE D'AMOUR EN 12 CHANSONS, 3 REPAS ET 1 BAISER »(2008)

"TAYR LEIL" (1997)

"LA NOCE CHEZ LES PETITS BOURGEOIS" de B. Brecht (1995)

"L'ÉLÉPHANT" de Saâd Allah Wannous (1993)

"BARTELET" d'E. O'Neal (1992)

"YERMA" de F. G. Lorca (1991)

"L'OMBRE DU GUERRIER" de Saâd Allah Wannous (1989)


La question migratoire suscite des débats passionnés, de nombreux pays, pourtant relativement épargnés par la crise économique internationale, votent pour des mouvements populistes et contre la présence d'étrangers venus des régions les plus pauvres. Si le cinéma américain, et dans une moindre mesure le français s'intéressent à cette question, il est rare que le cinéma marocain évoque cette "problématique"sans faire dans le misérabilisme. Cela ne vous interpelle-t-il pas en tant que cinéaste?
Faouzi Bensaidi :  La montée des extrémismes m'interpelle beaucoup, la perte des repères, le repli identitaire, la peur qui façonne la pensée et le rapport à l'autre, et puis je suis à l'intersection de deux mondes, j'ai vu la fin de l'un et la naissance encore indécise, indescriptible d'un autre. Les immigrés payent et risquent de payer cher en étant désignés comme l'ennemi. Mais la naissance d'un film, d'une idée est un mystère et chaque fois un miracle. Plusieurs sujets nous touchent profondément mais je ne pense pas qu'on maitrise lequel montera à la surface, s'impose et devient le film suivant. Ou alors on s'inscrit dans un cinéma de sujet, ce qui n'est pas mon cas, je dirai surtout de grand sujet où malheureusement souvent les thèmes sont bons mais les films sont ratés. Ils sont souvent manichéens, didactiques et sans mystère(s).
Dans le même ordre d'idées votre dernier film a été parrainé par Martin Scorsese, père du mythique "Taxi Driver". C'est en partie grâce à Scorsese, mais aussi naturellement à des monuments tels Francis Ford Coppola, que les italo-américains ont connu une visibilité aux Etats-Unis et dans le reste du monde. Pensez-vous que ce  genre cinématographique peut encore produire un cinéma de niveau mondial sur les immigrations ?
Faouzi Bensaidi : Oui je pense que cela va se faire, les enfants d'immigrés grandissent dans cette zone sensible où l'appartenance, l'identité, les racines, la mélancolie, le lointain, l'ailleurs, l'invisible sont toujours présents et façonnent des êtres qui cherchent à s'exprimer  et exprimer cet état...par contre la reconnaissance de ce travail est souvent liée à la qualité des oeuvres mais pas seulement : d'autres facteurs agissent...le social, le politique, la marche du monde, les modes du moment...etc...ça peut prendre du temps...mais ça viendra...
Vous êtes l'un des rares cinéastes marocains à être applaudi pour vos films ailleurs qu'au Maroc. Votre cinéma est une preuve de plus que l'Art n'a pas de frontières. Et que les artistes sont par essence des citoyens du monde. Reste une question: estimez-vous que dans ce monde mondialisé et globalisé, le cinéma marocain a des histoires à raconter au monde?
Faouzi Bensaidi : Oui et beaucoup. Et nous ne sommes qu'au commencement, nous avons une histoire, une culture, une civilisation et un présent complexe et incertain ; une société riche de ses contradictions, une mondialisation galopante et intéressante à voir de cet angle là du monde. Donc pour un cinéaste c'est une mine d'or, une partie du monde intéressante à observer et à raconter. Il faut une rigueur dans le travail des cinéastes et un accompagnement audacieux des différentes institutions liées au cinéma. Raconter son histoire, la regarder en face c'est le meilleur moyen de se la ré-approprier, la comprendre et avancer.

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